Les Digital Nomads : communauté d’aujourd’hui pour salarié de demain

C’est comme souvent  grâce à  Claude Malaison que j’ai découvert le site des Digital Nomads. Plutot que d’un site il s’agit de la communauté de ceux qui rompent le lien traditionnel entre travail et bureau, qui sont connectés et utilisent les bons outils pour pouvoir être opérationnels de n’importe ou à  n’importe quel moment. Seuls mais pas isolés : le Digital Nomad interagit beaucoup plus avec son écosystème, est plus informé de ce que font les autres et informe plus les autres que ne le font en général des personnes qui travaillent à  longueur de journée dans le même bureau.

Bref, il s’agit, plus que d’un mode de travail, d’un mode de vie au quotidien pour de plus en plus de personnes. Et qu’on ne me dise que c’est réservé à  ceux qui peuvent, aux indépendants, aux petites structures : de plus en plus nombreuses sont aujourd’hui les entreprises qui ont des politiques de mobilité et de nomadisme qui commencent à  ressembler à  quelque chose. Pour certains c’est limité au home office, pour d’autres c’est vraiment la liberté de travailler d’où ils veulent. Ceux qui ont lu “la semaine de quatre heures” apprécieront.

C’est donc une réalité pour nombre de personnes aujourd’hui mais qui forment une communauté encore un peu à  part. Une réalité inconcevable pour tous ceux qui travaillent dans des entreprises “normales” où on ne peut se permettre “ce genre de choses”. Laissez moi vous détromper car c’est bien de ce coté qu’il faut rechercher l’avenir des modes de travail et c’est pour ça qu’observer les Digital Nomads aidera toute entreprise à  comprendre à  quoi elle ressemblera demain.

Pour ceux qui auraient encore du mal de réaliser je ferai juste référence à  la politique de mobilité mise en place chez IBM et qui fait qu’un grand nombre de salariés travaillent de chez eux plusieurs jours par semaine. Toujours chez IBM, mais pas seulement, les bureaux de proximité qui permettent aux collaborateurs de travailler près de chez eux, ou près de l’endroit où ils ont un rendez vous. On travaille alors bien dans les locaux de l’entreprise, mais plus à  un endroit déterminé. Et je vous promet que le phénomène va s’accélérer.

Parce que la tendance étant à  l’entreprise globale, à  l’organisation matricielle, où qu’on soit on ne travaille pas avec ceux qui nous entourent. Parce que les coûts immobiliers et les coûts de déplacement liés au prix du pétrole vont faire de la diminution des déplacements un facteur de compétitivité. Et même des coûts maison-bureau, qui au final entrainent une pression à  la hausse sur les rémunérations. Enfin parce que la nécessité d’agilité, de réactivité, fait qu’un collaborateur doit devoir réagir d’où qu’il soit, chez lui, chambre d’hotel, en ville, dans un hall de gare… Et enfin, même si j’aime tempérer l’enthousiasme débordant que suscitent les digital natives, parce qu’arrive une génération de collaborateurs pour qui la non mobilité n’est simplement qu’un concept passéiste, une entrave à  l’efficacité. Bien sur on peut toujours dire qu’ils feront comme on leur dira, mais je doute fort que ceux qui leur tiendront ce discours supporteraient longtemps de troquer leur ordinateur portable et leur blackberry contre un minitel.

Il ne vous reste plus qu’à  fréquenter la communauté pour comprendre ces outils, ces modes de travail. Et y contribuer, dans l’objectif de participer à  la définition du concept de digital nomad, réalisée par les digital nomads eux-même.

Ah…j’entend quelques voix au fond de la salle qui me disent…”mais on ne peut pas travailler comme ça !”. Ah bon ? Vous êtes sur que vous parlez de travail ? Ou d’exercice du sacro-saint pouvoir hiérarchique de contrôle ?

Dans des équipes globalisées il va en effet falloir apprendre à  ne pas avoir sous vos yeux ceux qui travaillent pour vous. Parce qu’ils seront n’importe où dans le monde. Et se focaliser sur les 10 qu’on a sous la main pour oublier les 50 répartis sur les quatre autres continents n’est que se créer une illusion réconfortante mais à  durée limitée. Et puis franchement, que controler ? Qu’ils sont occupés ? Je ne pense pas que cela ait beaucoup de sens aujourd’hui : il s’agit de controler que le travail est fait et les résultats atteints. Allez donc jeter un oeil a la notion de Result Only Work Environment (ROWE)…on y va lentement mais surement.

Ceci dit, chaque progrès générant ses propres regressions, cette nouvelle manière de faire devra s’accompagner de quelques réflexions, sur la notion de “lieu” notamment.

Le bureau n’est plus le lieu où on crée de la valeur: la valeur se crée en ligne.

Le lieu où l’on travaille n’est plus le lieu où s’exerce le pouvoir et le contrôle hiérarchique. Mais il faut bien qu’il s’exerce tout de même. Faudra-t-il repenser la notion de contrôle en la faisant porter sur les résultats et non plus sur le contrôle de l’activité au quotidien qui est une des seule choses qui justifie le mythe du “présenteisme” dans l’entreprise ?

Cela pose également la question du management d’équipes à  distance. Notamment dans la composante liée aux rapports humains. On ne pourra plus se contenter d’outils de gestion de projet et progiciels spécialisés : il faudra des outils permettant l’intéraction, la discussion, l’émission d’un “signal social”, bref des outils sociaux et de visibilité.

Nous avons dit que le digital nomad est souvent beaucoup moins isolé de ses collègues, de son écosystème en général, que nombre de salariés qui passent leur temps au bureau. Mais nier le besoin de rassembler les gens, de permettre de vraies rencontres, des échanges en face à  face pourrait faire en sorte que le remède soit aussi néfaste que le mal. Repenser les bureaux en tant qu’espaces de rencontres, d’échange plus qu’en tant qu’espaces de travail ? C’est une piste. Notons également que les intéractions entretenues en ligne par un digital nomad lui donnent souvent plus envie de rencontrer ses congénères qu’un salarié lambda ne peut avoir envie de prendre un café avec son voisin d’openspace. Il y a donc un filon a exploiter.

Après le WYSIWYG (What you see is what you get) qui a révolutionné les interfaces logicielles dans les années 80-90, voici venir l’ère du WIWIWIA (Where I Work is Where I Am).

PS : pour les accros du marketing communautaire notons que cette plateforme a été mise en place par Dell qui fédère ici tous ceux qui sont potentiellement au coeur de cible de son offre, les utilisateurs les plus avancés. Un ciblage quasi indolore pour l’utilisateur, qui lui apporte une vraie valeur ajoutée, chaque partie prenante apparaissant comme légitime pour les autres et vis à  vis du public extérieur. Loin, très loin d’une discussion que j’ai pu avoir avec quelqu’un il y a peu sur la capacité d’influence du blogueur en matière de piles électriques…

 
  • George

    Comme d’habitude, la lecture dominicale de votre blog est un bien à  prescrire. En tant que “digital nomad”, je recommande donc votre analyse.
    Vous décrivez très bien l’économie et le gain que cette nouvelle tribu génère, vous l’associez à  une réflexion sur la notion de lieu qui vient exciter ma pensée et justifier ce commentaire. Pour développer cette notion, je veux parler, en amont, de micro et macro-géographie. La micro-géographie est représentée par mon univers maison-travail, elle peut s’inscrire à  l’échelle d’une ville, d’un département ou d’une région, la macro-géographie est celle de mon pays, mon continent et le reste de la planète.
    Si le gain se fonde sur l’économie des déplacements dans ma micro-géographie associé à  l’enrichissement du dialogue grà¢ce à  la facilité à  digitaliser l’information, le réseau risque alors la calcification (moins de flux et trop de richesse).
    à€ l’inverse si l’économie, se fonde sur le gain que provoque les déplacements, le réseau profitera de ces voyages (réellement comme virtuellement).
    Le transfert que je propose est celui-ci, transformer la masse monétaire liée à  la sédentarisation, en une capacité à  se projeter sur l’ensemble de la planète. Personnellement une entreprise qui me proposera de voyager librement dans le monde en échange de mes vacances d’été, c’est le rêve. Je voyage, je m’enrichis et je profite de cette excitation pour développer ma vision et enrichir mon projet. Je troque mes 35 heures et j’échange mon emploi du temps contre un emploi de l’espace.
    Le nomade par sa capacité à  analyser et à  partager, je le rêve plus comme un catalyseur (pour sa qualité de concentration) qu’un digitaliseur (pour sa richesse d’exposition).
    Je l’avoue, ma proposition est simpliste, elle en garde donc l’essence.

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    @George : Tim Ferris que je cite ici a mis tout cela en oeuvre et le raconte dans “la semaine de quatre heures”. A mon avis pas encore si simple que ça mais sait on jamais..

  • George

    Merci de cette recommandation