Peut on manager ce qui ne peut l’être

Si l’entreprise 2.0 est fondée sur un modèle d’intéractions spontanées entre les individus et d’autonomie, il peut paraitre fort paradoxal d’essayer de manager tout cela puisqu’à priori l’essence même du modèle est la liberté laissée à chaque individu. De là à se demander s’il faut ou non chercher à manager l’in-managable…il y a de fortes chances que l’on s’enferme dans des discussions stériles.

A priori, effectivement, “manager le social-computing” ou “manager l’entreprise 2.0″ semblent bel est bien être deux superbes exemples d‘oxymore.

En y regardant de plus près il me semble juste que tout est question de “granularité” du management et, par conséquent, de l’objet du contrôle ainsi effectué.

Vous avez remarqué que je considère, dans la phrase précédente, que manager et contrôler signifient la même chose alors que je m’évertue à dire le contraire à longueur de temps. Justement : nous ne sommes en présence d’un oxymore que tant que l’on assimile management et contrôle. Changeons donc la vision que l’on peut avoir du management et les deux s’avèreront largement complémentaires. Et profitons en pour nous souvenir de ce que nous dit Peter Drucker sur la productivité des travailleurs du savoir et garder en tête ce proverbe quelque peu réducteur (mais pas tant que ça) qui m’a toujours fait un peu sourir : “Il y a deux manières de manager un consultant : mal ou pas du tout”.

Revenons à notre problème…

En fait on en revient à la différence entre process et méthode. Un process permet de répéter invariablement une même tâche et est (en partie) inadapté à l’entreprise 2.0. Une méthode permet de trouver une solution à des problématiques. En appliquant un process on est sensés arriver au même résultat, en appliquant une méthode on arrivera toujours à un résultat différent mais on aura résolu une problématique. Le premier aide à produire, la seconde à trouver une solution. La méthode est donc largement mieux adaptée aux problématiques complexes que doivent affronter l’entreprise et le salarié aujourd’hui.

Concrêtement si l’on estime que manager c’est donner une liste de tâche à effectuer invariablement dans le même ordre…alors on ne peut manager l’entreprise 2.0, et d’une manière plus large on ne peut manager la performance face à la complexité. Si manager c’est également donner des méthodes (donc de l’autonomie dans l’application), alors là tout est possible.

Remarquez que j’ai bien écrit “également”. Les deux ne sont pas exclusifs, sauf à vouloir transformer une entreprise en un grand n’importe quoi. Le challenge de l’organisation, aujourd’hui et pour les années à venir, est justement de faire cohabiter les deux. Comment gérer ce paradoxe ? Il suffit de considérer que l’entreprise est structurée par des process (structure / sécurité) faisant intervenir des individus appliquant des méthodes (autonomie, flexibilité, complexité).

Manager reviendrait alors à donner un cadre et une méthode. Et cela amène une fois de plus à réfléchir sur la manière de s’affranchir de la culture du OU pour arriver à une culture du ET qui permet de tirer des synergies de concepts a priori antinomiques.

Tiens…cela nous ramène pour partie au cas 3M

NB : article inspiré par deux billets de Mark McAlister ici et ici.

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  • http://fadhilabrahimi.blogspirit.com Fadhila BRAHIMI

    Mci Bertrand pour cette note trés intéressante. A la lecture de ton billet, sauf erreur de ma part, j’ai cru lire le mot “process” associé à la définition du terme “procédure”. A mon sens un process est une méthode appliquée à 1 objectif selon un temps déterminé prévoyant des évaluations à chaque étape afin de réajuster la méthode à son environnement (hommes, situation, impondérable…). Alors qu’une procédure est effectivement un déroulé de tâches à appliquer systématiquement lorsque l’on est face à une problématique jugé identique pour obtenir un résultat certain et une solution déterminée. Raison pour laquelle en management nous distinguons la procédure qui se veut immuable et le process dont la vocation est d’être modifiable, ajustable avec une finalité dans le temps. Me suis je trompée?

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    A priori je te rejoins. Avec un peu de recul on se rend compte que les deux sont souvent pris pour synonymes : pour faire ça tu suis ces directives dans le bon ordre, que l’on appelle ça process ou procédure. Et quoi qu’on en dise les deux sont souvent prises pour synonymes car gravées dans le marbre et partant du principe que dès le départ on sait exactement quel sera le point d’arrivé.

    A l’inverse il est des cas où l’on sait à quelle situation on veut arriver mais où moyens et leviers sont à réinventer à chaque fois. Et pour cela je pense que le terme de méthode s’applique davantage. Tu le sais très bien toi même; pour faire “bouger” la manière dont vit et travaille une équipe il y a autant de plans d’actions que d’équipes…si tu sais où tu veux aller tu est libre dans le choix du chemin.

    La question est de savoir comment concilier les deux car cela devient véritablement indispensable.

  • http://fadhilabrahimi.blogspirit.com Fadhila BRAHIMI

    Tout à fait d’accord avec process et procédures sont bien trop souvent considérés comme synonymes. Lorsque j’interviens en entreprise la réponse systèmatiquement attendue est : avez vous la solution à notre pb, avez vous la méthode idéale toute formatée à appliquer….ben non! l’accompagnement consiste justement à analyser l’environnement, les hommes et les habitudes pour d’abord comprendre le pb dans son ensemble, qualifier et quantifier le degré de resistence au changement, définir un objectif dans le temps puis de personnaliser une méthode pour faire “bouger” comme tu le dis si bien. Tout le pb réside dans le fait que l’entreprise attend un “livrable”, une solution efficace qui a fait ses preuves. La première marche consiste alors à mettre en place une méthode prouvée pour rassurer et faire jaillir les points pertinents qui demanderont un affinage personnalisé constaté. Mais pas simple, tout ça…c’est vrai!