L’entreprise 2.0 n’est pas qu’une histoire de jeunes

Dès qu’on évoque la question de l’entreprise 2.0 on évoque la question de la fameuse génération Y pour qui usages et outils sont un élément de leur patrimoine génétique. De là à dire qu’ils en seront les moteurs et que les « anciens » sont des empêcheurs de progresser en rond il n’y a qu’un pas que je me refuse à franchir.

Mon expérience en la matière tend d’ailleurs à le prouver : le leaders que l’on peut voir émerger au sein des entreprises partagent un grand nombre de points commun…mais en tout cas pas leur age.

On voit des quadras voire des quiquas prendre le phénomène à bras le corps et des « Y » rester dans les starting bloc. L’inverse est également vrai. En tout cas cette étude de Computerworld le confirme : la barrière générationelle ne serait donc qu’un mythe. Ce que semble confirmer le fait que le membre le plus actif de la plateforme 2.0 interne de la CIA, Intellipedia, ait la soixantaine passée…

A mon avis il existe de fortes différences entre les générations mais elles ne se situent pas forcément où l’on pense.

Un des lieux communs est que penser que la différence est une histoire de technophilie, ce qui est une erreur magistrale. On pouvait avoir ce discours à l’égard de ceux ma génération qui s’amusaient à explorer le web et bricoler des sites fais maison à la fin des années 90 mais plus à l’égard de ceux qui nous succèdent. Les outils et les usages font partie de leur patrimoine génétique, de leur quotidien. Ils ne les ont pas adopté par amour de la techno mais ils sont nés avec et les utilisent. Point final. Ils se moquent de savoir comment ça marche, ce qu’il y a du coté de la salle des machines et ont d’ailleurs les mêmes soucis que leurs ainés lorsqu’ils tombent sur un outil difficile d’approche et à l’interface peu intuitive. A ce titre peut être que la présumée technophobie des anciens est plutôt due au caractère plus que rustique des outils qu’on a pu leur mettre entre les mains. D’ailleurs mettez un Y devant un ERP vous verrez bien s’il s’amuse comme un petit fou. Pour ceux qui n’arrivent à imaginer la chose, rien de tel qu’un bon schéma (merci à Christian Fauré pour m’avoir permis de remettre la main dessus). Franchement ça ne fais pas « tilt » chez vous ?

Partant de là la différence se situerait dans l’usage, ce qui a beaucoup plus de sens. Ceux qui ont eu la chance de naitre avec ces logiciels simples d’accès et on toujours connu internet ont développé des usages et une manière de se comporter différente des autres non pas par amour de la technologie mais parce que c’était possible. Ce qui explique d’autant plus facilement que les seniors qui désirent de tels usages peuvent se les approprier sans problème, la preuve en étant le nombre de « papy et mamies blogueurs » pour qui le besoin de rester en contact avec l’extérieur est essentiel.

Le Y qui arrive en entreprise, dans un monde qui a ses codes et sa manière de faire peut rapidement être amené à s’assoir sur ses spécificités propres parce qu’il se sent isolé, ne aller seul à contre courant du reste, a peur de mettre son emploi en péril etc. Par contre dans un environnement plus favorable, avec des seniors ouverts et désireux de fonctionner autrement, il reste lui-même. Rien ne dit par contre que demain, loi de l’offre et de la demande aidant, il ne se sente pas en position de force pour imposer sa manière de faire, et qu’après demain managé par ses semblables il ne se lâche complètement. En tout état de cause, pour une entreprise désireuse de fonctionner en réseaux, acculturer les Y est (pour l’instant) une option possible mais dangereuse à long terme alors qu’ils peuvent servir de levier pour changer les choses dans une direction que les directions générales jugent nécessaire.

Et les séniors ? Nous avons dans l’entreprise ceux qui demain rejoindront les rangs des papys blogueurs. Leurs préoccupations sont déjà les mêmes : une volonté de rester en contact et de transmettre. Car le moteur du 2.0 chez les seniors en entreprise peut vraiment être celui là : la volonté de transmettre son expérience avant de passer à autre chose. D’ailleurs, le partage et la transmission des savoirs n’est il pas un des Graal de l’entreprise 2.0.

Si les jeunes sont un moteur de l’entreprise 2.0, les leaders (à l’heure où j’écrit) seront par contre plus agés parce qu’ils ont de l’expérience à transmettre d’une part et parce que leur expérience de l’entreprise et de ses enjeux vont aider à cadrer le foisonnement informel, parce que si les uns sont à l’aise dans un océan d’information, les autres, eux, savent l’utiliser.

Si demain l’entreprise 2.0 appartiendra à la nouvelle génération, si cette dernière servira de facteur de propagation, il est important, aujourd’hui, de mixer les deux générations et, surtout, de ne pas exclure a priori les plus anciens. Ce sont souvent eux qui provoquent en effet le déclic. Aux Y de montrer ce qui est possible, aux autres de donner de la valeur à tout cela. Et à l’entreprise de profiter de l’occasion pour réinventer le « mentoring » comme a su le faire la CIA afin de mettre en relation ceux qui ont des choses à dire ceux qui maitrisent les outils qui permettent d’apprendre : c’est cette synergie qui produira de l’or.