C’est quoi une candidature ciblée?

cibleVoici une excellente question. On parle de rh “people centric”, de recrutement “humain”, mais derrière tout cela se cache le concept beaucoup plus terre à terre de “candidature ciblée”. Aujourd’hui l’acte de candidature est des plus simples: on traque les offres via des agents de recherche, on a un profil et un cv type enregistrés, on adapte la lettre de motivation et on clique sur “envoyer”. Fini la lettre de motivation recommencée 10 fois car le stylo a bavé, une rature en a détruit la perfection visuelle, un mot nous semblé inadéquat, une ligne n’a pas l’air si droite. Fini les séances de collage de timbres…

Avantage: les recruteurs ratissent largent.

Soucis: ils n’ont plus 100 mais 1000 candidatures à traiter.

Avant on choisissait ses cibles…l’acte de candidature était administratif et lassant à tel point qu’on se focalisait sur ce qui semblait le plus pertinent. Aujourd’hui (et pénurie de postes oblige) on arrose d’autant plus large qu’on est finalement à un simple clic de sa cible.

Conclusion: non seulement les recruteurs reçoivent de plus en plus de candidatures mais la plupart d’entre elles sont moins pertinentes. Sauf à évangéliser des millions de chercheur d’emploi, il appartient au recruteur de faire le tri.

Voilà pour l’aspect ciblage, coté candidat. Mais qu’en est il coté recruteur?

Imaginons ce dialogue virtuel avec un recruteur:

“Bonjour…alors pour vous qu’est ce qu’une candidature ciblée”

“C’est bien entendu quelqu’un qui a les compétences requises pour le poste concerné” [Non dit "et qui se fondra dans la masse sans faire de vagues"]

Mauvaise réponse!!!!

Est ce d’ailleurs la raison du manque d’implication, de motivation et du turnover dont se plaignent les mêmes personnes par ailleurs.

La candidature ciblée n’est pas celle d’une personne ayant les compétences pour un poste de “x” et qui postule chez Tartempion SA car Tartempion SA propose un poste de “x”. La candidature ciblée est celle d’une personne qui a les compétences pour le poste de “x” et qui veut être “x” chez Tartempion SA. Qu’entre “x” chez Tartempion et “x” chez Machinchose elle veut être chez Tartempion.

Facile si Tartempion est numéro un mondial, propose le prestige sinon de l’uniforme en tout cas de la carte de visite…et bien non. Car on postule pour une image…et le turnover et le manque d’implication viennent du décalage entre cette image et la réalité de l’entreprise. Numéro un, soit, mais dernier au hit parade du “corporate bonheur”.

La réussite et l’image d’une entreprise comptent dans l’acte de candidature. Mais se limiter à cela est une erreur. Et puis un candidat postulera souvent chez des concurrents qui ont peu ou prou le même niveau. Et on est tous numéro un quelque part!.

L’entreprise ne “vend” que sa réussite sans parler de sa vie, et quand elle le fait c’est par une voie tellement asceptisée qu’on risque de la confondre avec son concurrent direct.

Or, à compétences égales, la candidature ciblée est celle qui vise votre entreprise en tant que lieu de vie. Et comment voulez vous qu’on vous choisisse si vous ne communiquez pas là dessus?

“Mais on risque de perdre des candidats qui n’aimeraient pas certaines aspects, alors qu’en se montrant lisses….”….ils partiront déçus et mort d’ennui après 3 ans, après avoir assimilé tout ce que vous avez à leur apprendre, après avoir couté en formation. A la limite mieux vaut un candidat un peu moins bon mais qui veut se donner pour une entreprise.

Mais comment peuvent ils savoir que votre entreprise est faite pour eux? et pas le concurrent qui a les mêmes résultats et vend la même image?

Parce que vous êtes différents et qu’il suffit de vous montrer comme vous êtes. Par quels moyens? Osez les interviews de collaborateurs, les blogs de salariés qui sont vos meilleurs ambassadeurs, un blog corporate qui permet un autre ton dans la relation et l’échange. Osez montrer ce que vous êtes. Osez même avouer que chez vous c’est “concurrence et résultat”, il y en a qui aiment et se sentirons moins à l’aise dans une entreprise où ils seront davantage choyés. Et eux au moins ne viendront pas par hasard! Plutot que viser la visibilité maximale sur des jobboards qui génèrent des milliers de candidatures non pertinentes, tentez les jobboards verticaux qui sur un métier fédèrent ceux qui s’y intéressent vraiment en délivrant contenu et informations sur les activités concernées.
Mais osez sortir des sentiers battus. Dans “Ressources Humaines” il n’y a pas que ressources. Et pour exploiter au mieux les ressources, ne jamais oublier qu’elles ont à l’occasion un comportement et des attentes humaines.

Parce que le turnover coute, que l’implication rapporte, n’oubliez pas qu’une candidature ciblée c’est des compétences mais également un affectif. Vous savez évaluer les premières, apprenez à susciter le second sans avoir recours aux discours que plus personne n’écoute.

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  • http://girard.over-blog.net/ PPG

    Ou là, je suis d’accord sur le fond, néanmoins l’affectif n’a jamais fait bon ménage avec le professionnel. J’ai toujours remarqué des entreprises qui communiquent sur leurs besoins, rarement sur leurs envies (sous entendu émotions, affectif) Mais c’est peut être une erreur qui dure, qui dure … transmission intergénérationnelle…. Un récent article sur les jeunes lu (j’ai perdu la source) soulignait que pour les jeunes, aujourd’hui le meilleur moyen de se faire une place dans le monde du travail, c’est de mettre ces sentiments de côté … une nouvelle fissure entre l’entreprise et le salarié, Ah j’allais oublié ma dernière notre : c’est affaire d’équilibre instable

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    En fait quand je parle d’affectif c’est par rapport à une entreprise, sa culture…pas obligatoirement par rapport aux hommes. Le fait d’avoir envie d’être quelque part n’est pas innocent.

    Typiquement pourquoi envoyer une candidature chez Apple plutôt que chez Microsoft? (ou l’inverse).

    Je ne pense pas que négliger les rapports humains soit le meilleur moyen de se faire une place. Je pense que c’est une davantage une réaction de dépit par rapport à un monde qui ne leur ouvre guère les portes qu’un vade mecum d’une gestion de carrière réussie.

    En tout cas on ne progresse pas en négligeant autres. Sans parler d’affectif on peut toutefois évoquer des notions tels que “condidération” et “prise en compte”.

  • http://girard.over-blog.net/ PPG

    ouhai ouhai, tu n’est pas sans savoir que l’entreprise fonctionne sur un mode “mégalo” (moi j’suis bon et les autres sont nuls du 1.0 en sommes;-) je constate, je constate. c’est au candidat de démontrer qu’il est l’homme de la situation.

    Mais je suis tout a fait d’accord pour guérir l’entreprise de son mode de fonctionnement “paranoiaque” :) , par une ouverture telle que décrite dans ta note.

    En fait quand je te relie j’ai l’impression que tu abordes la relation entreprise / salarié comme une relation affective, et je me demande si cela est bien envisageable, une véritable révolution culturelle quoi

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    Tout dépend ce que tu mets dans le terme affectif. Certains ont écrit “j’aime ma boite, elle non plus”, pourquoi ne pas écrire un jour “j’aime ma boite, elle aussi ;-) ”.

    Je pense que l’attitude actuelle de l’entreprise est due à l’antinomie perçue entre “donner de l’attention aux autres” et “focus sur les résultats”. La question est de savoir si c’est vraiment antinomique ou si l’un est finalement la condition de l’autre.

  • http://girard.over-blog.net/ PPG

    j’y mets ce que LArousse écrit simplement : sentiment, amour, tout ce qui nous ramene à la relation “affective”
    Sourions un peu : pour aller du desir vers le plaisir, meme dans une relation affective, il faut produire un certain travail, sinon on va au devant de deception, :)
    je distingue l’affectif, le professionnel et le lien social. le professionnel repond à des codes bien particuliers à des conduites, bien eloignees de l’affectif. Peut etre que le mot affectif est mal choisi, car comme dit precedemment il induit le terme sentiment. Dans un cadre professionnel, je parlerais de ressenti (premier niveau), de sens, d’humain quoi, sans aller dans l’optimisation des emotions.
    Condition de l’autre ?
    Hypothese : d’ores et deja à ce niveau il y aurait “contradiction” entre une approche humaine et une approche economique, voire mecanique. Maintenant la bipolarité des situations permet d’atteindre l’harmonie, certes instable, mais le changement ne se decrete pas .
    autre hypothese : il y aurait conflit et pour en sortir, c’est l’affrontement via le compromis le rapport de force ou la négo, en fonction de l’entreprise du contexte, sociale, économique, technique, etc…

    Autre point : je suis un blogos debutant, et je trouve cela plaisant. Mon dernier post est destiné au maire de la ville dans un souci d’ameliorer le dialogue entre la base et le pouvoir, merci de me suggerer ton opinion :)