Entreprise 2.0 : ce que je n’ai pas raté à Boston

Une conférence qui a fait peu de bruit en France mais a passionné nos alter egos outre Atlantique : jusqu’à demain se tient la conférence Enterprise 2.0 à Boston. Bon, il est vrai que cet aspect des usages du web 2.0 n’est pas encore une discussion majeure ici où l’on se concentre davantage sur les usages B to C. Il n’empêche qu’il devait s’agit d’un évènement majeur pour ceux qui s’intéressent à l’évolution des usages intra entreprise. Je ne vous cacherai pas que je regrettais beaucoup que mon emploi du temps ne me permette de m’y rendre. Au fait j’ai bien écrit « devait être un évènement majeur »…hein ? Parce que sur le fond je suis convaincu d’avoir beaucoup plus appris hier à l’ENSAM qu’en allant me balader à Boston.

En fait, et à première vue (et sous réserve des conférences encore en cours ou à venir dont je vous parlerai si jamais j’y trouve quelque chose d’intéressant) j’ai plutôt l’impression d’un pétard mouillé où un non débat et quelques annonces d’éditeurs ont éclipsé, voire dénaturé, ce qui pouvait être l’occasion de véritables discussions sur le fond.

Davenport Vs. McAfee : le débat qui fait pschiiiiiittttt

Tom Davenport et Andrew McAfee sont les deux penseurs « référents » de l’entreprise 2.0, mais leurs divergences de point de vue fait de leurs échanges des grands moments de la blogosphère « E 2.0″. Mais au moins il y a du fond. Le débat (visible ici) qui les a opposé en ouverture de la conférence devait être un grand moment, consistant et constructif. Et ce fut à mon sens tout le contraire. Pour plus d’infos ailleurs voici une liste de liens…

On était pourtant pas mal partis : capacité des entreprises à changer, croyance en l’effet magique des outils pour fair bouger l’entreprise Vs. croyance en l’inertie génétique de l’entreprise… Ensuite un point d’accord : l’entreprise 2.0 c’est une problématique qui concerne les individus et pas les outils.

Et ensuite… savoir si les nouveaux types d’outils étaient une évolution ou une révolution, si cela extait déjà avant ou pas, que l’intégration des outils dans une suite était plus efficace que la superposition de briques (là je suis d’accord…ça a du sens comme réflexion)….

Bref on s’est axé sur le « enterprise 2.0 toolkit » et on a vite oublié les individus, qui sont centraux selon les dires mêmes des deux orateurs.

Qu’importe de savoir si des outils permettant peu ou prou les mêmes choses ont déjà existé ? L’adoption des outils étant conditionnée par les usages, la mise à disposition de l’outil n’est pas un facteur d’adoption. Ce qu’il fait c’est un besoin, une appétence pour les usages. Or l’entreprise a changé, sa production globale se dématérialise, les leviers de performance changent, les attentes des collaborateurs évoluent et l’utilisation des outils informatiques dans la sphère privée n’a plus rien à voir avec ce qu’elle fut. Ce qui conditionne l’utilisation des outils est donc une demande d’usages nouveaux. Etes vous à ce point étonné que les enjeux de l’entreprise et, par voie de fait la manière dont s’organise le travail des collaborateurs ne soient plus les mêmes en 2007 qu’en 1950 ?

Par ailleurs, et pour ceux qui chercheraient à découvrir la manière dont organiser ou gérer une entreprise 2.0, je signale que tout a déjà été dit et écrit dans les cinquante dernières années…simplement la demande ne rencontrait pas l’offre théorique.

Tiens, puisque personne ne peut s’accorder sur une définition de l’entreprise 2.0, pourrait on dire qu’il s’agit de la rencontre entre une demande d’usages professionnels nouveaux, la disponibilité d’outils permettant de les soutenir et une profonde modification de la culture informatique dans la sphère privée ?

Pas d’accord non plus sur le fait que les individus cherchent par nature à protéger leur silo informationnel comme l’avance Davenport : même s’il n’existe jamais de règle absolue quand on parle d’individus, ce sont des attitudes davantage conditionnées par la structure et l’organisation de l’entreprise et qui deviennent des réflexes acquis. Je ne reviendrai pas sur la fameuse génération Y ou N selon les auteurs, mais leur culture de la connexion et de l’échange risque de fort de s’affranchir des systèmes en place si ceux-là ne les prennent pas en compte.

Je ne rejoins pas plus McAfee dans sa croyance selon laquelle grâce à la mise à diposition d’outils nouveaux on serait comme au début d’une nouvelle ère où tout va basculer vers un monde nouveau. Trop simple voire simpliste. L’outil ne changera rien par lui-même : il doit s’intégrer dans une logique d’entreprise, dans des dynamiques naissantes au service d’une organisation plus performante. C’est la demande qui justifiera l’outillage et non l’inverse. De plus l’entreprise ne peut se permettre de mettre des choses en place et attendre de voir ce qu’il se passe : on parle d’individus dans l’entreprise donc d’organisation, quand bien même cette organisation se caractérise t’elle par davantage d’autonomie et de flexibilité il n’en reste pas moins qu’elle doit être prévue, actée et mise en perspective des objectifs de l’entreprise.

C’était ma modeste contribution au débat.

Finalement on aura surtout parlé des deux intervenants, des outils, finalement peu de l’utilisateur et jamais de l’entreprise, ses enjeux et ses contraintes afin de réussir à aligner le tout. Enorme erreur à mon avis. Car dans Entreprise 2.0 il y a…entreprise : elle est sujet, acteur et co-bénéficiaire de la démarche, alors surtout ne l’oublions pas.

Voilà un débat qui aura certainement occulté d’autres choses beaucoup plus intéressantes sur le fond mais beaucoup moins « médiatiques ».