Bloc-Notes de Bertrand DUPERRIN

Reflexions sur l’entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l’entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Le 2.0 ne doit pas faire oublier l’orientation business

November 16th, 2007 · 6 Comments · Entreprise 2.0, Entreprise, organisation et management

Dans la série “comment placer le 2.0 pour qu’il ne soit plus un concept en tant que tel mais devienne un outil de performance intégré à l’organisation”, voici quelques éléments de réflexion.

Quels sont donc les deux grands chantiers auxquels sont confrontés les tenants de l’entreprise 2.0 ? Ils sont au nombre de deux : dépasser le stade de la peur (en dehors de toute discussion sur son bien fondé) et faire en sorte que les outils soient effectivement adoptés afin de prouver leur valeur ajoutée.

Car à force d’entendre parler de l’avantage de l’entreprise agile, de l’informel, du tacite, de la connection spontanée hors projet entre individus qui caractérisent l’usage d’outils web 2.0, les décideurs se rendent bien compte que, quand bien même ils sont séduits et trouvent qu’un tel mode de fonctionnement apportera certains gains, il s’agit bien là de quelque chose qui n’a rien à voir avec l’organisation qu’ils connaissent. D’où la conclusion suivante : c’est l’inverse donc c’est à l’opposé…donc c’est trop risqué…donc j’ai peur. Nous allons voir qu’il s’agit plutôt de complémentarité et qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur.

Qu’est ce qui structure l’entreprise ?

La hiérarchie. Il s’agit de la représentation du mode de décision de l’entreprise et c’est, à ce titre vital. A un moment donné il faut quelqu’un qui décide en dernier ressort…et assume. Une entreprise sans organigramme hiérarchique n’est pas viable car elle ne sait plus décider ou, plutôt, elle ne sait plus quelle décision mettre en œuvre. Toute décision prise sans respect des règles hiérarchiques représente donc un danger potentiel et est donc à bannir. Mais l’entreprise 2.0 n’a pas vocation à impacter la hiérarchie. Première idée fausse à laquelle on tord donc le coup.

Si la hiérarchie est la manière dont on décide, la simple vision d’un organigramme montre qu’elle ne préjuge en rien de la manière dont on travaille. La manière dont on travaille est déterminée (quitte à simplifier un peu les choses) par des process, workflows et nous renvoit à la notion de BPM (business process management). Toute production (car il ne faut pas perdre de vue que l’entreprise est organisée pour produire) effectuée en sortant de ces chemins balisés est dangereuse en matière de couts, de respects des caractéristiques du produit ou service, en matière d’assurance etc… Il ne s’agit pas de remettre en cause tout ceci. L’entreprise 2.0 n’a pas vocation à impacter les process formels donc aucune crainte à avoir de ce coté là. Et par conséquent une seconde idée reçue qui disparait de fait.

Regardons maintenant ce qui se passe aux différentes étapes d’un process, d’un workflow. Dans un contexte de dématéralisation accru des produits et services, le plus souvent un individu ou une équipe reçoit une information qu’il doit enrichir, transformer, voire une demande de “création de l’information” libre a lui de trouver les bases nécessaires, et ensuite il transmet le produit fini à une autre personne qui a son tour accomplit une autre tâche (enrichit, prend une décision, délivre au client…). Au quotidien comment cela se passe t-il ? Soit l’individu concerné sait faire seul soit, et c’est le cas le plus fréquent au regard de la complexité croissante des tâches, il demande. Il demande à ses n-1 de faire une partie du travail, il demande conseil à un collègue, et plus on lui demande quelque chose de spécifique plus il cherchera si cela a déjà été fait quelque part dans l’organisation ou si il existe dans l’entreprise quelqu’un ayant une compétence spécifique afin de l’aider à comprendre et avancer plus vite. Et c’est là que l’aspect “entreprise 2.0″ rentre en jeu. En “industralisant” et outillant se qui se fait déjà avec des bouts de ficelle, en permettant une capitalisation pour éviter de réinventer la roue en permanance.

Voilà, l’entreprise 2.0 ne remet pas en cause ce qui est le fondement même de l’entreprise mais constitue un apport là où le formel montre ses limites et est tout simplement inapproprié. De la même manière que le 2.0 est inapproprié pour les éléments structurants. Et l’air de rien nous venons à la fois d’apaiser quelques peurs en tordant le cou à certaines idées reçues et montrer comment connecter ces outils au “business quotidien”.

J’ajouterai également que l’entreprise 2.0 fonctionne également “hors projet” ce qui lui permet également de faire émerger des idées qui seront prises en compte par les responsables de l’innovation par exemple.

Reste, vous me direz, la difficulté de l’intégration dans les affaires quotidiennes. Cela peut passer, au départ, par de simples détails sans, là non plus, remettre tout en cause. Une personne me disait dernièrement “nous avons mis en place des outils 2.0 pour une équipe projet, il y a plein de contenu à valeur ajoutée dedans, des informations que l’on arrivait pas à capter auparavant…mais cela ne sert à rien”. “Ah, pourquoi ?”. “Et bien on en retire rien”. “Ah…vous faites des réunions hebdomadaires sur le projet ?”. “Oui bien sur”. “Pourquoi ne pas prendre à chaque fois 10 minutes pour regarder si quelque chose qui est remonté via votre outil ne mérite pas la mise en œuvre d’un plan d’action, ou un suivi ?”. “Heu…on y a pas pensé”.

La preuve s’il en est que l’entreprise 2.0 n’est qu’une partie d’un projet global qu’elle doit servir, et que tout projet allant dans ce sens doit se connecter aux besoins quotidiens des collaborateurs

Et comme je le lisais ici : “what corporations are saying right now: give me 2.0 that works with my business”. (”Ce que les entreprises nous disent maintenant : donnez nous du 2.0 qui fonctionne pour notre boulot ! ) On ne peut être plus clair.

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6 Comments so far ↓

  • MB

    Article intéressant et on pourra lire à profit en complément le rapport de McKinsey “Harnessing the power of informal employee networks“” sur l’importance des réseaux non formels dans l’entreprise, et les gains que l’on pourrait attendre de leur reconnaissance.

  • MB

    argh en parcourant votre blog j’ai vu que vous aviez déjà parlé du rapport en question.

  • Valvert

    Merci de faire passer ce message.
    Il m’arrive de rêver (cauchemarder ???) en lisant ces tonnes de billets, ici ou bien outre-atlantique, sur le 2.0.
    Abonné de ton blog, j’en apprécie la profondeur d’analyse et la largeur de vue sur les différents domaines exposés.
    Cependant, pour ton blog comme pour d’autres, je peine à comprendre quelles sont les motivations à promouvoir, aveuglément parfois, ces notions de 2.0.
    Oui, il existe de bonnes raisons de le faire, en particulier des nouvelles interactions qu permettent la technologie : le contenu généré par les utilisateurs ou la longue traîne (queue ?), les nouvelles interfaces, etc.
    A l’opposé, j’assiste (sans jamais oser intervenir) parfois et même fréquemment à des discussions entre des acteurs obtus : le pourfendeur de 1.xx, sûr de son fait et argumentant sans écouter face à un “ignorant” des codes du 2.0 à qui le geek parle chinois, tout coincé qu’est notre pauvre entrepreneur/responsable face à ces changements impalpables : comment, pourquoi ? Il est donc tout à fait bienvenu de parler business, encore merci !

  • Bertrand DUPERRIN

    Je le dis souvent : la notion de 2.0 a permis beaucoup de chose : faire prendre conscience que quelquechose se passait, crystalliser nombre de réflexions qui touchaient à des domaunes diférrents et qui, là, on pu se rejoindre et, quelque part, créer un étendard commun qui a fait prendre conscience aux “extérieurs” qu’il se passait quelque chose.

    Je pense que le terme restera pour parler du coté informel de l’organisation, des réseaux du même nom…et de tout ce qui est périphérique aux élements structurants de l’entreprise, même s’il va perdre peu à peu de son sens original (une nouvelle génération d’outils web).

    L’entreprise est à un tournant qui l’amène à explorer cette voie en termes d’organisation, afin de s’attaquer à ses gisements de ressources inexploités. A un moment donné il faudra bien des outils pour ces nouvelles pratiques mais à mon avis il faut mettre les choses dans le bon ordre. La promotion des outils va de ce sens : donner les moyens de réaliser ces projets internes. Mais il ne faut pas perdre de vue que c’est le projet qui justifie l’outil.

  • Vincent

    Ah pour une fois je suis en complet décalage avec ton analyse qui si je l’ai bien compris est en gros ” n’ayez pas peur le web 2.0 ça fait même pas mal car c’est plus du liant, du complémentaire que du nouveau”.

    Je pense au contraire que management, organisation, lignes hiérachiques peuvent suivant le degré d’intégration du web 2.0 être impactés.

  • xavier aucompte

    Je ne crois pas que vous soyez en désaccord pour vous écouter et lire régulièrement. Ce que dit Bertrand aujourd’hui, c’est une volonté de se dégager de la notion 2.0 et dire l’entreprise évolue et nous avons des outils pour l’aider. Il veut sortir d’un langage d’expert ou de techno et se dit oublions le 2.0 pour parler entreprise.
    Dans les faits, c’est ce que nous avons toujours fait sur B-R-Ent et je crois que Bertrand était dans la même mouvance mais plus 2.0 que nous dans l’accroche.

    Nous finissons donc tous à être d’accord et c’était avant que nous avions une même vision mais un départ diférent.

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