Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Un service RH ça ne sert à rien

April 14th, 2006 · View Comments · Entreprise, organisation et management, Ressources Humaines

utilite service rhEn tout cas si on considère que le but d’une entreprise est d’accomplir ses objectifs stratégiques c’est évident, un service Rh ne sert vraiment à rien. Ca n’est pas moi qui le dit mais 555 “executifs” de 68 pays qui classent la fonction rh comme avant dernière lorsqu’on leur demande quelle fonction de leur entreprise les aidera à accomplir leur stratégie dans les prochaines années (CEO Briefing The Economist).

On peut a priori être surpris comme je l’ai été à premier abord et comme David Guillocheau qui s’interroge sur la question. Mais finalement ça n’est pas si surprenant et ce pour différentes raisons.

Tout d’abord parce que dans de nombreux cas les rh sont vues comme un centre de coût. La preuve on n’investit pas dans le recrutement pour développer son entreprise mais on recrute pour accompagner le développement. D’ailleurs les Rh ne sont que rarement conviés à la table de l’élaboration de la stratégie: on établit une feuille de route et on demande aux Rh de faire avec. Ce service n’est donc pas un levier de développement mais une variable d’ajustement. A tort ou à raison? Certainement à tort mais d’un autre coté les DRH ne font rien pour changer la donne, et c’est mon second point.

En effet lorsque des responsables dans de grandes entreprises me disent “il nous faut être toujours plus performants et c’est pas avec les rh qu’on y arrivera, c’est un frein”, il ne veut pas dire que ses rh rament à contre sens, mais qu’on confond gestion et développement. Les rh gèrent les ressources humaines. Un point c’est tout.

Une entreprise ne se développe que par l’innovation, la rupture. Pour cela il faut oser et risquer. L’activité principale d’un service rh aujourd’hui est de limiter le risque humain. Beaucoup moins “fun” comme travail non? Vous pensez que j’exagère? Regardez le nombre d’entreprises où “on est seul”, “on ne communique pas”, “on ne recrute que des clones”, “on va chercher les bonnes idées ailleurs, jamais chez nous”…ça fait du monde non?

Exemple type dans le recrutement: les profils atypiques sont rarement bien vus car trop risqués et trop facteurs de changements et de comportements non préventifs. Ce sont souvent eux qui permettent à une entreprise d’innover, de faire la différence. Mais ils sont rarement recrutés par les rh…plus souvent par un opérationnel qui les impose de force et contre l’avis de ses rh. Ce qui amène au point suivant: “on doit toujours chercher les idées ailleurs”…forcément car a force de recruter des profils “zéro risque” on a droit au zéro innovation, donc zéro rupture, donc zéro progrès. Pourquoi les grandes entreprises vont elles chercher des “têtes” dans des petites structures innovantes à votre avis? C’est parce que ces “têtes” ne peuvent éclore que dans ces structures car les “traditionnels” n’ont pas pris le risque de les recruter avant. Ils auraient plu aux opérationnels mais leur Cv n’a jamais passé le cap du recrutement qui s’est empressé de ne pas les contacter.

Rh coupables de frilosité? Non, question de contexte. Dans un contexte juridiquement sur-régulé la moindre vétille peux prendre des proportions inouïes. Ils font en sorte que le dérapage n’ait pas lieu et le font bien…la contrepartie c’est que pour avancer personne ne compte sur eux. Travail ingrat que de travailler dans un service rh. On se plaint du déficit de communication, mais une nouvelle (même bonne) lachée un peu trop tot et c’est le délit d’entrave.

Une solution serait elle d’obliger les rh à discutter en permanence non seulement avec les syndicats comme il se doit (leur plaie à les écouter) mais aussi avec les opérationnels pour tempérer et la frilosité des uns et l’enthousiasme des autres? A voir, pourquoi pas?

En fait ma plus grande surprise par rapport à cette étude est son caractère international. En effet dans un contexte franco-français je comprend eu égard à une réglementation étouffante, des contraintes multiples, une rigidité maladive de la main d’oeuvre et l’attitude parfois peu collaborative et compréhensive de leurs interlocuteurs. Mais un sentiment identique émanant de personnes évoluant dans un contexte beaucoup plus détendu et ouvert que le notre me surprend, voire m’inquiète.

Des rh frileuses en raison du manque de confiance et du rôle mineur qui leur est dévolu par leur DG ou des DG peu confiants en raison de la frilosité d’un service qui n’est pas identifié comme vecteur d’avancées?

La question reste posée

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  • Alex
    Je suis tombée sur cet article par hasard et donc, sur ton blog. Vraiment très bien, chapeau ! de nombreux articles très intéressants... presque trop ! ... car il va me falloir beaucoup de temps pour récupérer mon retard dans la lecture de tous ces posts !
  • Pas mieux!

    A noter que sur la question de la remise en cause permanente, c'est un des 14 principes de management chez Toyota qui s'appelle le Kaizen (l'amélioration continue, cf le livre 'The Toyota Way' de Jeffrey K. Linker) avec sa règle associée des 5 why?. L'objectif étant de porter en permanence un regard le plus critique et le plus transparent possible (via des rétrospectives régulières) sur les processus en place.
  • Tout à fait d'accord avec toi. Le profil atypique a une signification: avancée, rupture...
    Son utilité ne se révèle donc que dans des entreprises adeptes de la remise en cause permanente.

    Une question reste: sans remise en cause permanente quelle est l'avenir d'une entreprise aujourd'hui? Si la réponse est "aucun" une dose d'atypiques est nécessaire.

    Je te rejoins également (et en applaudissant des deux mains) sur la dénomination du service. Mais plutot que de renommer ne serait il pas utile d'enteriner la siscion entre GESTION des ressources humaines et DYNAMIQUE HUMAINE ou DEVELOPPEMENT du capital humain. Ou, expliqué autrement, entre l'administratif technique et l'humain comportemental?
  • Un commentaire est souvent trop réducteur par rapport à ce que voulait dire l'auteur et je crois que c'est ce qui c'est passé pour moi. Bien entendu je ne voulais pas tomber dans la caricature dangereuse du 'en dehors de la vague start-up et de l'esprit surfer' point de salue. D'ailleurs, l'article de Kathy Sierra ne tombe pas à mon sens dans ce travers. Je suis également d'accord sur le fait que les services RH devrait faire preuve de moins de frilosité dans le processus de recrutement. Néanmoins dans bon nombre d'entreprises injecter des personnes au profil atypique sans une démarche // de conduite du changement sur les modes de fonctionnement de l'entreprise me semble dangereux. Le problème c'est que la responsabilité du service RH est souvent borné à la gestion individuelle des parcours alors qu'un service RH devrait être au centre de l'entreprise et en charge de faire tourner à plein régime le moteur le plus important de l'entreprise: le moteur humain. On devrait renommer le service RH en service DH (Dynamique Humaine). A noter que mon expérience des services RH se limite à 3 sociétés (de 100 à 1000 personnes), je n'ai donc pas le monopole de la pensée sur le sujet mais simplement un retour d'expérience.
  • Il n'y aurait donc aucun moyen de vaincre de paradoxe entre la volonté d'innover les uns et le rôle de stabilisateur des autres? D'ailleurs l'objectif ne serait déjà t-il pas de passer de frein à stabilisateur?

    Ou doit on considérer comme acquis une fois pour toutes que l'innovation ne viendra que des structures à l'esprit start up dont le rôle ne sera jamais que de tester l'innovation avant qu'elle soit adoptée dans des grands groupes?
  • Ne parle-t-on pas ici de la face émergé de l'iceberg ? En effet si demain les services RH se mettaient à embaucher des profils 'atypiques' pour générer de la rupture et de l'innovation ne serait-ce pas comme faire entrer un candidat de la starac dans un service de gérontologie ? Ce que je veux dire c'est qu'on en revient systématiquement au problème de culture au sein de l'entreprise. Kathy Sierra (Head First books) a posté récemment un article 'Dignity is deadly, part two' (http://headrush.typepad.com/creating_passionate...) qui compare pour la n ème fois la différence de culture start-up / corporate. Tant qu'on sera dans ce type de culture au niveau des grandes entreprises il me semble souhaitable que les services RH continue à embaucher des moutons. A notre modeste niveau dans notre petite boîte (www.hortis.ch) nous essayons d'injecter cette culture 'chaordic' : http://social.hortis.ch/2006/04/12/transparence....
  • Y a t il un DRH dans l'avion de l'innovation pour une fonction RH plus stratégique et mieux perçue ?
    Vite qu'il/elle se fasse connaître ! Les activistes des eRH 2.0 seront ses alliés, ses chevilles ouvrieres partenaires ;-)
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