agoraphobieLa netagoraphobie vous connaissez ? Pourtant c’est une question qui se pose déjà  en filigrane et risque de devenir un enjeu majeur dans les temps à  venir, tant sur l’internet que l’intranet qui se « webise » à  vitesse grand V. Il s’agira d’une question cruciale dans la réussite de vos projets. Par contre ne cherchez pas ce terme ailleurs qu’ici, il me semble qu’il s’agit bel et bien d’une invention maison. Par contre il recouvre quelque chose de bien réel.

Qu’est ce que l’agoraphobie ? Il s’agit de la peur des grands espaces (et parfois de la foule), l’inverse de la claustrophobie. Or le moins qu’on puisse dire c’est que l’individu a de fortes chances d’être claustrophobe dans l’entreprise en silo : peu de possibilités de sortir de son rôle exact dans le process, initiative objectivement limitée, impossible d’aller chercher des ressources et des compétences en transverse…et bien entendu les outils de communication et d’interaction qui vont avec. Rien de possible outre ce qui est défini comme devant être.

Les entreprises qui se lancent dans le 2.0 ont conscience qu’il faut redonner de l’espace et de l’initiative à  leurs partenaires. Je dis bien partenaires car cela ne se limite pas aux collaborateurs : clients, fournisseurs et sous-traitants dans le cadre de l’entreprise étendue…

Si l’on se réfère à  la profusion de moyens d’interaction soudainement mis à  disposition l’internaute « traditionnel » se pert souvent un peu, lui qui n’était habitué qu’à  se promener dans des espaces où il était visiteur et non acteur ne sait finalement pas trop quoi faire. Et de peur de faire mal il ne fait rien.

On peut avoir la même crainte par rapport aux outils 2.0 au sein des entreprises. Car même si les outils concernés correspondent à  la suppression de barrières que le collaborateur lui-même désigne comme contre-productives, leur abolition peut ne pas provoquer l’effet escompté. Tout d’abord parce que, par réflexe acquis, le collaborateur se demande s’il ne s’agit pas d’un feu de paille, et attend de voir comment vont évoluer les pratiques de ses managers pour savoir s’il faut qu’il prenne le risque de se dévoiler en étant plus pro-actif (car dans la vision actuelle des choses il s’agit bel et bien de quelque chose qui est appréhendé comme un risque). Ensuite et surtout parce que profusion de moyens ne signifie, là  non plus, émergence de nouveaux usages.

Bien au contraire on peut arriver à  l’effet inverse : « mais qu’est ce que je fais avec tout cela moi maintenant ». Et de peur de mal faire, on ne fera rien.

Conclusion : s’il est essentiel de former les utilisateurs à  l’utilisation des outils (et pour le coup c’est d’une simplicité exemplaire), il est encore plus important de leur expliquer à  quoi ils servent, pour eux comme pour l’entreprise, quels sont les objectifs poursuivis, et montrer des exemples d’usages individuels (voici ce que tu pourrais faire dans telles circonstances) que l’on inscrira dans des dynamiques globales (si tu fais cela, alors un autre pourra faire cela et ainsi il y aura une synergie entre vos deux intiatives qui créera une dynamique nouvelle dont vous profiterez individuellement et qui sera, de plus, créatrice de valeur pour l’entreprise…et vous serez identifiés comme en ayant été les auteurs). Et enfin leur montrer l’exemple (regarde moi aussi maintenant j’agis autrement…). Le collaborateur sera ainsi confortable à  la fois dans l’espace de possibles élargi mis à  sa disposition mais également dans ses interactions demultipliées avec les autres.
On en revient à  ce que j’ai déjà  écrit par ailleurs : une communauté, un objectif, des buts et pratiques partagées.

Un outil trouve son sens dans son but. Un outil de social computing trouve son sens dans un but partagé et l’existence d’une communauté de pratiques. D’où l’intérêt d’avoir une réflexion amont sur le sujet avant toute initiative (ou faire appel à  ceux qui maitrisent ces problématiques).
A défaut vos collaborateurs vont se retrouver « netagoraphobes », perdus dans le champ des possibles et timides dans leurs initiatives.