Je vous avais signalé la conversation lancée par Xavier Aucompte afin de définir un intranet. J’y avais apporté ma contribution ici. J’ai eu la joie de voir mes propos repris par une de mes “références”, Jane McConnell, qui les a enrichis de son incontestable expérience, ce qui m’a donné quelques idées afin d’aller plus loin.
L’intranet est la représentation du management d’une entreprise. Cela signifie qu’il est à l’image de ce que vous êtes, et la réflexion pourrait s’arrêter là. Mais prenons de cas d’une entreprise qui décide d’abaisser son centre de gravité, de remettre l’individu créateur d’information et de valeur au premier plan (je signale que ce genre de réflexion et aujourd’hui omniprésent au sommet de nos entreprises). Il lui faudra alors faire évoluer son intranet pour qu’il corresponde à ce qu’elle veut être, cet espace qui virtualise les relations entre individus étant le seul lieu de rencontre commun dans l’entreprise éclatée de ce début de siècle.
Condition nécessaire à la réussite de la transformation de l’entreprise ? Oui. Suffisante ? Non.
Car entre la réflexion dont je fais mention qui est essentiellement stratégique (”voici ce que nous devons devenir”) et l’outil qui sera mis en place en conséquence, se trouve une strate d’une importance cruciale. On peut l’appeler management pour simplifier les choses mais elle est très protéiforme. On y fait rentrer le management, l’organisation, la dimension sociale et humaine….je pourrais dire “un truc qui régit la manière dont les choses se passent entre les individus à titre formel et informel, dans le cadre de leur activité professionnelle”. Et bien si ce “truc” n’est pas aligné sur la stratégie et sur l’outil votre belle stratégie et votre superbe outil ne seront que des paroles vaines.
On ne peut dire “devenons transverses, prenont en compte les spécificités d’un type nouveau de collaborateurs, abaissons notre centre de gravité, donnons autonomie et suscitons l’initiative” et mettre en place les outils le permettant alors même qu’on fait vivre ses équipes dans un modèle post taylorien, avec des canaux de communication exclusivement top down, et un droit à l’erreur nul qui bride toute forme d’initiative. Et j’en passe.
Conclusion : mettez votre stratégie au clair, définissez “la manière dont les choses se passent entre individus” et mettez cela en place, enfin deployez l’outil qui va avec tout cela.
Parce que :
- un projet à vocation local en contradiction avec la stratégie et le management sera un échec ou un succès tout relatif qu’il ne sera pas trop question d’ébruiter et de rendre trop visible.
- un outil déployé en vertu d’une stratégie et contre le management en place risque de ne pas connaitre le succès attendu quand bien même il correspond aux objectifs de l’entreprise.
- une stratégie sans outil de virtualisation sera inefficace dans l’entreprise du savoir d’aujourd’hui et de demain.
Ces trois points (stratégie, management, outils) sont chacuns indispensables mais insuffisants pris séparément. Il faut la réunion des trois et un alignement sans équivoque de tous sur la stratégie.
Tags: intranet , Management , Stratégie
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Je suis bien d’accord avec toi, Bertrand, mais tu t’en doutes. Tu évoques le mirage des outils “magiques” et l’inconscience de la nécessité d’accompagner le changement avec ceux qui sont concernés.
Cela étant je suis un peu perplexe sur le postulat que tu invoques, à savoir que le sujet serait sur les tables des décideurs des entreprises. Sans doute, mais à quel niveau et de quelles entreprises tu parles, telle est la question.
Le sujet est sur la table…autrement dit ceux qui veillent ont alerté ceux qui décident. D’ici à ce que cela se traduise dans les faits cela prendra…un certain temps. Certains sont déjà sur la brêche, d’autres donnent du temps au temps.
Je dirai qu’il s’agit de beaucoup plus que d’un accompagnement du changement. Car pour qu’il y ait accompagnement il faut qu’il y ait changement. Et celui-ci est plus profond que la simple mise en place de nouveaux outils. Le changement s’opère en profondeur et à la périphérie de l’outil. Ca n’est pas l’outil qui provoque le changement mais le changement qui donne sa raison d’être à l’outil.
Merci Bertrand pour cette suite qui est à mon avis au coeur de la réflexion que nous devons avoir. Ainsi, nous sommes à une phase où la maturité des salariés et des entreprises est haute sur l’internet et les TIC. En même temps, leur utilisation en interne est à la fois un sujet important mais surtout pas essentiel avec souvent le bas qui pousse le haut management. Au milieu, tu as des responsables intranet et/ou informatiques qui sont de niveaux très différents, à des niveaux de hiérarchie et dans des Directions différentes suivant les entreprises. Enfin, nous sommes dans une entreprise verticale où nos outils sont horizontaux ou transversaux.
ma recherche d’une définition est la volonté d’établir un périmètre de compétence d’une future Direction Intranet ou TIC dans les entreprises dans lesquelles seraient identifiés des professions spécifiques et des modes projet propre et surtout différent de la vieille informatique.
Au final, nous devons bien arriver à une stratégie, dans le cadre d’une organisation pour laquelle nous proposons des outils. Ce n’est pas un mirage ou un rêve pieux, c’est notre devoir de professionnels de l’intranet d’appliquer ce triptique sur nos projets même si à chaque faois nous sommes en confrontation ou en opposition avec des Services et des Directions qui veulent faire leur propre stratégie.
Pour finir imposer une démarche stratégique, c’est montrer que ces outils le sont. A l’inverse, c’est pérenniser les mauvais intranets et notre positionnement délicat et incompris.
Bonjour, je viens de découvrir ce blog et de prendre connaissance de cet article.
La vérité de l’actualité est là : on recrute des spécialistes de manières à faire basculer cette verticalité de manière horizontale et instaurer des work flow aussi bien documentaires qu’informatifs pour fluidifier les relations virtuelles et l’optimisation de l’entreprise. Cependant, aucune chance d’instaurer un tel modèle dans un groupe et encore moins dans une pme alors que le décisionnel n’est pas clairement pré-déterminé et où la rupture entre top et middle management est beaucoup trop importante.
Je vois des changements arriver, je les lis dans la presse spécialisée, mais ce ne sont que des vitrines…
En ce qui me concerne je ne suis pas manager, mais ayant travaillé dans une ssii, je pense qu’il faudrait plus s’inspirer du mode de fonctionnement des nouvelles pousses informatiques (directement influencée par la nouvelle école managériale), car au sein de ces structures, tout est fait pour faciliter les contacts formels et informels, virtuels ou réels et de ce fait les remontées d’informations et les processus de recrutement par cooptation (nerf de la guerre en ssii) se mettent en place systématiquement et naturellement.
Merci en tout cas pour l’article qui soulève une problématique actuelle importante dont nous connaissons tous les enjeux.
le blog de groupe Reflect // Mar 9, 2007 at 12:07
Extension du domaine de la lutte…
Cela fait quelques jours que Loïc a fermé ses commentaires, suscitant un déplacement des conversations (pas forcément comme il l’entendait, mais bon…), ils sont maintenant réouverts et modérés à priori avec une charte à la clé, un épilogu…
Je trouve l’idée séduisante d’imaginer que les entreprises, saisie par l’importance capitale qu’un tel alignement soit fait, se soient non seulement attaquées au management en opérant une gestion du changement vers un modèle plus plat mais également aux outils de l’entreprise. C’est d’ailleurs une évidence pour moi que le management soit reflété dans ses outils…
La réalité est à mon avis cruellement décevante. Ceux qui se posent les vrais questions aujourd’hui sont soit les challengers (les nouveaux venus de l’économie et en en particulier les entreprises web 2.0) soit ceux qui se sont effondrés et se trouvent face à la remise en question au pied du mur.
Je ne crois pas les entreprises se posent ces questions car elles ne sont pas prêtes à se remettre en question. Et l’outil étant la dernière roue du carrosse, je crois qu’il s’écoulera un long moment avant que l’on voit arriver de vrais innovations.
Pour avoir pratiqué intensivement des grands groupes, ils en sont encore passablement aux querelles de clochers, aux modèles hiérarchiques. Le top down est tellement même ancré dans le fonctionnement des entreprises que même les PME de moins de 10 personnes parviennent à faire jusqu’à 3 niveaux de hiérarchie !
Je pense donc, qu’à moins d’un revers gigantesque qui mette vraiment les modes de management actuels au pied du mur, un tel boulversement n’est pas prêt d’arriver. Regardez l’adoption des blogs en entreprise (les vrais, pas les trucs hyper corporate qui n’ont de blog que le nom) la plupart de celles qui s’y lancent le font moins par soucis d’ouverture que par intérêt de séduire un nouveau publique (c’est du marketing).
Alors certes c’est un début comme un autre… mais c’est un balbutiement timide et erratique et pas à mon sens une vrai tendance. Même si cela occupe parfois les conversations intellectuelles, je n’ai rien vu encore qui me fasse dire, ça y est, ils passent à l’acte ! J’aimerais pourtant y croire, voire les choses changer mais sincèrement, je n’ai rien vu de tel.
Avez-vous des exemples concrets ?
D’abord l’alignement n’est pas une nouveauté. N’importe qui te diras que la management doit être aligné sur la stratégie. Après il y a ceux qui le font, ceux qui pensent que c’est naturel, ceux….
La nouveauté vient de l’apparition de systèmes d’information “people-centric” donc à forte composante humaine qui pose la question de l’alignement des outils beaucoup plus que dans le cas d’un bon vieil ERP.
Pratiquement ce serait surtout le management à aligner sur l’outil.
En tout cas il y a un début de prise en compte mais il n’est pas uniforme, des fois en haut, des fois en bas, des fois au milieu, mais jamais les 3 à la fois. A priori normal pour un sujet aussi jeune et lorsque l’on connait l’inertie des grandes entreprises.
Mais de petits ruisseaux apparaissent qui feront de grandes rivières : voir mon article sur schlumberger qui montre, au delà des blogs ou wikis qui ne sont que des outils au service d’une démarche, que la volonté de laisser exister l’individu est réelle. IBM et Sun avaient ouvert la voie avant, en France cela fait un an que Dassault Système utilise blueKiwi et la mayonnaise commence à prendre sérieusement. Et on réflechit à ce sujet dans de nombreux grands groupes, c’est une évidence. Le temps avant le passage à l’acte dépendant de l’inertie évoquée plus haut…