Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Créer une mémoire d’entreprise c’est raconter de belles histoires

April 23rd, 2008 · View Comments · Information / Connaissances, Ressources Humaines

Je crois à l’importance des “conversations” pour capter le savoir informel de l’entreprise, les best practices, tous ces éléments qui font partie du patrimoine des individus et qui ne peuvent être captés et restitués qu’en stimulant la mémoire de l’individu, en fonction du principe selon lequel la forme la plus accessible de connaissance est la conversation.

D’où l’intérêt de mettre en place les outils qui permettent ces discussions ouvertes et leur stimulation a une grande échelle, ainsi que leur capitalisation.

C’est d’ailleurs le plus souvent sous l’angle des best practices et de ce qui sert immédiatement à supporter la fonction business que j’envisage ce transfert. Je pense qu’il n’y a pas grand chose à ajouter sur ce point précis à tout ce que j’ai déjà pu dire par ailleurs.

Mais cette note de Scott Monty m’a fait penser à une autre dimension qui donnerait toute sa dimension à la notion de mémoire d’entreprise, allant au delà du management du savoir pour intégrer la dimension de la culture d’entreprise.

Le principe de la plateforme Linkory dont il parle est simple : connecter les individus via leurs souvenirs et, quelque part, participer à la création d’une Histoire partagée.

Je parle beaucoup de culture d’entreprise ces temps derniers tant c’est un élément capital à la fois de l’identité, de la capacité à évoluer et de la performance des organisation. Une parte essentielle de la culture est composée des “histoires”, “mythes” qui forgent une identité commune, expliquent le présent.

Quand une personne intègre une entreprise il est essentiel qu’elle s’approprie ses codes fondés sur ces fameuses histoires. C’est souvent le rôle des anciens qui expliquent ce qui s’est passé à telle ou telle occasion, comment un dirigeant, un manager a gagné la confiance de ses collaborateurs par son comportement lors d’un évènement…tout ce qui permet de comprendre ce qu’est l’entreprise aujourd’hui, la raison de certaines règles implicites, ce qu’on peut faire et ne pas faire.

Tout le monde voit l’intérêt de capitaliser des histoires telles que “je me souviens comment j’ai réglé tel situation difficile avec tel client, comment j’ai organisé mes équipes face à telle situation difficile, comment j’ai trouvé le moyen de signer tel contrat”, “comment j’ai réorganisé la production le jour où telle machine est tombée en panne”, “comment j’ai maintenu nos livraisons un jour de grève des transporteurs”… Je pense également que des “je me souviens du jour où….untel a fait ça, où tout le monde s’est mobilisé autour d’une situation de crise, ou tel dirigeant a eu ces mots devant ses équipes…” seraient tout aussi utiles car elle permettent aux nouveaux arrivants de s’imprégner de l’histoire de l’entreprise, d’en comprendre les codes et les règles implicites, bref de faciliter le partage des valeurs et l’implication.

Quoi qu’il en soit, un point commun demeure : on ne parle pas de connaissance brute que l’on peut ranger des dans des cases mais à des récits fortement liés aux individus, au contexte, à l’expérience. Parfois il s’agit de choses dont on ne mesure même pas l’importance pour les autres et qui nous reviennent à l’esprit lors d’une conversation. Il s’agit de moments d’une vie professionnelle qui se racontent à la première personne.

Parfois j’entend : “on ne paie pas les gens pour discuter ou animer des discussions”. C’est dommage, c’est autant de savoirs qui se perdent et dont on reparlera quand tout une génération partira à la retraite. Même ceux qui ont peu de savoir ont souvent beaucoup d’expérience et de souvenirs. Quoi qu’il en soit on chiffrera les pertes dues aux non conversations à ce moment là.

Certains commencent d’ailleurs à faire les comptes : la NASA, comme me racontait Claude Malaison, se retrouve incapable de retrouver l’expertise permettant d’envoyer un homme sur la lune. Bien entendu la documentation technique reste, mais le savoir faire et l’expérience de ceux qui l’ont fait, leurs “trucs”, la manière dont ils ont fait face à certains problèmes est partie avec eux à la retraite. Dommage…

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  • @Grégoire: c'est vrai qu'il ne faudrait pas croire que les succés du passé son réitérable éternellement.

    Et à l'opposé, est-ce que tous les échecs d'hier n'ont définitement plus d'avenir ? Connaissez-vous des contre-exemples pour en témoigner ?
  • Grégoire Wibaux
    En complément à ces éléments, avec lesquels je suis d'ailleurs tout à fait d'accord, j'ajouterais qu'il est également important pour l'entreprise de ne pas "s'accrocher" coute que coute à son histoire.
    Je veux dire par là que si elle s'est construit sur son passé, l'entreprise doit savoir aussi se projeter vers l'avenir. Et cela implique parfois de savoir "changer de braquet" : la culture et l'histoire ne doivent pas devenir nostalgie.
    Toute la difficulté vient alors de savoir réinjecter dans l'environnement présent / futur des histoires et des pratiques qui ont fait leurs preuves dans un contexte passé et qui ne sont donc plus applicables "en tant que telles".
    Capitaliser veut-il aussi dire savoir faire le deuil de certaines expériences ?
  • Oui désolé, je me suis rendu compte en publiant mon 2ème commentaire que finalement que tu avais raison de choisir cet exemple ;o) .oO(que je viens de reprendre pour mon article, d'ailleurs)

    D'un autre coté, l'échec de la Nasa pour recycler le programme Apollo pourra peut être les contraindre à re-devenir innovant et à ne plus faire reposer leur mémoire d'entreprise uniquement sur des bouts de papier.
  • Justement, ne penses tu pas que c'est justement ce dont on parle et que ta remarque est au coeur des problématiques actuelles et à venir : brasser les expériences entre diverses générations ?
  • On dérive, mais la Nasa n'a pas su maintenir un brassage des expériences passées avec du sang neuf ; quand les retraités sont partis, plus personne n'était là pour prolonger leurs travaux/réflexions. La mission de la 2ème génération se résuma à savoir gérer - le bousin - sans chercher à innover. Et aujourd'hui, les 2 générations ne se connaissent/comprennent pas. Il y a eu une fracture générationnelle que les millions de documents ne combleront pas.

    Je pense que le retour sur la Lune de la Nasa va avorter ; le budget du Orion "lunaire" n'est pas garanti, et il va exploser quand ils comprendront qu'ils doivent repartir de zéro... J'ai l'impression de revoir le fiasco de la station Alpha qui ne profita pas de l'expérience Skylab (et de l'expertise de l'USAF) et qui fût sauvé in-extrémis grâce aux russes.
  • @Olivier : pour la Nasa la question reste la même : ils n'ont pas su capitaliser ce qui était nécessaire non ? Peu importent les objectifs derrière.
  • Cultiver une certaine mémoire d'entreprise est une bonne chose, sauf si elle devient une obscession et que l'on veut la rendre systématique.

    Je pense notamment à une dérive possible des KM qui voudraient archiver tout et n'importe quoi... Ca deviendrait contre-productif.

    Surtout à cause de la nécessité, pour les entreprises occidentales confrontées à l'hyper-conccurence de la mondialisation, de maintenir un trés haut niveau de recherche de l'innovation, ce qui implique d'être beaucoup plus ouvert envers l'extérieur de l'entreprise plûtot que de pratiquer le recyclage des bonnes recettes internes qui finiront tôt ou tard à être assimilées par les concurrents.

    Enfin, désolé Bertrand, mais l'exemple de la Nasa pour son retour sur la Lune est mauvais. Car ici, la Nasa cherche à revenir sur la Lune à moindre coût, en recyclant leurs vieilles recettes, pas pour innover, mais pour "renouveller" un exploit en espérant que çà permettra de re-stimuler l'intêret des contribuables pour obtenir un meilleur budget... A mon grand regret, la Nasa ne sait plus innover car elle s'est contenté de gérer ses acquis depuis 30 ans ! :o| .oO(résistance au changement + peur du risque)

    Le mot de la fin est que l'innovation s'obtient par le brassage des savoirs d'hier et d'aujourd'hui, les prévisions futuristes, et une grosse dose d'incertitudes.
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