Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Entreprise 2.0 : quand McKinsey, les Geeks et Madame Michu finissent par se retrouver

July 19th, 2008 · View Comments · Entreprise 2.0, Entreprise, organisation et management, Ressources Humaines, Stratégie

Une des difficultés rencontrées dans les premières années par des projets de type “entreprise 2.0″ et plus globalement par tout ce qui visait à remettre d’une manière ou d’une autre en adéquation la manière de travailler des collaborateurs avec les enjeux du moment était que les principaux intéressés allaient chacun dans leur direction sans trop prendre les autres en compte. Certains pensant que les autres allaient naturellement savoir où aller, d’autres se disant qu’on ne les écoutait pas.

Une époque en passe d’être révolue si j’en crois à la fois mes observations et ce qu’on peut lire entre les lignes du récent Hype 2008 de Gartner sur les “web and users interactions technologies“.

En effet, comme je disais en titre, McKinsey les Geeks et Madame Michu ont enfin décidé de se parler.

De quoi parle-t-on ?

McKinsey c’est l’ami du PDG. Du board dans son ensemble d’ailleurs. Ca fait des années qu’il raconte à qui veut l’enrendre que l’entreprise va devoir travailler en réseau, innover collaborativement, que le monde change et que le “knowledge” ne sera plus de la matière molle mais le carburant de la performance. A l’occasion McKinsey invite certains de ses amis, comme Gary Hamel, histoire de bien faire comprendre que l’entreprise telle que nous la connaissons n’a plus longtemps à vivre, que le système fondé sur la hiérarchie et le “command and control” nous amènera à notre perte et que d’ici très peu de temps il y aura trois types d’entreprises, celles qui auront profondément muté, celles qui muteront en retard et dans la douleur…et celles qui auront disparu.

McKinsey est très brillant et ceux à qui il s’adresse le savent…c’est justement pour ça qu’ils lui demandent son avis. Et comme ils sont loin d’être bêtes ils comprennent bien le caractère vital de l’enjeu. Reste qu’il reste du chemin entre le fait de savoir et le fait de passer à l’action (l’occasion de relire Sutton sur le sujet) et que ce qui a été compris par le board peine à se traduire dans les fait. Pourquoi ? Parce que les autres participants à notre discussions sont à des milliers d’années lumières de ce genre de préoccupations et que le dialogue n’a pas vraiment lieu. Ensuite parce que ces nobles concepts liés à la stratégie et à la performance organisationnelle rencontrent rapidement des échos grossiers tels que “web 2.0″, “entreprise 2.0″, un packaging “branchouille” et techno-centré qui au mieux fait sourire, au pire inquiète.

Bref notre McKinsey se sent un peu seul. Et en tout cas incompris des “étages d’en dessous”.

Second participant à notre débat, le Geek. Lui la stratégie, l’organisation et tout ce qui va avec ça n’est pas son truc. Par contre le web 2.0 si. Le geek fait des choses formidables dans sa vie avec des réseaux sociaux, des blogs, des wikis…il s’amuse mais d’une manière réellement efficace et se dit deux choses. La première c’est qu’utiliser ces outils dans l’entreprise ce serait beaucoup plus cool que les outils préhistoriques qu’il a sous la main. La seconde c’est que ça serait même super efficace. Trouver rapidement la bonne personne, la bonne réponse, échanger vite, créer un mini réseau ad-hoc dès que c’est utile, faire dans l’efficacité plutôt que dans le protocolaire. C’est tellement évident pour lui qu’il ne se rend pas compte qu’il propose une vraie révolution en termes de modes de fonctionnement. Il ne comprend pas non plus pourquoi on lui interdit d’utiliser les outils en question. Alors il fait “sous le radar” et ça marche bien. Ensuite il en parle autour de lui et d’un seul coup tout s’effondre. La direction qui pourtant écoute McKinsey se méfie de ce web 2.0 trop connoté. Ensuite, Madame Michu, dont nous parlerons plus tard n’a que faire de ces gadgets qui n’ont aucun sens pour elle. Et enfin Monsieur DSI fait barrage de tout son corps. Ah…lui ça n’est pas l’ami du Geek.

Vient donc Madame Michu. Madame Michu tout ce peuvent dire McKinsey et le Geek ça la dépasse. Elle est juste là pour faire son boulot, et elle le fait du mieux qu’elle peut. Les discours de McKinsey ça la fait bien rire car au quotidien elle ne voit rien changer. Elle a d’ailleurs cessé d’écouter car si elle se mettait à agir comme le dit McKinsey son manager la remettrait vite dans le droit chemin. En plus ce serait contre productif pour ses évaluations. Et elle ne voit pas comment, dans la manère dont on lui demande de travailler au quotidien, les gadgets du Geek pourraient lui simplifier la vie. Elle ne voit qu’une chose madame Michu, c’est qu’on lui demande à la fois tout et son contraire et que finalement rien n’est fait pour lui simplifier la vie au quotidien. Mamie Michu, sa mère, travaillait à la chaine et serrait des boulons sur une chaine de montage. Elle, elle résout des problèmes devant un ordinateur. Un changement radical…pas tant que ça car elle est soumise aux mêmes règles de fonctionnement que sa mère. Ca n’a plus aucun sens mais on a toujours fait comme ça, mais elle est fataliste et ne pense plus que ça changera un jour. Mais elle aimerant tant que l’organisation la serve au lieu de lui mettre les batons dans les roues. Attention : rien de péjoratif ici : dans l’entreprise nous sommes tous des Michu en puissance, ouvrier, manager, ou dirigeant. Même McKinsey et le Geek ont du Michu en eux. C’est d’ailleurs souvent un Michu qui empêche un autre Michu d’écouter McKinsey.

Pendant les 2 années qui viennent de s’écouler McKinsey a poussé des idées, mais sans vraiment s’attacher à convaincre Madame Michu. Pas de sens, pas d’outils, on a mal compris ce que disait McKinsey ou en tout cas tout fait de travers. Le Geeks a poussé quelques outils…qui auraient bien servi à McKinsey. Mais ils ne se sont jamais croisé, ou lorsque c’est arrivé n’ont pas essayé d’aller au delà des “buzzwords” : aucun n’a jamais compris comment il pouvait et devait s’appuyer sur l’autre. Quant à Madame Michu, elle a eu droit aux outils du Geek, inutiles dans son quotidien, ou au idées de McKinsey, ingérables sans les outils du Geek. Et n’a jamais eu l’impression que tout cela visait, en définitive à lui simplifier son quotidien.

Bref, tout le monde pensait à la même chose, à son niveau, mais sans s’en rendre compte. Chacun disait la même chose mais dans une langue différente.

Il n’en reste pas moins, et Gartner le confrme, qu’ils semblent avoir appris et compris. Et que désormais ils se mettent à table pour faire connaissance et parler de tout cela. En parlant la même langue. Monsieur DSI et Madame DRH continuent encore à prendre leur café dans leur coin, seuls. Mais ils savent bien qu’il vont devoir rejoindre la table des autres car leur machine a café hors d’age va bientôt les lâcher et il faudra qu’ils aillent se servir à celle de nos nouveaux compères.

Ouf. C’est toujours mieux d’avancer ensemble que de stagner chacun dans son coin non ?

En tout cas le phénomène “entreprise 2.0″ a passé sa crise d’adolescence, il lui reste à grandir tranquilement et être prêt à devenir adulte dans les 24 mois qui viennent.

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  • Ca c'est quelque chose de fondamental à comprendre : 100% des collaborateurs sont des madame Michu. Même le PDG...qui n'est que le Michu de ses actionnaires.

    Madame Michu est l'avenir de l'entreprise. Mais elle ne fera que ce que d'autres la laisseront faire, donc il faut que ces derniers aient un minimum de vision.

    Pour ce qui est de la réflexion sur les TPE/PME je vous rejoins : des gains potentiels énormes mais on est encore loin dans le cheminement. Peut être que ce genre d'entreprise, a trop souvent un coté paternaliste qui s'accomode mal du lacher prise ? Sur ce point vous êtes certainement plus compétents que moi.
  • Excellent!

    Tu as vraiment le don pour l'écriture!

    Je rejoins un peu Joselito alias MrTPE, je m'intéresse aux PME et a ce que les Enterprises Social Softwares peuvent leur apporter, et il est clair que McKinsey ne touche pas (tous) les patrons de PME. Beaucoup ne savent même pas ce qu'est exactement le marketing, le consultative selling, ...

    Par contre, que cela vienne du Geek, de Mme Michu, ou du patron suis est allé a une conférence, il est clair qu'il y a un avenir pour les modes de collaborations créatives en T/PME ...
  • C'est encore monsieur tpe qui parle.
    Dans l'univers passionnant des Tpe...papy McKinsey connait pas.
    Par contre Madame Michu trime dans les Tpe de notre belle France :)
    Et bien je vais vous dire mon bon monsieur, entre le papa patron, le fiston geek et madame Michu au secrétariat, souvent, plus qu'on ne croit, c'est madame Michu qui à du nez.

    Elle à bien conscience de pas tout comprendre, mais en même temps elle sait que les nouveaux outils vont lui simplifier la vie parcequ'elle fait bien la différence entre le bon vieux fax et le mail, entre la machine à écrire et un traitement de texte.

    Madame Michu ne se demande pas si elle va perdre le contrôle ou si elle va pouvoir briller dans les diners en ville grâce au 2.0 ; Elle sait bien qu'elle va pouvoir travailler plus et un peu mieux.

    Madame Michu est l'avenir de nos entreprises ! :)

    (encore des billets comme ça, j'adore).
  • @Vincent :

    - Nombre d’entre-eux reçoivent à la pelle des McKinsey simplement pour l’affichage et sans rien en tirer.

    Pas si sur...comme je le dis, la compréhension des enjeux est là, c'est le fait de passer du stade de "on sait" à "on le fait" qui est plus dur.

    - si non il faut qu’on m’explique si McKinsey était si brillant, si convaincant, si les boards si à l’écoute et persuadé des changement à venir, Pourquoi RIEN ne change en terme de stratégie et d’organisation???

    Parce que Paris ne s'est pas fait en un jour et que pour que les choses changent il faut que tout le monde ait compris la même chose et parle le même langage. Ca commence, mais justement le problème de "resdescente" tenait au fait que chacun restait dans sa bulle (d'où ce billet)

    Et le changement ne sera pleinement justifié que lorsque que la réflexion sur les notions de couts et de valeur sera plus aboutie qu'elle ne l'est aujourd'hui. Je sais, je suis old school mais c'est de là que tout vient. Mais ça impose de mettre beaucoup de choses à plat avant de se lancer.

    "Change takes a long time to happen quickly".

    PS : après on peut penser ce qu'on veut, leur vision du futur de l'entreprise me semble assez juste. Elle heurte quelques certitudes, c'est bon signe.
  • Xavier est d'accord avec moi :-)))
  • Bien sur que c'est du bon mais tu vénéres un peu trop papy McKinsey et montre un gros optimisme sur les "boards".
    Nombre d'entre-eux reçoivent à la pelle des McKinsey simplement pour l'affichage et sans rien en tirer.
    si non il faut qu'on m'explique si McKinsey était si brillant, si convaincant, si les boards si à l'écoute et persuadé des changement à venir, Pourquoi RIEN ne change en terme de stratégie et d'organisation???
  • Très bon résumé de ce qui est en train de se passer actuellement. Bien sur, on peut être dans la peau du stratège, du geek, et de l'utilisateur 'lambda' à la fois, pourquoi pas du DSI aussi, mais le côté 'schématique' de ce post en renforce la clarté.

    Et je suis tout-à-fait d'accord, l'ayant noté sur un autre blog sur le même sujet, concernant les 3 types d'entreprises et d'organisations. Mais je rajouterais aussi un quatrième type: les 'hypocrites' qui font çà juste pour paraître 'branchés' ou plaire à leurs patrons et clients. La plupart de ceux là utiliseront des mots creux sans que rien n'aboutisse réellement sur le terrain, et seront aussi voués à l'échec.
  • Excellent et tellement vrai, J'ai bien rigolé.

    Merci Bertrand
  • J'aime beaucoup ce billet très pédagogique. Je partage ta vision cependant le matin en me levant, parfois je compte 24 mois, parfois 24 ans.... ;-)
  • Fred
    Je suis parfaitement d'accord avec toi. Par contre j'irais volontiers un cran plus loin. J'observe que, de jour en jour, madame Michu comprend mieux voire s'approprie ce qu'il y a derrière "2.0". Là où cela devient intéressant c'est que cela pose des problèmes de fond à la fois au management et à la RH. Ils sont, tous les deux, pris en étau. D'un coté ils pensent que leur direction leur demande de conserver "le contrôle" de l'autre ils sentent bien que les madames Michu sont proches de l'étouffement. Si on voulait y voir là une "guerre" alors assurément une bataille décisive est en train de se jouer. J'avoue faire partie du camps de ceux qui souhaitent avec ferveur que l'humain reprenne le pouvoir sur les process. Les entreprises qui l'ont compris sont d'ores et déjà tournées vers l'avenir et vont emporter une autre course celle de l'attraction des meilleurs compétences. En fait, cette fois RH & Management sont dans dans le même bateau : l'urgence.
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