Tout est parti de cette première note sur la médiathèque de l’ESC Lille et de quelques discussions avec la responsable d’un service documentation, un métier que je n’avais jamais cotoyé ni appréhendé jusqu’alors. Alors je me suis livré à  un rapide sondage dans mon entourage sur la vision que les gens avaient de ce métier au sein de leur entreprise.

Je pense que résultat de ce micro-trottoir ne surprendra personne. On me parle du « gardien du temple de la connaissane », de la personne qui « sait ou l’information se trouve ». Avec également une vision très « archiviste » de l’information en question. J’ai l’impression qu’on me parle de vieilles reliques poussiéreuses qui n’intéressent que ceux qui veulent parfaire leur connaissance du passé, sans grande utilité au quotidien. Et d’ailleurs qu’on pense « information papier », personne ne me parlant d’informations concernant l’actualité, de veille, ni d’information numérique. Et je revois en pensée l’antique dame qui me disait ou trouver un recueil de jurisprudence des années 50 dans mes premières années de fac de droit après s’être plongée dans une boite de fiches qui faisaient bien leur age et devaient être d’époque. Une blague circulait d’ailleurs que la dame, le recueil et les fiches étaient entrés dans la bibliothèque la même année pour ne jamais en sortir.

Rien à  voir avec les discussions que j’ai pu avoir avec la personne concernée. Rien à  voir avec ce qui a été mis en place à  Lille. Vision déformée de la réalité ou les entreprises ayant compris l’importance des enjeux liés à  ce poste sont elles encore minoritaires ? Cela doit tenir des deux.A l’heure où l’information est stratégique, où elle sert de socle à  la collaboration entre individus, où 75% de ce qui compose la valeur de l’entreprise est composé d »intangible assets » (désolé, je n’ai pas trouvé de traduction pertinente), cela m’amène à  m’inquiéter.

De quoi l’entreprise a-t-elle besoin ? Canaliser, organiser une information qui se déverse par flux par des canaux sans cesse plus nombreux. Bien sur il y a la documentation « papier » qui concerne aussi bien l’actualité que le fonds. Mais il y également les flux émanant de la veille sur internet, la possibilité également que se donnent de plus en plus d’entreprises de capter la connaissance informelle et la veille de leurs collaborateurs qui sont autant de points de contact avec le monde extérieur. Bien sur on peut dire qu’il suffit de limiter les sources, mais c’est une solution qui consiste plus à  se voiler la face face à  son impuissance qu’à  prendre en compte les vrais enjeux.

Il s’agit ensuite de mettre la bonne information au bon endroit. De l’information structurante à  ranger là  où on saura la retrouver si besoin, de l’information « liquide » à  réorienter immédiatement vers les personnes à  qui elle servira car on se trouve là  dans une logique de flux et non d’archive.

Il s’agit également d’organiser l’intéraction autour de l’information. L’information n’a de sens qui si elle sert, elle a parfois besoin d’être expliquée, retraitée, par une personne compétente. Il s’agit donc, lorsqu’on fournit à  une personne l’information dont elle a besoin, de la mettre en relation avec la personne qui saura lui expliquer, l’éclairer, contextualiser. Il ne faut plus seulement mettre les personnes en possession de la bonne information, mais également les mettre en contact avec les personnes capables d’apporter une plus value, voire de produire une information pertinente ex-nihilo. Je le répète : la forme de la plus accessible de connaissance reste la conversation. Et on n’enrichit rien sans échanger.

Alors bien sur on peut se reposer sur la serendipité et se dire qu’en ce qui concerne l’enrichissement de l’information brute, des dynamiques de micro-formation se mettront en place. Mais on ne peut pas toujours attendre que le hasard fasse bien les choses et la chance se provoque : il convient donc d’y inclure une dimension plus volontariste. Bien sur on peut faire confiance à  l’intelligence des foules bien qu’à  mon avis le concept comporte quelques limites, mais il faut des personnes pour organiser et dynamiser tout cela.

Et quelle est la personne la mieux placée pour devenir la plaque tournante de ce système ? Je pense que la fonction « documentaliste » est toute désignée. Il n’y a qu’à  voir comment l’ESC Lille met à  profit d’une manière totalement nouvelle les compétences de ces personnes par rapport à  la gestion de l’information. Bien sur des facettes nouvelles seraient à  développer : le fait de ne s’occuper non plus seulement de l’information mais de traiter également les individus, le développement de pratiques nouvelles par rapport aux flux d’informations (par rapport aux « stocks » qui ne disparaitront pas pour autant) et l’animation de réseaux d’échanges et de co-réflexion, aboutissant à  la création au sein de l’entreprise d’information contextualisée, à  forte valeur ajoutée pour le business quotidien de l’entreprise.

La bonne nouvelle, me semble-t-il, c’est que c’est la direction que l’on prend peu à  peu en termes de formation même si les entreprises n’ont pas encore pris conscience de la plus value que pouvait générer ses personnes si on les utilise au mieux, sur un spectre fonctionnel élargi. Car contrairement à  un fantasme collectif très présent, l’information reste une affaire de professionnels. Bien sur aujourd’hui le travail sur cette matière n’est plus l’apanage de ces professionnels, mais on commence à  se rendre compte que même les nouvelles générations qui baignent dans l’information ne savent pas l’utiliser.. L’utilisateur final, même de la génération Y aura toujours besoin d’être guidé par un professionnel. Et que dire de la transition entre la génération actuelle et celle demain : le rôle des professionnels de l’information sera capital dans l’éducation et l’accompagnement des collaborateurs vers de nouveaux modèles de management et de diffusion des contenus. Un contenu sûrement enrichi pour ces postes, de nouveaux concepts à  maitriser, mais au final des personnes qui resteront indispensables à  condition de savoir muter, comme le suggère Martin Lessard.

Je suis convaincu que demain cette fonction que l’on pense souvent périphérique aura toute sa place dans la chaine de valeur tant l’intelligence informationnelle devient stratégique. Fini le gardien du temple, bonjour au catalyseur de valeur. Peut être d’ailleurs trouveront ils une « étiquette » plus appropriée à  ce rôle nouveau dans les métiers de demain.

PS : je gardais cette note « sous le coude » depuis de longues semaines…vous comprendrez d’ici peu pourquoi j’ai tenu à  la publier ce soir…