Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
Bloc-Notes de Bertrand Duperrin header image 2

La surcharge informationnelle est un mythe

February 23rd, 2007 · View Comments · Intelligence Economique, Intranets, Pratiques / Outils collaboratifs

surchargeOn l’appelle aussi infobésité et elle est la cause de tous nos maux. Elle met sous stress celui qui ne fait pas gérer un tel volume d’information, elle est source de perte de productivité, et sa croissance se fait de l’avis de tous à qualité décroissante. Le mal est tellement profond que la lutte contre l’infobésité est une cause partagée des managers, DSI, RH…en bref de tous ceux qui sont intéressés au bon fonctionnement de l’entreprise.

Surcharge informationnelle. Vous y croyez, vous ? Parce que pour être franc je n’ai aucunement l’impression d’être surchargé d’information, bien au contraire. D’ailleurs je serais fort satisfait que l’on me donne des moyens d’en avoir encore plus. Primo je manque d’information, Secondo je suis certain que si j’en avais plus je gagnerai beaucoup de temps. Et je pense même que mon cas, loin d’être unique est plutôt une généralité.

Notre problème n’est en aucun cas la surcharge informationnelle qui n’est qu’une vue de l’esprit. Ce n’est pas l’information qui nous sature mais les données. Ce n’est pas qu’un simple changement de terminologie opéré par un tour de passe passe. Passer de la donnée à l’information peut entrainer des remises en cause non négligeables de pas mal de certitudes.

Définissons de quoi nous parlons

Quelle est la différence entre une donnée et une information ? “Le CAC 40 butte sur les 5700 points”. Donnée ou information ? Donnée. Par contre “il y a un point de résistance à la hausse et vu à quel prix tu as acheté c’est le bon moment pour une prise de bénéfice” ça c’est une information. Autre exemple : “il y a des avions et des trains qui vont à Toulouse”. Donnée. “Pour ton déplacement professionnel tu as le choix entre le train n°xxxx et le vol AFxxx” c’est une information. Si en plus on me dit “vu ta contrainte de temps et l’adresse de ton client la seule solution c’est l’avion” c’est une information encore meilleure. Et le prix ? Si mon déplacement est défrayé c’est une donnée pour moi. Mais une information pour mon service comptable.

La différence entre une donnée et une information est que l’information est la réponse à une question que je me pose. La donnée n’est qu’un élément de la réponse qui, prise seule n’a pas de sens pour moi.

Une première conclusion est donc que la différence entre les deux est hautement subjective. Ce qui est donnée pour moi est information pour mon voisin et inversement.

Le pourquoi de la surcharge de données

Votre boite mail déborde de newsletters a peine lues et votre aggrégateur RSS prend des airs de bibliothèque universelle ? La cause en est simple : en raison du manque d’information nous accroissons le volume de données en espérant…trouver une information. Et c’est à ce moment là que l’on commence à se noyer. Comme le chercheur d’or à l’époque du far west nous passons un temps inouï à tamiser les données en essayant d’y trouver une information.

Et le succès des blogs comme source d’information en est un exemple flagrant. Ce qui y est relayé vient bien d’une source commune. Par contre chacun l’interprête et la commente à sa façon. Je peux donc ne voir aucun intérêt à la donnée brute et ne lui prêter aucune attention. Mais il suffit qu’une personne présente cette donnée dans un contexte qui me parle et d’un seul coup je prend conscience de son impact et cela devient une information.

Le passage de la donnée à l’information s’opère donc par enrichissement et / ou contextualisaton

Enrichir et contextualiser ? Mais comment ?

Je serai tenté de vous dire “à l’ancienne, en vous servant de votre matière grise”. On collecte plein de données, on essaie des les imbriquer ensemble, de voir ce que ça donne, et après on se sert de sa tête pour transformer le tout en une information. Basique, efficace mais chronophage. En tout cas inadapté au volume de réponses dont nous avons quotidiennement besoin.

Une seule solution : faire faire le travail par les autres. Et là deux solutions : le recours à la capacité de traitement d’un système informatique ou le recours à l’intelligence humaine.

Solution 1 : enrichissement par l’informatique

Ce serait quelque chose de finalement logique si l’on prend en compte l’utilisation extensive de l’outil informatique dans le traitement des données. Mais a t’on jamais vu un système d’information enrichir des données ? Les aggréger, leur appliquer des formules oui. Les enrichir ? Jamais.

Comprenons nous : imaginez un ERP qui agrège une foultitude de données et qui me dit que mon produit peut être fabriqué en tant de jours pour un prix x et en telles quantités quotidiennes. Cela me fait une belle jambe. S’il me permet de calculer la variation de mon cout unitaire de production cela me plait un peu plus. Mais ce que j’attend, en tant que directeur d’usine ou de division, c’est qu’on me dise si je peux ou non le lancer. Cela implique de connaitre la concurrence, l’opinion du marché et des clients ainsi qu’une foule de micro facteurs. Le chiffre donné par le système n’est qu’un paramètre de ma décision.

Peut être que le Web 3.0 dit Web sémantique permettra à un système de mettre en relation des données chiffrées avec des rapports contextuels (et textuels) sur l’état du marché, les options stratégiques de mes concurrents etc… en attendant il me faut toujours un être humain pour faire cela, que ce soit moi, une autre personne ou un groupe de manière collective.

D’ailleurs à ce sujet que penseriez vous d’appeler un chat un chat, d’appeler Systèmes de Données ce qui ne traite que des données et se poser la question de savoir ce qui correspond (ou correspondrait) à la définition d’un système d’information au regard des lignes qui précèdent.

Solution 2 : enrichissement par l’humain

Cela suppose plusieurs choses :

- pouvoir communiquer avec les autres

- pouvoir emettre un signal captable par toute personne compétente sur un sujet (sachant que je ne sais pas forcément qui est compétent) afin que ma question soit connue de tous.
- laisser un ou des individus s’organiser pour y répondre, l’enrichissement nécessitant le plus souvent une discussion afin de permettre la confrontation des données et du contexte, la confrontation d’opinions. Notre environnement, connaissant nos questions, sert également de filtre intelligent pour ne nous transmettre que ce qui constitue une information.
- permettre un retour

Une chose semble évidente : c’est la solution la plus performante en termes de qualité d’information. Mais elle demande a priori une organisation peu aisée à mettre en place à une échelle globale dans l’entreprise. Je ne peux pas organiser toute l’entreprise en créant un process de transformation de données en information sinon elle ne ferait que cela à temps plein. Il faut que cela puisse s’organiser au fil de l’eau, sans rencontre formelle, en asynchrone, laisser à chacun la possibilité de lancer des bouteilles à la mer (ou en tout cas faire état de ses attentes) et à tous la possibilité d’y répondre.

D’où l’utilité dès lors qu’une structure atteint une certaine taille d’outiller la démarche par un système de communication ouvert et informel. Un tel système mériterait, lui, le nom de système d’information.

En tirer les conséquences ensuite

Avec de tels principes de transformation de données en information on commence véritablement et tels monsieur Jourdain à collaborer sans le savoir. Mais la personne qui va prendre le temps de me livrer de l’information à partir de données…justement prend du temps pour le faire. Est elle évaluée (donc rémunérée) en fonction ? Non la plupart du temps. Elle me fait gagner le temps qu’elle donne donc au global l’opération est neutre pour l’entreprise. Je dirai même que l’entreprise y gagne dès lors que son temps vaut moins cher que le mien.

Deux pistes à ce niveau : faire rentrer “la réponse aux bouteilles à la mer” dans les objectifs individuels d’une part. Et pour évaluer la valeur ainsi dégagée évaluer en global et non en vertu d’indicateurs locaux qui sont des tue la collaboration en puissance.

Et puis quitte à augmenter le ROI du tout, pensez donc à l’apport d’une telle organisation (ou plutôt de la possibilité d’interagir ainsi) dans le cadre d’une démarche d’intellogence économique supposant une veille collective…

Partagez cet article avec votre réseau:
  • Twitter
  • FriendFeed
  • Diigo
  • del.icio.us
  • Digg
  • Facebook
  • LinkedIn
  • Tumblr
  • Posterous
  • Netvibes
  • Identi.ca
  • Google Bookmarks
  • Print
  • Wikio FR
  • PDF
  • email
Tags: , , , , ,

Articles sur le même sujet

Tags: ·····

  • Très interessant échanges sur données information et saturation. A l'origine et scientiphiquement, l'information est de la connaissance mise en forme. La données est une codification de l'information. Ces concepts sont assez abstrait et sont utilisés au sens large dans beaucoup de discours.
    L'information est tout ce qui est véhiculé, connaissance, données... Ce mot regroupe tout de la recette de grand mère, à la pollution de Pékin, aux résultats d'une entreprise, et des écjanges à la machine à café. Il faudrait définir l'information par son contenu.
    Ainsi, il est juste de dire qu'une information est une donnée d'entrée d'un traitement.
    Le problème organisationnel est le volume d'informations (ou données comme vous voulez) qu'une personne a son poste de travail doit trier, digérer, comprendre et traiter. Par exemple, il est fréquent de voir des Directeurs avoir plus de 100 mails par jours. Le temps pour les lires est trop important. Dans cette masse de mails, seulement quelques uns leurs sont pertinents.
    Notre société génère de plus en plus d'informations (les blogs, site web, analyse de base de données, les mémo, etc.).
    Et le problème que l'on observe est que l'information tue l'information. Trop d'information ne permet plus de les lire, voire beaucoup d'informations ne sont que survolées.
    L'entreprise ne traite pas encore ces flux d'informations. Traiter veut dire : chercher, collecter, vérifier, dispatcher, analyser, réagir.
    Autre phénomène que l'on observe dans la prise de décision : pour décider, les managers veulent de l'informations. Ils veulent se rassurer, être sûr de tout savoir sur le problème. Et ils prennent leur décision tardivement.
    Enfin, dernière observation, combien de décisions ont été prises sur des informations fausses ? (erreur de statistique, désinformation...). J'ai vu une entreprise pendant 6 mois agir à partir d'une statistique fausse (jusqu'à envisager une réorganisation).
    Enfin, nous pouvons observer que les canaux d'informations ont changé. Tout le monde a accès à l'information via la télé ou internet, client, collaborateur, manager. La détention de l'information n'est plus un pouvoir. J'ai aussi observer dans des entreprises des collaborateurs être informés de changement (lois, réorganisation...) par internet avant de l'être par leurs managers.
    Dans cette masse plétorique d'informations (ou données), l'objectif est de trouver l'information de qualité et utile. L'utilité implique que l'on réutilise l'information (pour agir, réagir, changer sa connaissance).
    Les nouvelles technologies (Tag, moteur de recherche...) essayent d'apporter une solution à ce problème de masse.
  • Très intéressant débat. Si je peux me permettre, en réponse au commentaire ci-dessus de Bertrand Duperrin: le simple fait de rajouter une donnée à une autre donnée peut permettre de faire de l'une et l'autre une information. L'information, c'est de la donnée mise en forme (étymologiquement: in-formée).
  • Bonjour,

    Il est évident que l'entreprise a du retard, mais les créateurs de progiciels aussi, à part dans quelques rares domaines, les progiciels viennent à peine de passer le cap de l'interface graphique...

    Le plugin : http://www.scriptygoddess.com/archives/2004/06/...
  • >> Emmanuel : n'oublions pas que nous sommes dans un cadre professionnel : l'information doit avoir un but opérationnel : rajouter de la donnée à la donnée ne me dérange pas dès lors que cela me permet de décider et d'agir immédiatement.

    Pour ce qui est de l'infobésité en tant que tel, partant du fait qu'il y aura toujours de plus en plus de données disponibles comment faire un tri pour ne garder que les "bonnes". Là encore je pense que le seul filtre actuellement envisageable est humain et collectif.

    >>Richard : tu peux me donner l'adresse du plug in en question ?
    Par ailleurs penses tu que la question se pose différemment qu'il s'agisse du web en général ou de l'entreprise en particulier (difficulté même de la question à résoudre, délais plus courts, enjeux...). Je pense d'ailleurs que l'entreprise est en retard sur le particulier sur ces pratiques de "filtrage et recommandations collectives", identification et valorisation des meilleures sources et analystes....
  • Bonsoir,

    Ton billet illustre bien de lui même ton explication. Il y a quantité de données qui sont transformées en infos. Mais la reflexion d'Emmanuel est essentielle, c'est de ton analyse que le débat, l'enrichissement arrive.
    L'infobesité est clairement une tendance qui ne fait que s'affirmer et les blogs par exemple en deviennent la cause, la conséquence mais aussi une partie de la réponse.

    Pour reprendre la réaction d'Emmanuel et en se plaçant dans la peau du consommateur de base, l' info sur un produit est largement conditionnée par l'auteur et les sources peuvent être énormes.

    On peut rêver à une solution par la technologie mais je pense que c'est surement un phénomène naturel qui va rêgler la question, l'évolution.
    Dans quelques temps, on devrait avoir des gaps entre les analystes, neo-journalistes et les sources secondaires. Il y aura un nivelage du web (j'espère)

    ps : il existe un très bon plugin pour wp qui permet de recevoir une notification par mail en cas de réponse à un commentaire, très pratique quand pour faire vivre le débat.
  • Emmanuel Langlois
    Le processus qui permet de passer d'une donnée à une information est un processus personnel, fonction de sa culture, de ses intérêts, des influences, etc... L'enrichissement des données a pour effet de rajouter de la donnée ... à la donnée ! La transformation d'une donnée en information est individuelle et dépendante du "qui" ajoute de la donnée à la donnée et du "comment" les données sont liées. L'enrichissement par l'humain apparait donc bien comme la solution la plus efficace à l'émergence d'une information pour chacun. Par contre, le problème de l'infobesité reste entier !
blog comments powered by Disqus

Tag Cloud