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L’intranet de Renault isole les individus
Category: Entreprise, organisation et management, Intranets
Un article saisissant publié sur Zdnet. Le nouvel intranet de Renault, en isolant les salariés, contribue à un profond malaise dans l’entreprise. Bien entendu l’interview du responsable syndical de l’entreprise ne reflète qu’une vision du problème. De plus, et même si le titre de cet article peut laisser supposer le contraire je ne souscrit pas totalement à son point de vue.
Voici donc mon avis sur quelques idées clé de l’interview :
[Toutes les informations sur l'entreprise] sont accessibles en même temps à tout le monde, quel que soit le niveau hiérarchique. Le flux d’informations est tel que tous les salariés ont les yeux rivés quasiment en permanence devant leur écran.
Encore une entreprise qui confond information et donnée ! Les salariés sont submergés parce qu’aucun filtrage n’est mis en place. On peut avoir accès à tout et ne suivre qu’une partie du flux, en fonction d’un mot clé, d’une catégorie, d’une recommandation par un collègue. C’est la différence entre l’intranet social et l’intranet brutus mon bon monsieur.
Et la question ne serait pas, à mon avis, de diffuser moins, mais de trier et qualifier davantage. Nuance.
Dans le même temps, notre intranet ne permet pas au personnel de commenter en ligne les informations qui y sont diffusées
Taylor sors donc d’ici ! Je ne vois guère la dedans que la conséquence du point précédent. Tout dépend du degré de latitude qu’on donne à l’individu par rapport au flux émis.
Et je note au passage que la volonté de feedback existe au niveau des utilisateurs. Surprenant que l’entreprise n’ait pas estimé les bienfaits qu’elle aurait à tirer de tels commentaires.
un technicien n’a aujourd’hui même plus besoin de discuter de vive voix avec son manager pour poser ses congés.
Ne nous trompons pas de problème. Le fait que tout ce qui soit procédure soit informatisé est une chose, le fait que les rapports humains s’estompent en est une autre. La réponse à ce problème réél n’est pas forcément de ré-humaniser certaines procédures mais de donner à l’individu la possibilité d’exister, d’échanger et d’être valorisé en tant que tel. Je ne pense pas qu’il faille remettre en cause ce que fait ici l’intranet, mais plutôt se pencher sur ce qu’il ne fait pas.
mais [L'intranet] participe indéniablement à favoriser des logiques d’isolement des salariés au motif qu’on leur accorde davantage d’autonomie. L’interlocuteur de référence est devenu le poste de travail, or l’autonomie ne doit pas être une source d’isolement.
Ca n’est pas un problème d’intranet mais de management. Autonomie sans droit à l’erreur = déception, frustration et langage creux. L’autonomie doit être mise au service de la capacité des individus à s’organiser en réseau et à recréer un lien social effectif qui transcende l’organgramme et à interagir entre eux sur la base d’initiatives. Un intranet peut y contribuer mais là encore jetons un oeil sur les intranet sociaux ou 2.0…. l’intranet actuel de Renault, visiblement, fait son boulot. Le problème semble qu’on ait oublié de développer la fameuse face cachée.
La direction a effectivement déclaré sa volonté d’engager des actions pour que les chefs d’équipe UET prennent plus de temps pour expliquer et dialoguer avec leurs collaborateurs. Il s’agit de prendre du recul, en discutant par exemple des informations relatives à la vie de l’entreprise.
À partir de là, il nous semble essentiel que les chefs d’équipe puissent avoir la primeur des informations diffusées via Déclic. Ils doivent être en mesure de se réapproprier les informations pour mieux leur donner un sens lors des réunions hebdomadaires.
Donner la primeur de l’info aux cadres serait mieux pour tout le monde ? Bof bof bof. Oui dans certains cas, non dans d’autres. Si l’on reprend le premier cas que j’évoquais dans cette note, le problème n’est pas que les cadres aient l’info en même temps que tout le monde, c’est que personne ne puisse la commenter. Commenter = interroger. Répondre = expliquer. Le cumul des deux = donner du sens. Et c’est là le vrai problème : en ne permettant pas le dialogue un tel intranet empêche l’entreprise de donner du sens à ses projets. Le fait qu’on commence à digérer l’information et avant la “réunion du mardi” permet également aux collaborateurs de se l’approprier et apporter les bonnes questions. Si seuls les managers se l’approprient ils auront les bonnes réponses aux questions que les autres n’auront pas le temps de poser faute de recul. La bombe explosera donc plus tard faute de dialogue sur les points clé.
Je ne sais pas ce que vous en pensez mais je ne pense pas que le fameux intranet soit tant à blamer. Il fait son boulot. On ne peut pas lui demander de faire ce qu’il n’est pas prévu qu’il fasse . La question n’est donc pas de le remettre en cause mais de se demander si un pendant informel ne serait pas une partie de la réponse à ces questions. L’autre partie concerne le management et la manière dont on envisage les relations entre individus. Les reproches faits à l’intranet concernent des aspects qui sont clairement l’expression d’un mode d’organisation. N’oublions pas que l’intranet est le reflet de l’entreprise, et que dès qu’on désire faire évoluer l’un ou l’autre, l’alignement est nécesssaire.
Tags: intranet , intranet-2.0 , Management , renault
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D’accord avec vos commentaires mais je crains qu’il y aie aussi un autre enjeu qui apparaît en filigrane des premières phrases de l’interviewé: les organisations syndicales n’aiment en général pas trop qu’une entreprise (sa direction) entre directement en contact avec l’ensemble des salariés, en court-circuitant la chaîne hiérarchique. Leur “pouvoir” dépend directement de leur capacité à représenter leurs mandants et ils ont tendance à considérer le dialogue direct entre la direction et le salarié comme une menace dirigée contre leur statut de “médiateur”. Je crois que cela doit être pris en compte, même si cela n’enlève rien aux critiques qui peuvent être émises, en l’espèce, contre l’intranet de Renault.
C’est ce que je sous-entendais en disant que la vue du responsable syndical ne donnait qu’une vision du problème.
Mais comme je le disais je ne pense pas le moins du monde que le problème soit uniquement l’intranet existant: on garde la même chose, on ajoute une partie “people-centric”, et on aligne le management (ah…ouille….) et on est sur la bonne piste.
Ou plutot on se demande “comment envisageons nous les rapports sociaux”, et on décline. Je dis sociaux dans le sens du “social anglo saxon” , à la source de l’appellation d’intranet ou logiciel social qui implique la notion de réseau et d’interaction, pas du tout dans son acception française hein !
Voilà une excellente étude de cas qui vient à propos après ton billet sur l’alignement.
On devait finir par faire ce genre de constats d’accident à force de voir négligé la conduite du changement et l’organisationnel. Il est temps de mettre en lumière ces situations !
Quand l’outil déstabilise l’organisation…
S’il fallait se convaincre qu’un projet touchant à l’échange et au partage d’information est critique, les constats dressés sur l’Intranet Renault sont plus qu’éloquents. On touche ici aux limites des approches outils qui oublient sinon négl…
Il y a un mot pour cette manipulation tentée par ce syndicaliste : “L’effet Halo”..
Tu aides à le dénoncer avec ce post.
http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/2007/03/leffet_halo.html
En interviewant ce délégué syndical, j’ai moi aussi été pour le moins surpris de cette demande d’un accés privilégié à l’information pour les cadres. Ca sonne comme un retour un arrière. N’est ce pas le signe d’une incapacité de certains cadres à donner de la valeur ajoutée à l’information qui se trouve diffusée simultanément à tout le monde ? Ce n’est pas nécessairement parce que que ces cadres auront plus de temps pour remettre en perspective qu’il le feront avec la manière. Un accompagnement est sans doute à prévoir. Plus qu’une question d’ordre syndicale, cela pose la question du rapport du cadre à l’information.
En fait c’est tout sauf un problème concernant cet intranet proprement dit :
- quel est le rapport du cadre à l’information
- quel est le rapport de l’individu à la hiérarchie
- quelle place donnée à l’autonomie
- quel degré de confiance accordé par la hiérarchie au collaborateur
- quelle vision des interactions interpersonnelles et de leur valeur pour l’entreprise
- conception du rôle du cadre et par l’entreprise et par le cadre lui même.
- le cadre tire t’il sa légimité de la détention de l’information ou de sa capacité à en faire le meilleur usage ?
Une fois répondu à tout cela, mis au point une stratégie d’alignement claire, il sera temps non pas de casser l’existant, mais de développer, pourquoi pas, d’autres dimensions à cet intranet. Mais seulement après s’être intéressé aux individus.