Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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On fait mieux son travail en discutant

October 28th, 2008 · View Comments · Communication, Entreprise, organisation et management, Information / Connaissances, Pratiques / Outils collaboratifs

Le web 2.0 est discussions. L’entreprise 2.0 propose de donner de la valeur aux conversations. Oui mais voilà, on paie les gens pour travailler et surtout pas pour discuter et le simple fait de mentionner le mot dans une discussion réveille le Taylor qui sommeille dans tout manager.

Pourrait on ne serait-ce qu’envisager que discuter peut aider à mieux faire son travail ? Pas question mon bon monsieur. Je vous explique. Chacun sait ce qu’il a à faire, une fois qu’il l’a fait il passe le “bébé” au suivant qui fait lui aussi son travail et ainsi de suite, suivant un processus d’une logique et d’une rationalité implacable. A part “j’ai fini mon job, à toi de faire de tien” qui tiens plus de l’ordre que la discussion, les autres échanges sont inutiles et constituent donc une perte de temps réelle et préjudiciable.

Mais en sommes nous si surs ?

Il y a quelques temps de cela déjà, Louis Schweitzer ouvrait la boite de Pandore en reconnaissant que la communication purement “utilitaire” n’était pas suffisante, que pour réussir il fallait un petit plus.

Laissez moi vous conter une petite histoire qui m’est arrivée dans une vie antérieure. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ou avec des scènes ayant lieu dans le bureau à coté du votre est bien évidemment fortuite.

Prenez une équipe de 6 personnes (un comité de direction en l’occurance) qui souffre de quelques problèmes d’efficacité. Tout le monde fait bien son boulot mais le résultat est de l’aveu même de ses membres un peu décevant.

Ce qui les amène donc à réaliser à leur grande surprise que la somme de travaux individuels de qualité peut ne pas donner un résultat global satisfaisant. Ce qui les amène même à réflechir à la manière dont ils font travailler leurs équipes. Mais charité bien ordonnée commençant par soi-même, la priorité est donnée au comité de direction.

Problématique  : on a bien rationalisé les taches de chacun de manière à perdre un minimum de temps et éviter toutes les palabres et autres réunions inutiles. Comment peut on mieux faire ? Tout est “optimisé”.

Réponse : “trop optimisé peut être ?. Et si au contraire vous échangiez plus ?”

Réflexe conditionné : “ah non pas de blabla : on veut de l’efficacité et des résultats”.

Et ensuite…

• Vous allez au magasin du coin et vous achetez de quoi faire un cerf-volant. Papier, baguettes de bois, colle, ficelle… une simple recherche sur google vous permet d’avoir de quoi bricoler quelque chose de minimaliste.

• Vous demandez à vos nouveaux amis de se répartir en 3 groupes de deux.

• Vous demandez à chaque groupe de concevoir un guide de fabrication d’un cerf-volant (très basique) en fonction du matériel que vous aurez mis à disposition. Chaque groupe est en général très satisfait du travail produit.

• Chaque groupe transmet alors son guide au groupe voisin. Et chaque groupe construit alors un cerf-volant en fonction du guide qu’il a entre les mains. En tendant un peu l’oreille, vous remarquerez qu’ils trouvent en général le travail de leurs collègues très peu clair, perfectible…bien loin de l’excellent travail qu’ils ont réalisé eux.

• Une fois les cerf volants réalisés, chaque groupe donne le résultat de son travail au groupe suivant (donc pas celui a qui fait le plan). Et maintenant on sors sur le parking  et on essaie de faire voler tout cela. Inutile de s’attendre à des miracles, et le but n’est d’ailleurs pas ici d’avoir quelque chose qui vole…mais très souvent on entendra “ça ne vole pas parce que ça a été mal monté”.

Moralité:

• Chacun fait bien son travail mais au final rien ne marche

• lorsqu’on remet tout le monde autour d’une table pour recueillir leurs impressions et savoir ce qu’il aurait fallu faire pour obtenir un meilleur résultat on a “il aurait fallu qu’on puisse expliquer, qu’on donne des éléments de feedback, qu’on puisse améliorer au vu des retours des autres, qu’on détaille certaines choses, qu’on dise ce qu’on entendait exactement par les actions décrites dans le guide…en fait il fallait simplement se parler au lieu de faire passer des infos”.

Conclusion :

• Transmettre l’information “utilitaire” est important, mais la discussion permet de mieux l’exploiter

• Sans discussion entre toutes les parties prenantes et en considérant chaque groupe comme totalement indépendant des autres dans l’atteinte de ses résultats, on peut donner des satisfecit à chacun alors que le but final, le seul au regard duquel on doit évaluer le travail, n’est pas atteint.

Pour la petite histoire le groupe en question a décidé de multiplier les échanges informels en son sein et de faire en sorte que chacun ait dorénavant plus de visibilité sur ce que faisaient les autres. Et de ne plus seulement parler de “quoi” mais également de “pourquoi” et de “comment”.

Pour l’anecdote c’est à cette occasion, quelques semaines après avoir ouvert un blog pour voir à quoi ça ressemblait, que je me suis dit que les outils web 2.0 avaient certainement un avenir en termes d’organisation et de management.

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  • @Franck : article intéressant, surtout que le journaliste a su prendre un peu de recul.

    Bon sérieusement, il y a réseaux et réseux :
    • Réseaux internes : utiles si mis au service d'une vraie logique business.
    • Réseaux 'externes' : j'ai du mal de voir l'intérêt de se servir de facebook au boulot. Linkedin oui.. Plus globalement tout ce qui m'aide à obtenir des informations à valeur business (donc pas seulement les réseaux). Les collaborateurs ne se servent pas des bons ? Peut être faudrait il leur apprendre. Passé un certain niveau de responsabilité et / ou dans certaines activités c'est indispensable.
  • franck
    Un article intéressant de 01.Net pour compléter :
    "Les managers français ne veulent pas de réseaux sociaux" :
    http://www.01net.com/editorial/394430/les-manag...
  • Excellent ;-)
    Ce qui me rappelle l'exercice hérité de l'expérience de la Nasa : Votre vaisseau s'écrase sur la lune, et vous devez décider, sur la base d'un inventaire, quels sont les 10 objets principaux que vous devez emporter pour avoir une chance de rallier la base lunaire à 200 km à pied...
    L'exercice se fait seul, puis par petits groupes (5 par ex), puis en commun (20 personnes par ex).
    Le plus amusant est que si vous êtes très content de votre liste personnelle, elle se trouve nettement modifiée par le petit groupe, et encore plus en grand groupe constitué...
    Ce type d'exercice amène à réaliser à quel point l'échange est critique, qu'il s'agisse de préparer quelque chose (un projet, une présentation,...) ou de prendre des décisions. Après cette expérience, on ne fonctionne plus pareil...
  • raydacteur
    (Raconte encore des histoires, Tonton Bertrand).

    Ce qui est aussi symptomatique, c'est que -tout brillants cerveaux qu'ils soient, et je n'en doute pas- ils aient eu besoin d'avoir le cerf volant entre les mains pour *constater* qu'il leur manquait quelque chose d'essentiel.
    Comme si ça ne pouvait pas se concevoir, mais seulement se ressentir ...

    Bon j'ai les mêmes à la maison. Ils pensent que toute discussion est perte de temps. Même quand ils ont *vu* que ça marchait, ils ne l'ont pas intégré.
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