Et si tous les projets devenaient agiles ?

Le temps n’est pas loin où l’on se posera la question de réinventer la gestion de projet afin de se focaliser sur le fait de délivrer une réponse à un besoin et non plus de considérer comme trop souvent le projet comme étant sa propre fin. Quand se rend on compte qu’un projet est sa propre fin ? Lorsqu’on livre au final quelque chose qui correspond en tout point au livrable défini au tout début pour se rendre compte que le besoin a évolué ou que ce a quoi le client interne ou externe a dit oui ne correspond pas vraiment à ce qu’il attendait, problèmes de communication, mauvaise connaissance du champ des possibles et mauvaise qualité des échanges obligent.

A côtoyer des développeurs à longueur de journée je me suis intéressé à la manière dont ils travaillent et j’ai comme l’impression que ces gens ont découverte une sorte de Graal nommé méthodes agiles.

Bien sur il n’a pas fallu longtemps pour me demander si c’était applicable à des projets autres que le développement logiciel.

Les quatre valeurs de ce type de méthodes, si je m’en réfère à wikipédia me semblent bien adaptées à nombre de projets :

  • L’équipe (« Personnes et interaction plutôt que processus et outils »)
  • L’application (« Logiciel fonctionnel plutôt que documentation complète »)
  • La collaboration (« Collaboration avec le client plutôt que négociation de contrat »)
  • L’acceptation du changement (« Réagir au changement plutôt que suivre un plan »)

Il me semble bien que très peu de travail suffirait pour réécrire cela afin que que cela s’applique de manière plus générale. Je crois notamment beaucoup à la multiplication des iterations, à l’échange permanent, à l’implication permanente du client (interne ou externe) et au fait de mettre les choses en places peu à peu, même de manière parcellaire, pour voir ce que cela donne.

Pour avoir tenté une expérience similaire sur un projet ou il était quasi impossible de réunir tout le monde plus d’une fois par mois et où les gens se connaissaient peu et en utilisant les bons outils pour échanger en asynchrone et permettre à chacun de donner en permanence de la visibilité aux autres sur ce qu’il faisait, les problèmes rencontrés, les questions qui se posaient, le tout avec des personnes plutôt habituées à des méthodes plus « classiques » j’ai été impressionné par le résultat. Tout a été fait dans les temps, alors même que comme vous l’avez compris on partait d’assez loin, avec une équipe disparate déjà surbookée par ailleurs, et dont les membres se connaissaient. Une discussion et des intéractions permanentes plutôt que des points d’étapes séparés par de longs tunels de solitude.

Vu les circonstances on m’avait passé le mot : « on se focalise sur l’essentiel et on laisse du mou sur le reste afin d’avoir assez de marge pour s’adapter en permanence ». Le contexte était donc favorable et franchement le jeu en valait la chandelle car a posteriori je ne sais pas comment on aurait pu faire autrement.

Un embryon d’expérimentation fort concluant donc.

Bref quelque chose à creuser et à formaliser. D’autant plus que si j’en crois ce qu’en dit Frédéric de Villamil, tout ce qui fait qu’une équipe n’est pas prête pour les méthodes agile ressemble fort aux symptomes de l’entreprise qui peine à s’en sortir dans un contexte d’incertitude, de discontinuité, de disruption (dommage, c’est le monde dans lequel nous vivons).

Vous êtes inflexible : apôtre du « on a toujours fait comme ça » vous ne concevez pas de changer votre manière de faire quels que soient les événements.

Vous détestez l’incertitude : mieux vaut prévoir un délais intenable que laisser de la marge, mieux vaut livrer quelque chose qui ne convient pas plutôt qu’apporter des modifications en cours de route. Peu importe si on sait par expérience que ça ne passera pas, avoir décidé au départ que ça passerait vous rassure car vous donne l’illusion de maitriser.

Vous traitez vos collaborateurs comme des ressources dont vous oubliez qu’elles sont humaines. La notion de talent vous est étrangère, vous ne voulez que des hommes machines interchangeables, des clones et qu’aucune tête ne dépasse.

Vous considérez le projet comme un processus linéaire : vous vous refusez à accepter que les impondérables existent ni que les choses puissent être améliorées. Les choses se passent forcément comme vous l’avez décidé et dans le cas contraire c’est la faute des autres. Et bien sur vous n’apprenez pas des échecs et opérerez exactement de la même manière la prochaine fois.

Vous connaissez des applications « institutionnalisées » de ces méthodes hors du domaine du développement logiciel ? Mes recherches m’ont permis de trouver beaucoup de références sur ce que les personnes concernées appellent « Gestion de Projet 2.0″ (fallait y penser) mais aucun exemple d’utilisation généralisée.

Qu’est ce que cela vous inspire ?

  • http://www.qualitystreet.fr jc-Qualitystreet

    Feedback et visibilité, vélocité, adaptabilité et réactivité, réduction des risques, qualité, telles sont les bénéfices de ces méthodes qui ont déjà fait leur preuves Outre Atlantique et en Europe du nord.

    Le mouvement Agile prend de l’ampleur en France… c’est incontestable. D’ailleurs, je suis de plus en plus sollicité pour des missions de coaching SCRUM, l’une de ces méthodes qui a vraiment le vent en poupe actuellement.

    Jetez un coup d’oeil à ce billet pour une définition claire de ce qu’elles recouvrent:
    http://www.qualitystreet.fr/?2007/11/20/78-methodes-agiles-un-belle-definition

  • http://jefute.blogspot.com/ David Andriana

    Scrum est une méthodologie agile, simple dans ses principes, et redoutablement efficace si on la suit.

    Elle est plutôt utilisée dans des projets informatiques, mais peut a priori convenir à tout projet où les spécifications évoluent en cours de route (pour ne pas dire plus) et où l’adaptation est techniquement possible.

    On voit Scrum utilisé en marketing, par exemple. Et j’ai entendu parler de projets gouvernementaux qui voulaient l’utiliser, mais je n’ai pas trouvé de référence.

  • http://life2front.com/oliezekat Olivier D. alias ze kat

    Un exemple d’application hors domaine informatique, hum, j’dirais la NASA des années 60-70 et celle qui commence à renaitre ;o)

  • http://prodageo.over-blog.com JDub

    Je suis complètement d’accord avec cette vision sur l’évolution de la gestion de projet. Je suis prof d’informatique et je me pose pas mal de questions du type : « Comment mettre en pratique ces méthodes pendant la formation ? » Le texte qui définit notre BTS s’appuie sur le cycle en V. « Comment faire de l’agile dans ce cadre ? » Je suis ouvert à toutes réponses …

  • http://www.qualitystreet.fr jc-Qualitystreet

    Basculer vers les méthodes Agiles. Sujet récurrent évoqué encore récemment dans un open space consacré aux méthodes Agiles !

    La réponse est toujours contextuelle… mais je dirais avec le recul que deux tendances se dégagent:
    - adoption classique avec projet pilote et coaching
    - adoption de quelques bonnes pratiques, ici ou là, sur vos projets en attendant mieux: mise en place de pratiques XP (plutôt orientées ingenierie), et/ou de pratiques SCRUM (plutôt orientées gestion de projet), et/ou des valeurs et principes de l’Agile Manifesto.

    Avnat tout garder l’esprit Agile !

  • http://life2front.com/oliezekat Olivier D. alias ze kat

    @JDub: je pense, et je témoigne, que certains enseignants appliquent déjà en partie quelques méthodes Agiles.

    Je pense notamment à ces enseignants « réalistes » qui se consacrent plus à susciter de la passion et de l’intêret pour leur matière plutôt que de – suivre à la lettre – un programme dicté par l’administration qui pense, à tord, que sa mission principale est d’inculquer des connaissances. Vous noterez l’obstination du système à mesurer « ses » résultats en se basant quasi-uniquement sur des tests (ou méthodes* d’évaluation) de connaissances.
    (*) celles pour l’épreuve de philo du bac sont un total non-sens !

    A votre niveau le principe de « on se focalise sur l’essentiel et on laisse du mou sur le reste » me semble trés judicieux quand le contexte social est difficile ou que la matière enseignée a un fort potentiel pour susciter de la passion et une recherche personnelle spontanée (de l’étudiant).

    Aujourd’hui, je remercie grandement mes 3 profs d’Histoire qui avaient pris d’énormes libertés sur le programme. J’en ai gardé de bons souvenirs et un intêret passionnant, au quotidien, pour cette discipline… Alors que j’ai toujours une mauvaise mémoire des dates et que ce fût trés handicapant à l’école (avec d’autres profs plus obtus).

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    Je ny avais pas pensé pour l’enseignement. Mais c’est vrai qu’à la fin on apprend des dates au lieu de comprendre des grandes tendances. Et on s’étonne que l’on reproduise périodiquement les mêmes erreurs ?

    Olivier tu peux détailler pour la Nasa s’il te plait ?

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  • http://prodageo.over-blog.com JDub

    Merci Olivier pour ton point de vue et tes idées sur ton blog. Je vais tâcher de m’en inspirer. je pense en effet que la motivation (j’aimerai bien aller jusqu’à la passion …) est très importante, et ça c’est bien notre boulot de prof…

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    Pour un exemple d’application des méthodes agiles au marketing c’est ici :
    http://www.wrike.com/projectmanagement/11/27/2007/Scrum-in-marketing-making-enterprises-adaptive

  • http://www.fredericdoillon.com Frédéric Doillon

    j’arrive un peu tard…mais je viens d’écrire un conte sur la non-agilité…qui peut aussi s’appliquer à toutes sortes de domaine, pas seulement le domaine du développement logiciel. Bien sûr, les traits sont grossis, mais cela peut amener certaines réflexions : http://www.fredericdoillon.com/2008/09/la-mort-au-bout-du-planning.html

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    @Frédéric : je note…

  • Jérôme

    Je découvre le sujet tardivement, pour info Jérôme BARRAND enseignant à Grenoble école de management à écrit un livre sur l’agilité : »le manager agile ». Je vous en conseille la lecture.

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    @Jérôme : je l’avais noté et il traine dans ma wish list amazon. Il va être temps que je me décide à passer commande.

  • http://laurentmorisseau.com Laurent Morisseau

    L’agilité n’est pas réservé au projet informatique, comme l’a noté Jc de QualityStreet, c’est un état d’esprit avant tout, donc applicable dans la vie de tous les jours, il n’y a qu’à voir alandd, http://www.flickr.com/photos/alandd/2119864210/, qui l’utilise pour ses tâches ménagères…
    Les métaphores sur l’Agilité sont légions, je m’y suis moi-même attelé pour la course au large ici http://www.laurentmorisseau.com/2008/07/la-course-au-large-une-entreprise-agile.html.
    Un exemple récent plus professionnel, j’ai remanié mes formations Scrum avec une approche projet Agile: les modules sont autant de user stories et le groupe commence par une séance de priorisation de ces modules, selon ses connaisances, une ré organisation de la salle de type war room avec une rétrospective à la fin de chaque itération (une journée de formation). La formation est bien plus proche des attentes des participants qu’une formation traditionnelle.

  • Philippe BREGERAS

    Bonjour,
    Je voudrais revenir sur les méthodes agiles dans le contexte des projets informatiques. On en parle beaucoup pour des projets utilisant des nouvelles techno (archi n-tier, Java J2EE, etc). Pensez vous que l’on peut envisager de les appliquer sur des projets employant des technos plus anciennes (C, shell, Perl) ?
    Par ailleurs, ne faut il pas prévoir en amont une phase de sensibilisation / formation de la maîtrise d’ouvrage concernée pour garantir son adhésion à la méthode ?

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