Le retour des petits chefs ou le renouveau du manager animateur

petit chefJe ne crois pas l’avoir déjà écrit mais vous l’avez dans doute deviné, je ne porte pas les petits chefs dans mon coeur. A la fois parce que vue d’en dessous ils sont invivables et vue du dessus ils sont un facteur évident de baisse de la performance de l’organisation.

Et c’est à la faveur d’un article dans le monde de ce jour (daté du 7/11) que je me réjouis de les voir réapparaitre. En fait tout dépend de ce que vous mettez derrière la notion de petit chef.

Si on se refère à l’acception traditionnelle du terme, que je pourrais synthétiser par “petit capo local ayant une forte prédisposition à couper les têtes qui dépassent et ayant une vision de la responsabilité managériale limitée à un exercice visible de l’autorité” il est vrai que mon propos peut surprendre.

Si on s’en tient à la vérité des mots en considérant qu’un petit chef est une personne qui, sous la responsabilité d’un supérieur, exerce une partie des responsabilités de celui-ci par délégation, je suis plutôt satisfait. Vous l’avez compris, on parle ici du middle management.

Car si notre middle manager est devenu petit chef il y a des raisons au nombre desquelles la distension du lien avec sa hiérarchie qui les amenait davantage à gérer localement dans leur propre intérêt plutot que dans celui d’une entreprise qui ne savait (ou voulait ? ) les impliquer. Avec les conséquences que l’on sait: baronnies locales, etouffement des retours terrain, mauvaise diffusion des messages forts de l’entreprise. Bref, ils étaient devenus le symbole d’une telle coupure entre la direction et le terrain qu’on se demandait volontier comment les éradiquer.

Une tendance plus intéressante se fait jour (cela tombe bien car en lien avec mon article précédent) où, plutôt que de se débarasser de la fonction on a décidé de se débarrasser des mauvaises habitudes, chose beaucoup plus pertinente.

L’entreprise redécouvre donc l’importance du management de proximité et se rend compte que le middle management est essentiel pour le bon fonctionnement des équipes.

Ceci dit reste à perdre les mauvaises habitudes. Comme le dit l’article “il faut sortir d’un mode de gestion basé sur le contrat, le contrôle, la contrainte, pour instaurer la confiance , le soutien, l’autodiscipline ” (Joël Fabiani, DRH d’AUCHAN)

Ce qui repose une question qui m’est chère: quel est le rôle d’un manager ? Dans le contexte actuel je le vois davantage comme un animateur que comme un contrôleur. Ce qui suppose des capacités spécifiques à l’heure où, comme le déplore l’article on continue à donner ce genre de promotion au meilleur employé alors que les qualités dont on fait preuve à un poste ne présagent en rien de la capacité à encadrer des personnes effectuant les mêmes tâches. Ce sont deux profils distincts même si de rares personnes arrivent à cumuler les deux.

Le middle manager animateur arrive ? C’est quelque part également l’émergence des communautés dans l’entreprise et la fin d’un management universel et uniforme qui aurait soit disant pu s’appliquer avec la même efficacité partout. Je m’en réjouis donc tout en restant vigilant sur un point : redonner un sens au rôle du middle manager est une excellente chose, reste à lui donner les moyens d’assumer ce rôle nouveau. Sinon l’entreprise aura encore une fois trouvé l’occasion de creuser le fossé qui la sépare de ses forces vives.

Amis DRH…à vous de jouer.

A lire: “Les petits chefs, un rouage que les DRH redécouvrent” Le Monde du 7/11/06, Cahier économie p VIII par Nathalie QUERUEL

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  • http://fandi.over-blog.com/ Vincent

    Middle management et management de proximité sont pour moi des profils de postes bien différents.

    Le middle management est bien souvent une interface entre justement le premier niveau des managers qui animent les équipes et les responsables des entité, Business unit ou autre appelation.

    Pas toujours indispensables quand ils sont trop loin du terrain et pas assez relayeur de sens

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    La question est justement de réussir à transformer le middle manager en manager de proximité.

  • http://coachtoustemps.blogsome.com/ YGG

    Une partie de la question est celle de (la source de) l’autorité : étymologiquement “autorité”=”le pouvoir de faire grandir” (Dictionnaire étymologique Robert, E.Picoche)[http://www.amazon.fr/Dictionnaire-%C3%A9tymologique-Fran%C3%A7ais-Jacqueline-Picoche/dp/2849022632/sr=1-1/qid=1162940562/ref=sr_1_1/171-9147621-7946635?ie=UTF8&s=books]…
    Rien à voir avec le fait d’avoir un beau képi et des sardines sur l’épaule!
    Voir aussi la notion (chez Nonaka et Takeuchi)[http://www.amazon.fr/connaissance-cr%C3%A9atrice-dynamique-lentreprise-apprenante/dp/2744500348/sr=1-1/qid=1162940844/ref=sr_1_1/171-9147621-7946635?ie=UTF8&s=books] de “middle up down management”: une strate qui est au bon endroit pour a) remonter à la (haute) hiérarchie les messages/ réactions/ questions/ doutes/ commentaires de la base et b) diffuser/ expliquer/ déployer/ moduler vers la base les messages de la (haute) hiérarchie; avec valeur ajoutée.

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    >>>YGG: Décidément tu deviens ma référence ;-)

    Tout à fait d’accord avec toi pour le képi et les sardines.

    L’idée de la “strate au bon endroit” est au coeur du problème. Entre middle management près de la tête et éloigné du terrain et un management de proximité près du terrain et coupé du centre névralgique de l’entreprise il faut soit rapprocher le premier de la base soit le second de la direction. Avec pour conséquence le fait d’unifier ces deux niveaux pour n’en faire qu’un. Reste à savoir lequel et comment on lui donne les moyens de sa mission.

  • Arnaud

    N’oublions jamais qu’il n’y a pas d’entreprise sans hommes et sans femmes. Et qu’il s’agit de les accompagner pour qu’ils progressent et créent individuellement leur légende.

    Rien de tel que de mettre en place le moyen de favoriser les échanges entre chaque niveaux dans l’entreprise de façon informelle. Et puis tant que l’on y est, de faire de même de façon horizontale.

    La responsabilité ultime de tout manager (Chef) reste pour moi de motiver chacun de ses collaborateurs. Si lors de chacune de mes actions j’ai en tête celà je vais développer l’esprit de construction, de confiance, de valorisation de chaque individu et ce même lorsque je suis amené à faire face à l’erreur d’un collaborateur.

    Lorsque l’on accepte une mission de manager il faut du courage. Parce que ce n’est pas une sinécure, ou un havre de tranquillité. Il va falloir oser. Affronter ce que l’on craint. Et appliquer l’idée simple “pour aller plus loin il faut aller plus près”.

    Arnaud

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    >>> Arnaud : je ne peux que te rejoindre sur ce point. Il existe une difficulté à l’exercice de la fonction de manager: elle est “vendue” par l’idée collective (que ce soit les médias ou les écoles qui forment les managers) comme intimement liée au pouvoir. On se borne trop souvent à cet aspect en passant sous silence que la meilleure façon d’exercer le pouvoir est d’aider.

    Mais dans la pensée “générale” avoir le pouvoir et être à la dispostion de ceux que l’on encadre est trop souvent considéré comme incompatible.

    A tort.

  • Aurélie

    Le management de proximité est une des thématiques les plus importantes pour les années à venir selon les DRH.
    Une étude sur les managers de proximité dans les call centers spécifiquement a été menée par les étudiants du mastere RH de l’ESSEC. Plusieurs questions que vous posez y sont abordées au travers des perceptions des télécateurs, des manager de proximité, de leurs n+1 et n+2! (le profil, le rôle, la place, la formation, et l’avenir des MP…entre autre.)
    On y retrouve des contradictions interessantes…
    Vous pouvez retrouver tout les débats des membres du club ESSEC RH autour de cette étude sur