L’entreprise 2.0, boite de Pandore ?

Résumé : l’entreprise 2.0 était vue, à ses débuts, comme la solution à tous les problèmes que l’entreprise accumulait depuis des années sans trop oser les traiter de front. De fil en aiguille la solution s’est avérée plus complexe que prévue à mettre en œuvre. Au final, pour faire fonctionner cette entreprise 2.0 il apparait qu’il faut traiter…les problèmes que l’entreprise 2.0 était au départ supposée résoudre. Elle n’a en fait que remettre l’entreprise face à ses enjeux et ses responsabilités. En fait entreprise 2.0 et social business n’étaient pas la solution. Juste des principes qui aident à résoudre des problèmes auxquels on ne peut définitivement plus tourner le dos.

Certains trouveront la chose ironique, d’autres se diront qu’il s’agit d’un juste et logique retour des choses. Il n’empêche qu’il y a finalement quelque chose de savoureux dans l’évolution des notions d’entreprise 2.0, social business et autres avatars de l’entreprise moderne, digitalisée et réseauteuse. Un quelque chose qui confortera ceux qui pensent que le succès n’arrive jamais par chance et qu’il vient toujours un moment où il faut regarder les vrais problèmes en face…et les régler.

Les raisons pour lesquelles les entreprises doivent évoluer, changer leur modèle sont légion et connues. Certaines plus pertinentes et profondes que d’autres mais ça n’est pas la question ici. Tout le monde a toujours eu conscience qu’il ne s’agissait pas de faire de la pure cosmétique organisationnelle mais qu’il fallait plonger les mains au plus profond de la systémique  de l’entreprise et détricoter le capharnaüm qu’on a savamment construit année après année, décennie après décennie, en empilant couches et surcouches, en compliquant au lieu de simplifier. Un besoin évident…tout autant qu’il est compréhensible que vu l’ampleur de la tâche on recherche désespérément et indéfiniment la baguette magique qui permettrait de tout régler sans s’attaquer à une tâche d’une telle ampleur. D’autant plus que plus on repousse l’échéance en attendant de trouver la baguette magique, plus l’ampleur de la tâche s’accroit.

Là dessus l’entreprise 2.0, ou appelez ça comme vous voulez, est arrivée comme du pain béni. En effet les collaborateurs allaient adopter des comportements et pratiques vertueuses, efficaces, “gagnant-gagnant” permettant d’être plus efficaces aujourd’hui, préparer l’avenir, de reconstruire le lien social et tout cela spontanément, le plus naturellement du monde. A condition de leur donner les outils le permettant. On ne change rien, on ne met pas les mains dans le complexe moteur, on évite les soucis politiques et humains…on ajoute une surcouce qui n’impacte en rien les bases, les fondamentaux, le système et tout va s’arranger.

Le pari était tentant. Et il a été tenté.

On s’est rapidement rendu compte que l’adoption était tout sauf évidente. On a donc mis le paquet sur le sujet. Et puis on a vu que faire adopter les outils ne fonctionnait pas…ou alors en s’évertuant à créer une activité artificielle qui justifiait peut être l’investissement technologique mais ne profitait en rien à l’entreprise. Alors on a travaillé sur l’adoption des pratiques et usages. Pour se rendre compte qu’il s’agissait d’une affaire de sens, d’alignement et de systéme. Et qu’au final il fallait donc travailler sur….toute la masse choses qu’on avait savamment caché sous le tapis et que l’entreprise 2.0 devait éviter de traiter.

En croyant régler des problématiques organisationnelles et humaines à moindre frais grâce à des projets de ce type l’entreprise n’a fait qu’ouvrir la boite de Pandore, celle qui lui renvoie, tel un boomerang, ses limites, ses faillites, tous les chantiers qu’elle a cru pouvoir enterrer et lui montre l’ampleur du travail à accomplir.

En fait entreprise 2.0 et social business n’étaient pas la solution. Juste des principes qui aident à résoudre des problèmes auxquels on ne peut définitivement plus tourner le dos.

 

Entreprise résiliente ? Et quid du client ?

Résumé : face des marchés en rapide évolution et des clients à la fois exigeants et versatiles, l’entreprise doit rentrer dans une logique de résilience. Mais la relation client est une danse qui se pratique à deux : comment rentrer dans une relation constructive avec d’un coté une entreprise qui ferait des efforts d’adaptabilité et des clients incapables de toute empathie. Si on imagine pas les communautés de clients faire d’efforts dans cette direction, les entreprises ont les moyens par plus de transparence, de dispositifs d’explication, d’information, de donner au client les éléments permettant de comprendre un contexte, faisant ainsi diminuer la tension en situation de crise et rendant plus faciles et productives les relations entre parties-prenantes.

Les marchés vont vite et se transforment à une vitesse jamais vue. Dans ce contexte le client évolue tout aussi vite et fait preuve d’une exigence et d’une versatilité jamais vues, ce qui force l’entreprise à rentrer non plus dans des logiques d’adaptation lourdes et espacées mais dans des logiques d’ajustement permanent. Ce qui, organisationnellement parlant, se traduit par des approches centrées sur la résilience plutôt que sur le changement.

Ceci dit on a également vu que, au niveau de l’empathie indispensable à la résilience, le fameux social customer qui attend tant de l’entreprise se pose là. Coté entreprise la conclusion est évidente : oui il faut s’adapter mieux et, surtout, plus vite, mais dans le cadre d’une relation gagnant/gagnant ce serait également très bien si le client développait lui-même cette fameuse résilience pour être également capable de s’adapter à des situations exceptionnelles sans forcément en rejeter la faute sur l’entreprise et refuser de comprendre son contexte.

De là à voir des communautés de clients se prendre en main pour décider d’organiser cette résilience collective et individuelle de leur coté car, finalement, la relation client est une danse qui se pratique à deux et où en tant que partie prenante, au même titre de l’entreprise, ils ont des efforts à accomplir, une partie du chemin à faire et une responsabilité dans la qualité de la relation et se son résultat…il y a un pas qu’on s’abstiendra de franchir.

Mais à l’inverse, l’entreprise n’a-telle pas sinon une responsabilité en tout cas un rôle à jouer dans l’organisation de la résilience du client ? Il est impossible de réagir constructivement devant une situation que l’on ne comprend pas et, surtout, dont on ne comprend pas les facteurs externes qui la génèrent, l’impactent, la font évoluer. Si cela ne résoud pas tout, un travail de communication, d’explication en amont peut contribuer à aider le client à comprendre une situation, identifier les responsabilités, les facteurs impactants et ainsi éviter de s’en prendre à ceux qui n’y peuvent rien, à ceux qui sont autant victimes de la situation que lui et, au contraire, valoriser le travail effectué pour récupérer les choses plutôt que se plaindre de la non-normalité du service. Cela peut aussi aider le client à bien jouer son rôle dans une situation qui tend de plus en plus à être une situation de co-construction [Read more...]

Gamification : souvenez vous que le badge EST la récompense

Résumé : on nous prédit que la gamification va envahir sous peu nos espaces de travail. C’est en effet un levier pertinent même s’il faut être conscient que son périmètre d’efficacité n’est pas absolu et que tout le monde n’y sera pas sensible. Par contre un biais plus grave menace : croire que les récompenses obtenues peuvent être des indicateurs permettant d’aller plus loin que la simple reconnaissance “gratuite”. Ce qui serait légalement et socialement compliqué.

On parle beaucoup de gamification ces temps derniers. Plutôt qu’une longue explication je vous renvoie à la définition qu’en donne Wikipedia.

La gamification (ou ludification) est le transfert des mécanismes du jeu dans d’autres domaines, en particulier des sites web, des situations d’apprentissage, des situations de travail ou des réseaux sociaux. Son objet est d’augmenter l’acceptabilité et l’usage de ces applications en s’appuyant sur la prédisposition humaine au jeu.

Souvenez vous, il y a deux ans je disais que la seule chose que l’entreprise avait à apprendre de foursquare n’était pas la géolocalisation mais le système de badges. On y est.

Comment cela fonctionne t’il ? Très simplement. En faisant et répétant des actions préalablement définies (par l’entreprise, par le manager…) je gagne des “badges” et au fur et à mesure que ma pratique s’intensifie et / ou que j’atteins certains résultats j’atteins des “niveaux d’expertise” associés. Bon cela prend des formes différentes mais la logique est là.

Quel intérêt ? Pour l’entreprise elle utilise des mécanismes pour me faire faire ou essayer des choses que je n’aurai pas fait autrement par manque de temps, d’intérêt ou parce que je ne les juge pas prioritaires. Pour moi ? Et bien je vois que mes efforts sont récompensés par quelque chose de visible, et je peux même (si mon égo est suffisant) me comparer avec mes petits camarades. “Tu vois…je suis celui qui met toujours le CRM à jour dans le temps”, “J’aide plus mes collègues que toi…”.

La condition ? Et bien que je sois dans le bon état d’esprit. Que ce coté ludique corresponde à mon état d’esprit, qu’on ne détourne pas les principes pour de mauvaises raisons. Ca n’est surement pas la baguette magique qui va transformer les Hommes et les usages mais il est sur qu’elle s’appliquera à certaines personnes avec succès. Question de culture personnelle, de culture d’entreprise. Pas nécessairement question d’âge : quand on regarde la réussite d’un foursquare, c’est davantage un sujet de trentenaires ou de quadras que de millenials.

Cela fonctionne ? A priori oui (en tout cas sur certaines populations pour certains usages). Une étude d’IBM montre même que le niveau d’engagement des utilisateurs baisse une fois qu’on supprime ces mécanismes (tout en prenant garde de préciser que vu la population sur laquelle l’étude a été menée il faut se garder des généralisations hatives).

A quoi cela sert il concrètement ? Aujourd’hui on voit deux cas émerger dans l’entreprise

- comme outil de motivation des salariés. Exemple : Rypple avec Salesforce.

- comme outil d’aide à la prise en main d’un autre outil. Par exemple Bunchball ou Kudosbadges pour IBM Connections.

Alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Ces outils puissants peuvent vraiment jouer un rôle dans l’évolution des comportements et des usages. Mais attention aux effets de bord.

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S’attaque-t-on aux bons silos dans l’entreprise ?

Résumé : les silos sont un mal connu de l’entreprise qui essaie par tous les moyens de s’en affranchir. Mais dans une organisation en prise avec le marché et le client, où gestion des exceptions, résolution de problème deviennent le quotidien de tous, quelle est le le niveau de collaboration entre IT, RH et marketing ? Si, au plus haut niveau, ces trois entités travaillent de manière isolée sans prendre en compte le fait qu’elles contribuent conjointement à un même dispositif, il y a peu de chance que les choses changent dans les niveaux inférieurs.

On est bien conscient au plus haut niveau de l’entreprise qu’une grande partie des silos organisationnels actuels est une véritable plaie pour une entreprise qui doit devenir plus agile, réactive, transverse et reconfigurable. On s’y attaque donc au travers de diverses initiatives à base de projets collaboratifs avec des résultats plus ou moins mitigés. Mais l’entreprise peut elle sérieusement évisager de s’occuper de ces silos si elle ne commence pas par ceux qu’elle a érigé à son sommet ?

Reprenons depuis le début. L’entreprise se veut agile et réactive, en prise avec le marché, à l’écoute de son client, avec des salariés en capacité de réagir efficacement, le tout dans une logique de service. Pour cela on a vu l’importance des dispositifs organisationnels et technologiques justifiés par l’exploitation de ce nouveau gisement de valeur.

On a donc un triptyque salarié “empoweré”, client (centre du dispositif) et information/outils permettant de gérer la relation entre le premier et le second de manière directe ou en collaborant en interne pour résoudre les problématiques externes.

Regardons maintenant qui est en charge de quoi dans l’entreprise.

Le salariés dépend des RH, le client du marketing et les outils de l’IT. Et dans la grande majorité des cas chacun travaille dans son coin en oubliant totalement de leurs missions respectives concourrent à un seul et même dispositif.

Les RH font ils de leur mieux pour rendre aisée la participation dans de tels dispositifs ? En termes d’évaluation, de fiche de poste voire de formation aux outils ?

Le marketing outille-t-il les collaborateurs dans le cadre d’une relation client avancée ?

L’IT se préoccupe-t-elle de donner les bons outils à la fois aux salariés et aux clients ?

On pourrait ainsi continuer la liste de questions pendant longtemps mais, globalement parlant la question est : “ces trois fonctions se mettent elles autours d’une table pour discuter de leurs participations respectives, complémentaires et coordonnées à un dispositif central dans la chaine de valeur de l’entreprise ? “. 

La réponse est bien entendu non a tel point qu’on en arrive à la situation paradoxale où :

- le salarié estime que les RH jouent pour l’entreprise et pas pour lui

- le marketing pense que la RH est un frein

- la RH considère que le marketing et elle n’ont rien à se dire

- tout le monde évite copieusement l’IT et cette dernière est bien en peine, même lorsqu’elle le veut, de mettre de la cohérence et de l’alignement dans les dispositifs qu’elle offre à chacun.

Vous imaginez une équipe de football ou les défenseurs, milieux et attaquants ont chacun leur propre entraineur et ballon et s’amusent entre eux sur le terrain sans jamais construire quelque chose avec les autres composantes dans l’équipe alors que l’objectif commun est bien de remonter un ballon des uns vers les autres pour le mettre dans le but de l’adversaire. Et bien on y est.

En matière de silos la direction générale a souvent intérêt de balayer devant sa propre porte avant de s’attaquer aux salariés.

Entreprise 2.0 et Social business ? Oui..mais pourquoi ?

Résumé : Alors que le besoin de transfomer les organisations semble acquis pour tous il semble que les seuls à avoir quelques doutes sont les entreprises elles-même. Ou, pour être plus précis, ce sont les causes invoquées qui semblent ne pas trop les toucher. Assez convaincantes pour des initiatives tactiques et cosmétiques, pas assez pour une vraie évolution organisationnelle et managériale. Innovation, Génération Y, engagement des collaborateurs sont importants mais pas vitaux. La notion d’économie du savoir trop théorique. Reste un déplacement de la valeur vers les services, indépendamment du type de produit qu’ils accompagne. Cette “servicisation” de l’économie nécessite un fonctionnement adapté et une utilisation optimale des actifs intangibles de l’entreprise. Un point essentiel car si une entreprise ne comprends pas ce glissement de la valeur elle n’a aucune raison de faire les choses de manière profonde et cohérente.

 

Je disais dernièrement que plutôt que devenir une entreprise 2.0 ou un social business, il serait mieux que l’entreprise cherche à créer son propre futur. D’adopter un modèle qui lui est propre, en fonction de son contexte, de sa culture, de son secteur d’activité plutôt que d’adopter un modèle dont le caractère générique fait que tout le monde a l’impression qu’il a été créé pour tout le monde sauf pour soi.

J’ai donc distingué quelques axes sur lequel le changement devait s’effectuer (exécution, apprentissage, relations avec l’écosystème….), puis viendront d’autres choses sur la nécessité de les traiter de manière cohérente et les leviers nécessaires. Mais chaque chose en son temps. Car je voudrais revenir sur un point essentiel. Pourquoi se poser de telles question ? Pourquoi tout changer ? Pourquoi faire autant d’effort alors qu’on s’en est toujours sorti en appliquant les bonnes vieilles recettes ?

Ce point de la réflexion qui doit venir avant toute chose est à mon sens essentiel. Sans lui aucun moyen d’impliquer les personnes à un niveau de responsabilité suffisant. Aucune chance d’arrêter les initiatives non coordonnées, les plans d’actions parcellaires et cosmétiques. Aucun d’espoir de disposer des ressources nécessaires. S’il n’y a pas une vision partagée au plus au niveau sur le “pourquoi” il est inutile de réfléchir à quoi que ce soit, de commencer quoi que soit dans l’espoir que cela va vraiment changer les choses. Soit on ne fera rien soit on lancera des initiatives sans grande ambition, sans cohérence. Donc autant ne rien faire.

Alors pourquoi changer ? Les arguments on les connait depuis des années. En tout cas une partie d’entre eux qui sont répétés encore et encore depuis près de 5 ans. Force est de reconnaitre qu’ils portent peu.

Le web 2.0 est une réalité et il faut l’importer en importer les usages dans l’entreprise. Le fait que quelque chose existe hors de l’entreprise est il une condition suffisante pour l’importer en son sein ?

Ca va être simple, tout le monde utilise ces outils. Ah…le terrain montre que le niveau de maitrise est insuffisant pour un usage professionel…et que la professionnalisation des usages est loin d’être acquise. Et puis même si c’était si simple, rien ne prouve que c’est souhaitable.

La génération Y le demande. On se rend déjà bien compte que les Y, bien qu’ayant leurs spécificités ne sont pas la tornade annoncée. Et la remarque du point précédent vaut également pour eux. Et puis si on changeait tout à chaque fois qu’une tendance émerge pour faire plaisir à untel ou untel on ne s’en sortirait pas.

Le monde est devenu social. Heu…oui et vous m’expliquez ce que cela veut dire pour mon entreprise, mon compte de résultat, mon bilan ?

Il faut recréer de l’engagement dans l’entreprise. Oui mais cela n’est pas nouveau. Sujet RH vieux comme le monde. Et croire qu’un réseau social se substitue à une politique RH volontariste…

Nous travaillons d’une manière totalement inefficace. Cet argument est le plus rationnel. Mais pourquoi tout changer ? Plus de pression et plus de rigueur devraient faire l’affaire non ? Pourquoi tout changer au lieu de resserrer les vis ? Ah..parce que les échanges se passent mal, les conversations se perdent où n’arrivent pas ? Mais on ne paie pas les gens pour avoir des conversations et partager mais pour travailler. Aucune raison d’inclure ça dans le travail.

• Le social customer impose une nouvelle approche de la part de l’entreprise. Et bien on va ouvrir une page facebook. Mais pourquoi changer tous les processus qui existent derrière l’interface entreprise/client. On fait comme avant en changeant la façade.

• Il faut innover. Soit, on lance une plateforme dédiée, on recrée la boite à idée…et alors ?

Bon. On voit bien qu’il y a une part de vrai dans tous ces arguments mais, à moins d’avoir une sensibilité particulière, aucune raison suffisante de battre le branle bas de combat et repeindre son entreprise de la cave au grenier. On garde tout, on fait un peu de cosmétique çà et là et tout ira bien. Assez, donc, pour entamer quelques actions, pas assez vital pour prendre la mesure du changement nécessaire.

Peut on voir et expliquer les choses différemment ?

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Quand la relation client va au delà de l’artifice conversationnel : le cas Société Générale

Résumé : l’avenir de la relation client se joue sur le web. Logique lorsqu’on voit aujourd’hui le nombre de mobinautes et la prolifération des dispositifs dits sociaux qui favorisent les échanges entre clients et entreprises. Mais croire, à l’inverse, qu’il suffit de rentrer dans une logique de conversation avec le client est une grave erreur. Le client est en recherche de résultat et non pas seulement de contact et face à la diversité des besoins il faut une spécialisation des services mis à sa disposition tout en respectant le pouvoir qu’il a de choisir son propre parcours dans le système. Vers la fin de l’attrape-tout social et conversation et l’émergence de dispositifs structurés qui englobent online et offline, conversationnel et transactionnel sans pour autant les mélanger.

Depuis le temps qu’on vous le repete je pense que vous l’avez compris : le futur de la relation client est social ! Oui mais qu’est ce que cela veut dire ? En fait cette notion de social est un grand sac dans lequel on a fait rentrer pleins de choses et qu’on a remué le tout à tel point qu’à prendre le phénomène dans son ensemble on en a oublié de traiter ses composantes individuellement. Par “social” il faut donc comprendre :

- que les internautes peuvent prendre la parole et interpeler l’entreprise sur le web, individuellement ou collectivement (dans ce cas on parle de communautés). Et qu’il s’agit donc d’être en mesure d’écouter et de répondre.

- que le client est de plus en plus utilisateur de techologies mobiles et qu’en conséquence il faut être en mesure de rentrer avec lui dans une relation multicanal. On en profitera pour ressortir un vieil acronyme du milieu des années 2000 qui n’a jamais été autant d’actualité : ATAWAD pour AnyTime AnyWhere AnyDevice. (En français : n’importe quand, n’importe où, sur n’importe quel terminal).

On parle donc de différents canaux, de relations individuelles, de relations collectives, d’information et de service client. On comprend bien que tout cela se traite avec un minimum de finesse car recouvrant un grand nombre de situations et de besoins. Et pourtant…

Le renouveau de la relation client sur le web s’est d’abord amorcé par une utilisation massive des nouveaux médias sociaux à des fins relationnelles et conversationnelles. Puisque ce qui importe c’est de discuter et d’être proches…alors soyons le. Ce qui a donné lieu (et malheureusement continue à donner lieu) à des situations relativement amusantes si on les observe de loin, plutôt inquiétantes si on les regarde avec l’œil du cient ou du professionnel de la relation client. Exemples de conversations “twitter” trop souvent vues

“@entreprise : bonjour chers clients, vous avez vu notre super nouvelle initiative. Please RT SVP

@clientlambda :@entreprise en attendant j’aimerais simplement que le truc que je vous ai acheté y’a 10 jours fonctionne !!!!!!

@entreprise : @clientlambda je comprend votre déception…mais moi je suis juste là pour passer les messages et être cool (1/2)

@entreprise : @clientlambda pour les plaintes merci de s’adresser au service client http://bit.ly/gueulezici (2/2)

@client lambda : @entreprise mais je l’ai déjà fait y’a 10 jours !!!! #fail

@entreprise : @clientlambda ben dans ce cas là j’y peux rien. Désolé

@clientlambda : @entreprise : #fail #epicfail #uberfail”

Bon ça c’était “avant”. Le petit stagiaire du marketing a depuis souvent laissé sa place à des professionnels du service ou à une personne qualifiée et habilitée à aller plus loin que la simple conversation de proximité. Ce qui n’a pas été sans entrainer quelques changements organisationnels (on relira empowered avec attention). Mais ça n’était qu’une première étape (en tout cas pour ceux qui ont décidé de la franchir).

Mais l’attrape-tout géant et conversationnel constitué, en gros, par Twitter et Facebook ne répond pas à tous les besoins, car :

le client n’est pas systématiquement en recherche d’une relation de qualité et de proximité mais désire tout simplement l’exécution d’une promesse.

-  pour des raisons d’efficacité, il vaut parfois mieux donner au client les outils pour se débrouiller lui-même que le mettre en contact avec une personne qui réglera le problème à sa place.

tout n’est pas communautaire et qu’une grande partie des discussions concernent des problématiques individuelles qui demandent une action et une réponse individuelle.

- le client ne valorise pas la mise en contact mais l’obtention du résultat. Ce qui pose des contraintes spécifiques à certains secteurs d’activité. Lorsqu’on a un soucis ou une question dans le transport aérien, par exemple, il suffit de contacter @deltaassist ou @airfrancefr par exemple,  si j’ai un soucis pour utiliser un produit acheté chez Best Buy je contacte la @twelpforce. Et si j’ai une question d’ordre général sur ma banque et que je suis à la Société Générale je contacte @sg_etvous. Mais le cas de la banque est spécifique car pour certaines questions il me faut non pas parler à la banque mais à mon conseiller. Ce qui change pas mal de choses.

On se rend bien compte que limiter la relation client sur internet à un immense magma conversationnel passant par un canal attrape-tout multi-device est une grossière erreur. Ce qui nous amène à des stratégies beaucoup plus fines qui prennent en compte l’ensemble de ces besoins et les adressent par des services et canaux différenciés et adaptés au besoin, à la situation (mobilité ou non), au média (web ou non) et au périphérique. Exemple avec le nouveau dispositif mis en place par la Société Générale. [Read more...]

Le social software, paradis de l’efficacité du travailleur du savoir

Résumé : réunir et rapprocher les individus n’est pas garant de performance accrue. Si cela est indispensable pour stimuler la créativité, échanger, partager des points de vue et affiner, la partie “productive” du travail et est, elle, plutôt solitaire et individuelle. Autres configurations personnes mais également autres configurations spatiales. La présence d’outils sociaux en ligne a pour principal avantage de permettre aux deux de coexister de manière trop intrusive, de bénéficier des autres dans voir son attention phagocytée par le groupe. Pour être productifs apprenons à être “seuls ensemble”.

Est on vraiment plus efficaces ensemble que seul ? Même si c’est aujourd’hui une pensée dominante et qu’on ne jure plus que par le collectif, le groupe, la collaboration, la nécessité de trailler “social” (dans le sans anglo-saxon du terme) la réalité est beaucoup plus complexe.

J’ai déjà fait état de certains doutes sur le sujet. Le collectif est un excellent moyen de trop se reposer sur les autres et rassembler les individus, stimuler les échanges et les activités collectives n’est en rien un subsitut à une grande rigueur individuelle dans le respect des délais et objectifs assignés à chacun. Car au final existe la plus petite unité de travail indivisible, l’acitivité de production, qui elle reste l’affaire de chacun. On brainstorme avant, on assemble et affine après mais au final il reste que tout dépend de la capacité de chacun à réaliser un travail individuel de qualité dans les temps.

En fait l’activité du “travail du savoir” est duale. Il y a les moments de production qui, comme on l’a dit sont solitaires et, en amont et en aval, des activités d’échange, de partage d’information, de discussions. Quant à la créativité dont il doit faire preuve lorsqu’il produit, elle est stimulée par les discussions et les échanges qui ont lieu avant et autour de son travail de production. Je dis bien “autour” car au final au moment de produire une analyse, de prendre une décision, de coucher sur le papier des recommandations il est bel et bien seul.

Deux choses maintenant sur le travailleur du savoir. La première c’est qu’il n’est pas nécessairement ce haut diplômé en col blanc qu’on imagine facilement. Une assistante ou un col bleu ont une partie de leur activité croissante et de plus en plus essentielle en termes de création de valeur qui relève de ce type d’activité. La seconde est que pour la plupart d’entre eux, si leur créativité est stimulée par le collectif elle ne s’exerce souvent le mieux que lorsqu’ils sont seuls. Ou plutôt au calme, dans une sorte de bulle de tranquillité que ne permet ni la réunion physique ni parfois le simple fait de travailler en open space.

Comment, dès lors, réussir à concilier les deux ? [Read more...]

Performance et bien être font bon ménage grâce aux RH de Pepsico (et sans technologie)

Pepsico France

Résumé : quelle entreprise n’essaie pas aujourd’hui de remobiliser ses salariés, de créer ce fameux engagement indispensable à la performance économique ? Alors on cherche des dispositifs innovants, on joue la carte de la technologie qui doit devenir un catalyseur du lien. On essaie tout sauf ce qui semble le plus évident : changer vraiment la vie des salariés avant de leur demander de s’engager. Miser sur le sens plutôt que sur des dispositifs qui n’ont aucun ancrage dans le quotidien tel que le collaborateur le vit. Heureusement certaines entreprises continuent de traiter l’humain par l’humain et cela fonctionne. Recontre avec Delphine Dupuis, DRH de Pepsico France, élue Great Place to Work en France pour la 3e année consécutive.

Le bien être est un des sujets qui semble rendre les entreprises schyzophrènes. Combien de fois entend on que c’est indispensable à la performance individuelle et collective pour se faire dire par les mêmes personnes que “c’est compliqué, vous comprenez, il faut optimiser le résultat et la productivité donc on n’a pas les moyens pour ça”. Indispensable mais secondaire et finalement pas trop sérieux.

Le classement “Great Place to Work” vient de tomber, élisant pour la 3e année consécutive, pour la France, Pepsico dans la catégorie “entreprises de plus de 500 salariés”. J’ai eu la chance de pouvoir échanger avec Delphine Dupuis, DRH de la filiale française du groupe, afin de creuser le sujet et voir, concretement, comment enclencher une telle dynamique. Cela tombe bien, vu que je désirais aborder le sujet prochainement, cet article servira de base à une série qui suivra dans les prochaines semaines.

Avant de commencer, un petit point sur les remarques que je sens déjà arriver sur le phénomène “Great Place to Work”. Oui toutes les entreprises ne concourrent pas. Oui il faut rentrer dans un processus payant pour être évalué et participer. Ca ne pose absolument aucun problème au regard de ce qui suit puisque cela signifie qu’il se peut que des entreprises fassent éventuellement mieux en étant méconnues ce qui est plutôt un bon point. L’idée ici est plutôt par rapport à celles qui ne font pas ou hésitent et sont en quête d’exemples.

Donc quelques éléments sur Pepsico France avant de débuter. C’est bien sur la filliale française du géant US du même nom, elle compte 556 collaborateurs, pour moitié dans la fonction commerciale, pour moitié répartis dans les autres fonctions de l’entreprise (marketing, logistique, administratif…). Pour ceux qui pensent que la démographie de l’organisation a un impact sur de telles approches, il y a xxx% d’hommes et xxx% de femmes et la moyenne d’âge est de 34 ans.

Bien être au travail et performance font ils bon ménage ?

Delphine Dupuis

Delphine Dupuis

Autant commencer là avant d’aller plus loin. Il est toujours difficile d’établir des liens de causalité et on peut discuter des heures durant du syndrome de la poule et de l’œuf. Mais en 2011 la croissance a été, pour Pepsico France, de 10%. Surtout, elle a été 3 fois supérieure à la moyenne des entreprises agro-alimentaires car il importe de remettre la performance dans le contexte de la concurrence si on ne veut pas faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas.

Pour Delphine Dupuis les choses sont claires et les convictions affichées :

“On a la conviction qu’il existe un cercle vertueux : motivation et enthousiasme entrainent la performance économique. Epanouir le capital humain entraine une performance économlque durable”.

Ce qui nous amène à parler de l’ancrage d’une telle politique dans l’ADN de l’entreprise. Initiative locale brillante mais fragile, principe gravé dans le marbre et dictant les choix stratégiques et opérationnels ? [Read more...]

Le social business forum de Milan à 200€ pendant 10 jours

Un petit mot en passant pour vous signaler le prochain Social Business Forum qui se tiendra à Milan les 4 et 5 juin prochains. Comme d’habitude le plateau réuni est d’excellente qualité avec quelques “usual suspects” comme Luis Suarez, Mark Tamis, Sameer Patel, Rawn Shah et moi même ainsi que de nombreux cas (coté français on notera Pernod et Alcatel Lucent). J’ajouterai également la présence d’Oscar Berg qu’on ne voit pas assez souvent à mon gout ainsi que de John Hagel qu’il me tardait de voir en Europe depuis de longues années. (Liste provisoire des conférenciers ici)

Si je vous fais part de l’événement aujourd’hui c’est pour une bonne raison : pendant 10 jours le prix de l’inscription pour les participants est fixé à 200€ avant de retrouver  un niveau plus en phase avec les tarifs habituels de ce genre d’événement.

Donc si le sujet vous intéresse et que votre seule préoccupation était budgétaire, dépêchez vous car la promotion “early bird” ne va pas durer longtemps.