Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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La théorie d’Archimède appliquée à l’entreprise 2.0…avec de la confiance en guise de liquide

March 31st, 2008 · View Comments · Entreprise 2.0, Entreprise, organisation et management, Social Networking, Social computing

J’ai souvent coutume de dire que, même dans le cadre d’un changement prometteur, il est nécessaire de garder les pieds sur terre et d’y aller pas à pas. En l’occurence : tout excès finit en effet par engendrer un excès contraire et l’entreprise n’y trouve plus forcément son compte

Gageons que la transformation de l’organisation de l’entreprise est une chose acquise, nécessaire, et qui aura lieu quoiqu’on en pense, deux solutions se présentent :

- y aller tranquillement, pas à pas, afin d’être prêts le jour où l’ancien modèle sera définitivement dépassé. Cela implique de partir tôt, dès aujourd’hui (voire hier) et ainsi de se donner le temps et de trouver sa propre voie tant je ne crois pas aux recettes magiques à vocation universelle.

- freiner des quatre fers au risque de devoir faire face à un changement très violent après demain et d’y laisser davantage de plumes que si on avait opté pour la première solution. Une sorte d’effet élastique. Le changement n’étant pas dans l’ADN des organisations, Hamel pense que c’est l’horizon vers lequel nous nous acheminons.

Mais en termes de migration vers le management 2.0, l’entreprise 2.0 ou encore l’adoption des outils de social-computing, plus que la peur du changement c’est la notion de confiance qui joue un rôle essentiel.

En effet, comme le souligne Ross Dawson, l’entreprise qui rechigne à voir ses collaborateurs se structurer en réseaux informels et utiliser les outils “sociaux” disponibles (facebook, linkedin etc…) ne fait ni plus ni moins que retranscrire dans les faits un manque de confiance avéré vis à vis de ses collaborateurs. Tout le monde comprend ce que l’utilisation de ces outils ainsi que de leurs alter egos dédiés à une utilisation interne en entreprise peut apporter comme bénéfices dans le cadre d’une bonne utilisation. Leur refus traduit donc la certitude que l’utilisation en sera obligatoirement mauvaise, qu’on ne fait pas confiance aux individus pour développer des usages à valeur ajoutée pour l’entreprise.

J’ajouterai que c’est tout simplement nier la réalité de l’entreprise qui vit grâce à ses réseaux informels depuis la nuit des temps mais qui a soudainement peur de le reconnaitre maintenant que les outils permettant de structurer tout cela au grand jour sont disponibles.

L’individu privé de la possibilité de fonctionner dans le cadre de son travail comme il le fait dans la vie de tous les jours ou comme il le fait déjà à périmètre restreint dans son entreprise ne se dit pas seulement “on m’empêche d’utiliser des outils qui me seraient utiles”, il se dit également “on ne me fait pas confiance”. Et dès lors qu’un individu ressent le manque de confiance de son entreprise à son égard comment voulez vous qu’il ait, lui, confiance ? Et les effets de ce manque de confiance vont largement au delà du seul problème que nous évoquons : il se répercute à tous les étages de l’entreprise en termes de motivation, d’implication, de sentiment d’appartenance, de partage des valeurs…

Et Archimède dans tout ça ? “Tout individu plongé dans un environnement de confiance donne à cet environnement une confiance égale à celle reçue”. Déclinaison pratique “Tout individu ne ressentant pas la confiance de son organisation dans sa capacité de bien faire se désengage progressivement”.

A se demander d’ailleurs si ne pas faire confiance à l’ensemble de l’organisation n’implique pas un prix à payer supérieur que faire confiance à l’ensemble même si dans le lot quelques uns ne le méritent pas.

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  • @George : votre remarque est très pertinente. De toute manière les solutions parfaites n'existant pas tout est toujours question d'arbitrage, on doit toujours décider de perdre quelque part pour gagner ailleurs. C'est d'ailleurs le fait qu'on ait peur de perdre qui empêche de prendre les décisions qui font que l'on gagnera. Mais on sait toujours ce qu'on perd...alors que le gain n'est que potentiel au moment où l'on prend la décision.

    Autre question à laquelle il y a autant de réponses que d'individus : la confiance, on la perd ou on la gagne ?
  • Je suis d'accord sur le rôle joué par la confiance aussi bien que sur le choix qui se pose en termes de changements pour les entreprises: y aller en maîtrisant le rythme et le chemin, ou y aller contraints et forcés (différence que fait Hamel entre turnaround et adaptation) dans son dernier livre.

    C'est pour essayer de créer des "espaces de confiance" dans l'entreprise, que nous procédons par pilotes collaboratifs

    La question que je me pose encore professionnellement est la suivante: pourquoi encore ce manque de confiance (et notamment de certains dirigeants envers ces nouveaux modes de travail collaboratif). Je crois qu'il nous faut chercher dans les styles de leadership et de management actuels ainsi que (notamment en France) dans la structure très élitiste de la formation initiale et universitaire.

    J'ai toujours en tête l'article de HBR sur les nouveaux styles de leadership et je pense que c'est en changeant à ce niveau que nous augmenterons de façon significatif le niveau de confiance

    Et c'est un long travail !!
  • George
    Merci pour cet article osé et savoureux pour lequel je ne résiste pas à l'envie de réagir, chose que je fais bien (trop) peu. Je retiens particulièrement la conclusion qui associe la confiance au prix à payer. Alors, je vous propose les postulats suivants issus de mon expérience:

    l'information repose sur la confiance entre deux personnes ;
    la création de valeur repose sur l'échange d'information.

    la communication repose sur l'échange dans un groupe ;
    la défense des valeurs repose sur le message à communiquer.

    Je me permets alors d'ajouter à votre cocktail de confiance, la notion de défiance et la prise de pouvoir et là je me questionne, votre démonstration est-elle juste ? est-ce si simple de développer la confiance quand nous sommes partagés entre la création de valeur et la défense de nos valeurs ? Quelle place accorder à la confiance quand on sait qu'elle est un élément de négociation capital ?

    Alors, il me semble que le prix à payer pour la confiance se calcule et peut être rentable, et peut-être même que les quelques uns qui ne méritent pas notre confiance sont les puissants d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

    Trève d'impertinence, je souhaite longue vie à votre si intéressant blog.
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