Bloc-Notes de Bertrand DUPERRIN

Reflexions sur l’entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l’entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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La wikinomie entrainera-t-elle une nucléarisation de l’entreprise ou abolira-t-elle ses frontières ?

December 11th, 2007 · 8 Comments · Entreprise 2.0, Entreprise, organisation et management, Management de l'innovation, des idées, Pratiques / Outils collaboratifs, Social computing

Comme je vous l’ai déjà dit j’ai eu la chance d’assister à la présentation par Don Tapscott de la version française de son livre Wikinomics : Wikipédia, Linux, YouTube… Comment l’intelligence collaborative bouleverse l’économie. Moment fort intéressant tout autant que les conversations avec l’auteur : en effet quand on regarde ce que Tapscott a pu écrire depuis des années force est de reconnaitre qu’avant même que les sujets afférents aux réseaux sociaux, aux “digital natives” et au web 2.0 ne deviennent à la mode, il avait déjà compris et expliqué les enjeux auxquels nous devrions faire face un jour, et avec parfois dix ans d’avance.

Je vais ici m’attarder sur un concept clé mis en évidence par la réflexion de Tapscott et essayer d’en envisager les implications profondes : l’implication d’acteurs extérieurs à l’entreprise dans un processus de collaboration de masse.

Avant toute chose, quelques mots sur la wikinomie. Pour Tapscott il s’agit de cette nouvelle collaboration de masse, ce qui place le concept davantage au niveau de l’attitude ou de la manière de faire qu’au niveau de l’usage d’un outil au nom similaire. Il s’agit bien là d’une problématique de pratiques et non d’outils.

Je parle souvent de la nécessité de “distribuer” certaines activités, au premier rang desquelles l’innovation. Partant du principe que tout le monde peut avoir de bonnes idées, et que ceux qui sont aux prises avec la réalité du terrain sont souvent ceux qui voient le mieux ce qui peut être amélioré et comment, on arrive à davantage de résultats en prenant chaque semaine 1h du temps de chacun qu’en se reposant de manière exclusive sur une équipe dédiée.

Tapscott se fonde sur l’exemple d’entreprises telles des laboratoires pharmaceutiques, Boeing ou d’autres ainsi que sur l’exemple des places de marché de l’innovation telles Innocentive pour montrer que ces pratiques doivent s’étendre au delà des frontières de l’entreprise. C’est évidemment quelque chose en quoi je crois véritablement, mais quand je sais que, même pour les entreprises qui ont érigé l’innovation en objectif stratégique, impliquer ses collaborateurs au sein de réseaux informels et valoriser l’information ascendante (voire simplement laisser l’information remonter) ressemble à un attentat contre l’orthodoxie managériale, je préférais attendre avant d’attaquer la question de l’ouverture vers l’extérieur. Mais force est de reconnaitre que, de manière purement mathématique, l’intelligence disponible à l’extérieur de l’entreprise est supérieure à celle disponible à l’intérieur.

Le fait est que ceux qui ont franchi cette barrière intellectuelle en ont tiré un réel avantage concurrentiel. Pour certains en impliquant leurs partenaires traditionnels “professionnels” que sont leurs fournisseurs, d’autres leurs clients, et d’autres enfin (âmes sensibles s’abstenir) des indépendant, des retraités etc.. avec qui ils partagent leur information.

Bien entendu cela demande un brin d’organisation, une gouvernance appropriée…mais cela marche.

Tapscott en profite pour remettre à l’ordre du jour ce bon vieux Coase, dont je ne vous avait pas encore parlé mais auquel je me suis beaucoup intéressé dans mes réflexions sur le fameux ROI de l’entreprise 2.0. L’ami Coase (ça n’est pas une maladie…), pour faire simple, a travaillé sur les coûts de transaction internes pour justifier la croissance des entreprises. L’entreprise recrute des individus tant qu’il est moins cher de les avoir en interne qu’en externe. Aujourd’hui internet nous permet d’accéder à de l’information et à de nombreuses expertises pour un coût quasi nul, et cela tombe bien car l’information et l’innovation sont le nerf de la guerre de l’entreprise moderne. De là à en déduire que ce phénomène va entrainer une nucléarisation de certaines parties de l’entreprise et que nos personnes brillantes et innovantes vont bientôt se retrouver partenaires de l’entreprise dans un ecosystème externe plutôt que salariés…il y a un pas que la logique tant financière qu’opérationnelle semblerait nous amener à franchir dans les temps à venir. Avec un autre avantage : en réduisant sa taille l’entreprise devient de fait plus agile, et cela ajouté à l’agilité gagnée par un accès plus rapide à une masse d’information externe…

Reste que d’un autre coté je vois mal l’entreprise se réduire comme une peau de chagrin d’un coup de baguette magique. Car la tradition perdure, une transformation si radicale peut prendre beaucoup de temps le temps les esprits s’y habituent, et, raison majeure, il y a des réalités humaines et juridiques qui font que la dimension sociale de la chose (au sens français et non anglo-saxon pour une fois) devra forcément être prise en compte. Et s’il est un domaine ou le drame se doit d’être évité…

Remarquez que le phénomène peut ne pas être impulsé par l’entreprise mais par les individus qui trouveraient qu’ils ont tout à gagner à sortir du périmètre de cette dernière.

Quoiqu’il en soit l’entreprise n’a qu’une seule solution pour inverser la tendance : égaliser les coûts de transaction. Comment faire ? Se doter en interne des mêmes outils et des mêmes pratiques que celles qui ont fait baisser les coûts externes. Sinon on sait tous ce qui arrive à une entreprise à qui cela coûte plus cher de faire en interne qu’en externe. Tiens, quelqu’un cherchait un ROI pour l’adoption d’outils web 2.0 en entreprise et le développement d’une organisation adéquate ? Explorez donc vos coûts de transaction et on en reparle… Et faites le vite tant qu’il s’agit de performance financière et pas encore de survie…

Une double “égalisation” nous attend donc : égalisation des relations entre l’interne et l’externe, égalisation des coûts de transaction entre l’interne et l’externe.

Pour terminer, ce billet concernant le choix entre développer soi même ou acheter une plateforme de réseaux sociaux pose en préambule les vrais enjeux de la collaboration pour demain

- Développer des relations entre les individus au sein de l’organisation (1)

- Développer des relations entre les individus à l’extérieur de l’organisation (2)

- Développer des relations entre (1) et (2).

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8 Comments so far ↓

  • Xavier

    “De là à en déduire que ce phénomène va entrainer une nucléarisation de certaines parties de l’entreprise et que nos personnes brillantes et innovantes vont bientôt se retrouver partenaires de l’entreprise dans un ecosystème externe plutôt que salariés…”

    Je pense comme vous que cela risque effectivement d’arriver, ce qui me fait peur c’est le sort reserve a ces personnes brillantes et innovantes qui n’ont pas l’ame ou les reins pour etre independants …

    Personnellement, je ne sais pas si je suis brillant et innovant, mais ce dont je suis sur c’est que ca finira mal si je deviens independant! J’ai besoin d’une structure relativement stable pour pouvoir travailler correctement …

  • Zone Franche

    Bien avant cet auteur Charles Handy a écrit, dans les années 90, “The elephant and the flea” sur la même idée; les éléphants sont les grandes entreprises, les “fleas” les indépendants qui tournent autour et dont les réseaux vont devenir plus forts, plus agiles, etc…que les éléphants.
    Je recommande cet excellent ouvrage qui a tout prévu déjà à cette époque. Et qui est bourré de bons conseils pour empêcher la mouche de blueser et de s’acfrocher aux “structures relativement stables pour travailler correctement”.
    J’ avais d’ailleurs fait un post sur ce bouquin
    http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/2007/09/comment-aimer-u.html

  • Vincent

    Très bon article mais quelle différence tu fait entre nucléarisation et externalisation ?
    De plus à tout externaliser tu as donc de l’intelligence mercenaire mais pas collective mais en terme de ROI et donc de séduction des actionnaires ça peut en effet faire mal…

    Sur le dernier billet est-ce acheté ou simplement utiliser les réseaux sociaux existants comme facebook ou myspace ?

  • Pr BOUTTI

    Le management interculturel devient une nécessité prégnante. N’oublions pas que date d’aujourd’hui que nous sommes tous des voisins de pallier pour plagier Mc Luhan. Consacrons alors le temps matériel nécessaire non pas simplement pour se comprendre mais surtout comprendre les pays de structures differentes et de cultures lointaines. Tout le monde y gagne pour se situer dans le cadre du fameux “win win”. Dans tout autre cas de figure une superiorité virtuelle ne peut qu’occasionner des dégats collatéraux corrélés à un effet de tunnelling se traduisant in fine par un développement non durable. Pr Rachid BOUTTI http://www.controledegestion.org

  • Bertrand DUPERRIN

    @Vincent : nucléarisation pour parler du “rétrécissement” de l’entreprise ses “noyaux”, ceux qui sont au coeur de la résolution des problématiques. L’externalisation peut être une conséquence.;.. mais on peut avoir des départs volontaires… tout dépend si l’entreprise agit ou subit.

    Sur l’intellogence mercenaire c’est déjà le cas sur certaines plateformes ad hoc. Ensuite prime à celui qui trouve et séduit le “bon” mercenaire ? Je n’en sais rien mais n’est-ce pas déjà le cas aujourd’hui. Par définition une démission suffit pour aller vendre son savoir ailleurs.

    Investisseurs ? Ils ne valorisent en aucun cas tout ceci à l’heure actuelle. On investit sur un brevet, pas sur celui qui en a la paternité. Tu trouveras toujours des financiers pour t’aider à acheter une techno, un brevet…mais essaie de te faire prêter 10 fois moins pour embaucher ceux qui sont capables de concevoir quelque chose de similaire ?

    C’est justement peut être là la question : une simple question de valorisation comptable. Savoir qui détient ce qui compte…

    Enfin je ne parle pas d’acheter mais d’utiliser des réseaux ad hoc. ICa peut être l’internet au sens large comme des plateformes de type InnoCentive qui préfigurent certainement une forme d’avenir.

    Et pour conclure sur le commentaire de M. le professeur Boutti : le win win est essentiel bien sur. Il sera forcément financier entre l’entreprise et ses ressources (internes comme externes) mais pas seulement : la reconnaisance jouera aussi et pas seulement dans sa composante financière.

    En tout cas c’était une réflexion sur un sujet qui m’était apparu vraiment important…je ne pense pas que quiconque détienne la réponse et puisse prédire l’avenir. Une seule certitude : cela va provoquer quelque chose. Mais quoi ?

  • Le blog d’Arnaud Valliere » Blog Archive » Réseaux et robots

    [...] Duperrin consacre un long article à l’obligation de la diminution des coûts de partage de l’information en entreprise, seule condition pour éviter sa nucléarisation [...]

  • Laurent Bervas

    J’ai créé ma première boite en 1989, une SSII. Le modèle économique reposait sur le recrutement d’un maximum de profil de type ingénieur, la valeur de la boite se calculant sur le nombre de CV. J’ai employé jusqu’à 50 personnes. C’était rentable mais difficile a gérer (avec de nombreuses nuits blanches).

    En 2004 lorsque j’ai choisi de partir vers d’autres projets entrepreneuriaux, il me semblait évident qu’il fallait rester petit, surfer rapidement sur les évolutions.

    Le résultat ? Je gère 2 petites structures : une agence immobilière au Maroc et un société qui commercialise un petit ordinateur.

    Dans les deux cas, la valeur ne se fait pas sur l’accumuluation de profils mais dans le système d’information et la capacité a intégrer au quotidiens les apports des réseaux sociaux, blogs, etc … dans les deux cas les équipes sont réduite (et je dors beaucoup mieux ;-)

    Je rejoint alors les interrogations de Xavier : si les entrepreneurs 2.0 deviennent des indépendants, qui sera là pour offrir des emplois ? Ce ne serait que l’avènement de la société des loisirs théorisée depuis longtemps …

  • Bertrand DUPERRIN

    @Laurent : je ne me fais pas de soucis de ce coté là , les entrepreneurs resteront toujours des entrepreneurs et ils continueront à donner du travail aux autres.
    J’ai dit du travail…pas forcément des emplois. Je pense qu’on va sur un modèle davantage partenarial et moins salarial.

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