Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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L’école nous a mal éduqué et l’entreprise ne nous a pas aidé

December 22nd, 2006 · View Comments · Entreprise, organisation et management, Pratiques / Outils collaboratifs

images-3.jpegIl m’arrive d’en vouloir à mes anciens instituteurs et professeurs je l’avoue. Et même à mes parents. Ainsi qu’aux ex profs et aux parents de ceux qui m’entourent. Et je pense que je ne suis pas le seul dans ce cas. Car à l’heure de la recherche d’une certaine efficacité ils sont à la source de tous nos maux.

On réussit seul ! A forcer d’entendre ça on a fini par croire que c’était vrai. Et bien sur nos ainés ont tellement bien retranscrit ça dans le monde du travail que c’est devenu un must : la preuve de la qualité professionnelle c’est de faire seul ! Et quand on ne peut faire seul ? Et bien on ne fait pas, tant pis pour les progrès à coté desquels on passe. Demander l’aide des autres c’est se rabaisser. Ajoutez à cela une bonne dose d’égo et contemplez le résultat. On voulait fabriquer des “Hommes”, des self made men ? On a failli nous transformer en autistes. Merci beaucoup, aujourd’hui on ne peut que constater les dégats.

On ne copie pas ! Erreur didactique ! On nous dit que copier c’est mal. C’est complétement faux. Copier ça peut même être profitable et très bien dans la mesure où ça nous évite de réinventer la roue tous les jours, où cela permet d’utiliser son temps pour améliorer ou innover plutôt que réinventer ce qui a été fait (et souvent en moins bien). C’est tricher qui est mal. Nuance. Mais on ne nous l’a jamais expliqué alors force de tout prendre au pied de la lettre on arrête de prêter attention à ce que les autres peuvent nous apporter. Bien entendu on a dupliqué cela dans le monde du travail et on s’étonne d’avoir les pires difficultés à faire travailler les gens ensemble.

On n’aide pas les autres ! Que l’on punisse les copieurs passe encore. Mais il ne fallait pas non plus laisser les autres copier sur soi. Vous vous souvenez de la manie que l’on avait à l’école de monter une sorte de ligne Maginot autour de sa copie ? Ca n’était pas de peur que le voisin copie, c’était de peut que l’instituteur ou le professeur s’imagine qu’on le laisse regarder. Nuance ! Celui qui aide est aussi condamnable que celui qui triche. L’aide est moralement réprouvée.

On ne parle pas aux inconnus ! Ah un grand classique. Quand on te parle méfie toi et ferme la porte. Bien sur ce discours est (contrairement aux exemples précédents) empreint de sagesse pour des raisons évidentes de sécurité. Mais trop matraqué sans être expliqué il a une conséquence immédiate : on hésite même à échanger avec des personnes avec lesquels on est supposé travailler et avec lesquels on a des objectifs communs affichés.
On ne parle pas de soi ! Parce que ça n’est pas poli. Cependant pour travailler en réseau, être identifié pour son expertise il faut “emettre un signal” qui sera reçu par la collectivité. Combien de fois se rend on compte qu’un collègue aurait pu nous tirer une épine du pied mais qu’on ne s’est jamais adressé à lui faute de savoir qu’il avait telle compétence ou expérience dans son “portefeuille”. La vie en entreprise, le fonctionnement en équipe, impose d’avoir une attitude proactive, de pratiquer un marketing personnel afin de se positionner en apporteur de solution interne. C’est au bénéfice de l’individu qui se retrouve dans les projets pour lesquels il a le plus de qualités et pour la collectivité qui identifie ainsi les meilleurs pour une mission donnée.
Les entreprises ont évolué selon l’éducation de ceux qui les dirigent. Elles nous ont donc largement confirmé dans nos croyances contre productives. Ces impératifs font tellement partie d’une “bonne” éducation qu’on les ressent comme des valeurs propres, les abandonner c’est un peu se renier et renier tout un background culturel, familial, social… Les attitudes positives qui aideront l’individu et l’entreprise dans un cadre professionnelle ne sont pas tant contre nature que contre de nombreux principes que l’on a gravé dans le marbre dès notre plus tendre enfance.

Tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler ! Ca évite de dire beaucoup de bétises. Avec comme effet le développement d’une auto-censure qui amène les entreprises à déployer des trésors d’ingéniosité pour essayer de rendre leurs salariés innovants et créatifs. Que de temps perdu.

Et pour faire collaborer les générations de demain le travail commençait dès l’école primaire ou le collège ?

Et en attendant cela nous laisse encore une bonne vingtaine d’années donc il va bien falloir réussir à faire bouger l’existant.

Un peu de provoc’ avant le réveillon ça ne fait pas de mal non ? Surtout quand c’est fondé ;-)

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  • "Diantre, dilemne pour notre classe politique, qui doit éduquer, mais pas trop…"

    Oui, j'appelle ça *l'élitisme des médiocres*

    (par opposition à l'excellence généralisé)

    Elle permet à une élite de s'assurer de conserver pour ses enfants le sommet de la pyramide.

    Pas trop de concurrence, pour "réussir" mollement et sans trop d'effort -- car on est déjà infusé de la culture générale nécessaire pour entrer là où il faut.
  • Effectivement l'école 19è siècle est périmée.

    Il faut noter que de nombreux enseignants essayent intuitivement et individuellement d'autres manières d'enseigner.

    Certaines pratiques par projet sont même parfois institutionnalisées... pour les enfants en difficultés uniquement !

    Comme les RASED par exemple. Ah, c'est vrai, ils vont être supprimés pour être "mis devant une classe".

    (tous les enseignants devant une classe complète, 30 élèves, est le nouveau mantra RH actuel de l'éducation nationale)

    Bref, ça fait 50 ans que les pédagogies en prise avec le réel sociologique et scientifique essayent de se faire une place dans l'école publique... sans réussir.

    Mais les changements sociétaux actuel, la "société du numérique" ouvre une opportunité et une conjonction d'intérêt sans précédent.

    Car le travail collaboratif et le partage des connaissances à l'ére du numérique ressemble furieusement aux pratiques pronées par les pédagogue.
  • Tout à fait d'accord avec l'analyse que tu fais. Je suis enseignant en informatique et ça fait un peu plus d'un an que je cherche à changer ce fonctionnement. Voici une carte des "bonnes pratiques" qui regroupe mes idées et propose un autre schéma pour la formation. Elle regroupe des pratiques que tu prônes appliquées à l'éducation (enfin je pense ...)
    En espérant que d'autres enseignants vont dans le même sens ...
  • farmer
    Quelle justesse des propos ! A 49 ans, je prépare un master, et suis sidérée de l'individualisme, des stratégies pour la meilleure note sans considération de l'intérêt réel de l'exercice. La prise de parole est enfermée dans des limites étroites et implicites et la position "haute" de certains intervenants à de quoi laisser "bouche bée".
  • Philippe
    Je tombe bien tard sur ce bien sympathique billet. Je sais qu'en Finlande on apprend dès la maternelle au enfants à travailler à plusieurs. J'aimerais bien voir les incidences que cela a sur la capacité d'innovation des entreprises finlandaises.
  • Eric Laurent
    Et à quand une nouvelle envie d'apprendre à apprendre ? Avec une approche made in T. Buzan alias Mind Mapping pour rejoindre l'école finlandaise ?

    Je partage vos propos. Un autodidacte.
  • J'aime beaucoup le "maison fondée en 1890...ordre et tradition".

    C'est exactement celà !
  • Hello
    Je ne peux en vouloir ni à mes parents, ni à mes professeurs..
    Merci à eux de m'avoir laissé être créatif et enthoutiaste,
    merci de m'avoir laissé lire des romans de SF qui m'ont toujours aidé à voir venir l'avenir sans l'angoisse de l'inconnu,
    je copie allègrement pour faire mieux
    et je communique mes infos le plus souvent espérant un feed back qui me fasse progresser....;Ce sont des lois du réseau, du web..

    Je pense que tous les commentateurs et vous meme, BD , vous etes dans le meme cas que moi....seulement...seulement....
    Nous nous heurtons encore à une gérontocratie (j'ai 58 ans) qui aimait mettre aux frontons de ses épiceries "Maison fondée en 1890 - Ordre et Tradition"

    Nous nous heurtons à un système qui barre la route aux initiatives et sanctionne les erreurs comme si elles ne faisaient pas partie de la vie.
    C'est français tout ça, et c'est de droite comme de gauche
    J'ai choisi de vivre plutot en France sachant qu'en Californie, à Stokolmes ou seulement à Londres, il en va autrement.
    J'ai été tenté de vivre à Montréal et les amis canadiens étaient unanimes : tes gamins auront une meilleure éducation en France. J'y reste encore donc.

    Ce ne sont ni les parents, ni les professeurs qui insistent pour organiser les entreprises en hiérarchie et non en réseau.
    Je vous laisse deviner qui insiste.
    David
  • Je vous rejoins sur cette note, l'éducation est la base de tout, tant que la France ne se dotera pas d'un vrai système éducatif, qui prend en compte l'évolution du tissu famillial (quelle connerie de ne rien proposer aux parents après 4h30, comme si tout le monde vivait encore dans un coupl où la maman peut aller chercher les gamins tous les jours à la sortie et le papa bosse, merci à l'éducation nationale de s'adapter!)

    Mais on peut se demander si c'est vraiment l'objectif de la classe politique, car des cons ça consomme mieux au fond...

    Mais les cons ça produit moins...

    Diantre, dilemne pour notre classe politique, qui doit éduquer, mais pas trop...
  • tout a fait d'accord, nous créons des reproducteurs serviles là ou il faudrait des créatifs. Aucun apprentissage de la coopération (à propos , connaissez vous la semaine de la coopération à l'école) , refus de la créativité). Mais on verra que cela commence aussi comme cela pour recruter les universitaires qui formeront les enseignants (bon je suis peut être aigri, j'ai raté 5 fois le CAPES, mais je fais encore des piges à l'université).
  • Excellente note, très juste sur le fond à mon avis. On touche là toute la difficulté qu'il y a... à grandir -- c'est-à-dire à se défaire de tous ces messages et injonctions reçues dans l'enfance. Ca demande un peu de temps et de travail personnel, et le résultat n'est pas garanti :)

    Par ailleurs, cela nous rappelle à quel point il serait utile d'apprendre aux enfants/ados à travailler en collaboration, à se réguler en groupe, etc. Cette intelligence coopérative est certainement une des clés du monde d'aujourd'hui et de demain.
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