Hier, via Philippe Martin, Claude mettait en avant une étude de Jemm Research effectuée à  la demande d’IBM montrant que les entreprises françaises avaient du mal à  identifier les outils web 2.0. Faut il s’en inquiéter ?

A mon avis c’est surtout la manière dont est posée la question qui biaise les réponses, notamment parce que la question est prise à  l’envers. Quel est l’intérêt des réseaux sociaux, blogs, wikis, dans une entreprise fonctionnement essentiellement en top-down, où la rétention d’information est synonyme de pouvoir et où un mode travail taylorien appliqué à  des activités qui ne s’y prêtent plus fait que tout est organisé afin que le collaborateur ne perde pas de temps à  aider les autres ? A priori nul.

Par contre à  partir du moment où l’on envisage de travailler légèrement différemment afin de maximiser l’utilisation des savoirs, des expertises, où l’on ne veut plus perdre des milliers de journées à  réinventer la roue, alors là  les outils prennent tout leur sens.

Bref à  demander aux collaborateurs ce qu’ils pensent d’outils nouveaux alors qu’ils sont formatés pour évoluer dans un paradigme ancien, on devait s’attendre à  la réponse. Si on avait demandé « serait il plus pratique de travailler comme cela ?……Et ses outils semblent ils appropriés ? » peut être le résultat aurait il été moins tranché.

12 000 collaborateurs interrogés. Une répartition par fonction serait utile. Au quotidien on voit bien la différence entre des décideurs qui identifient des enjeux organisationnels et à  ce moment trouvent du sens aux outils et le collaborateur « lambda » qui est submergé par ses contraintes quotidiennes (le fameux flux descendant dont je parlais ici) et qui ont autre choses à  faire que se demander si ce serait mieux autrement et quels outils iraient bien avec. De toute manière ce ne sont pas eux qui décident de la manière de travailler ni des outils à  utiliser, ce qui montre bien que l’entreprise 2.0 n’est pas le web 2.0 et que ce dernier ne peut rentrer dans l’entreprise en l’état.

Une conclusion confirmée par un élément omniprésent de l’étude : l’existence d’un continuum entre la vie privée et la vie professionnelle. Les collaborateurs voient l’intérêt de ces outils dans leur vie privée et ont du mal de la retranscrire dans leur vie professionnelle parce qu’ils ne sont pas à  même de développer le même type d’interactions dans le mode de travail qui est le leur aujourd’hui.

Bref ça n’est pas l’entreprise qui identifie mal les outils, ce sont les collaborateurs qui ont du mal de les positionner dans l’existant. De plus on a toujours considéré les outils sous l’angle du traitement de données et on a encore du mal de réaliser qu’ils peuvent être le prolongement de l’activité humaine au sens…humain du terme.

Ca n’est finalement qu’une histoire de paradigme et la preuve que les questions d’outils se prennent par le haut en se demandant

1°) Quels sont mes enjeux

2°) Comment mes collaborateurs doivent travailler pour y faire face

3°) Quel mode d’organisation pour rendre cela possible

4°) Quels outils pour supporter ce mode d’organisation