Tout le monde s’accorde pour dire que l’heure est venue de reconstruire une sorte de nouvel ordre économique, les dérives du système financier ayant amené les conséquences que l’on sait. Mais cela amène souvent à  occulter ce que je considère comme étant une défaillance du management. Alors, comme dans l’histoire de la poule et de l’œuf difficile de dire qui de l’économique ou du management a commencé mais force est de reconnaitre qu’ils se sont joyeusement entraidés.

J’écrivais il y a peu que la logique sans bon sens menait à  la catastrophe et je m’inquiétais des entreprises n’ayant qu’une demi-stratégie c’est à  dire recherchant en exclusivité l’exploitation du moment présent sans jamais penser à  utiliser leurs ressources pour également préparer l’avenir. Ce qui, pour en donner une représentation imagée, amène à  promettre une performance linéaire voire exponentielle alors qu’il s’agit davantage d’une courbe connaissant une limite haute.

Il y a quelques temps mon opinion était confirmée par une note de Jon Husband qui attirait mon attention sur une interview d’Henry Mintzberg où celui disait qu’il s’agissait plus d’une crise de management qu’une crise économique, position que je partage en partie. J’en ressors que :

L’obsession du court terme en matière de performance réduit de manière globale l’horizon de pensée de tous les acteur : managers, collaborateurs mais également investisseurs et tous les acteurs de la chaine économique. L’humain est par définition irrationnel, nul besoin de le faire évoluer dans un modèle qui l’amène à  se tirer une balle dans le pied pour réussir le dimanche alors qu’on veut qu’il courre encore plus vite le lundi.

L’incompréhension des interdépendances. On s’entête à  rester dans le modèle poussiéreux qui veux qu’on considère chaque acteur de l’entreprise et du monde économique comme œuvrant et étant évaluable en tant qu’entité isolée alors que sa performance est en grande partie impactée par celle des autres. On en revient au changement de paradigme nécessaire entre le maximum local et l’optimal local cher à  Goldratt et qui est plus que jamais d’actualité.

Ce constat lorsque l’entreprise sait en tirer les conséquences débouche sur ce que Mintzberg appelle le community-ship. En matière de culture, de management, cela amène à  faire en sorte qu’au sein de l’entreprise chacun soit attentif à  l’autre, à  ce qu’il fait. Et les licenciements préventifs, comme il le signale, qui ont lieu avant même que l’entreprise soit en difficulté détruisent ce « community-ship », transformant l’organisation en un monde ou chacun devient concurrent et voit l’autre comme un ennemi. Et ça ça a un réeel impact sur la capacité de l’entreprise à  rester performante. De manière générale, l’entreprise obère sa capacité à  réussir demain pour tenir ses promesses aujourd’hui. L’entreprise d’aujourd’hui élève des Pyrrhus, mais peu importe puisque chacun espère être ailleurs lorsque la bombe explosera. Ce qui ramène encore au court-terme.

Pour citer Mintzberg

« The American economy is dreadfully weak and the famous American management is absolutely dysfunctional now with the whole emphasis on leadership, on short-termism. Management is dreadful and I would not recommend to anybody anywhere in the World that they copy the style of management and leadership that has become popular. »

La déconnexion entre le management et le réel. La réalité des Hommes et de leur quotidien est méconnue au profit des chiffres qui s’ils sont nécessaires ne sont pas tout et ne donnent en tout cas qu’une vision limitée de la réalité. En regardant une courbe on croit qu’elle peut toujours suivre la même trajectoire alors que les hommes qui la font avancer sont au bout de leurs limites ou de ce que l’organisation leur permet de faire.

Donc plus qu’un nouveau système économique, c’est, comme le dit Umair Haique à  qui on ne peut enlever une certaine connaissance du monde des affaires, c’est toute une manière de faire du business, donc de gérer les entreprises et les hommes qui est à  inventer.

Peut être pas si utopique que ça. L’ONU a choisi Bordeaux Ecole de Management pour lancer la « Globally Responsible Leadership Initiative ». Reste à  espérer que les principes de la responsabilité globale ne se limitent pas à  l’environnement mais s’appliquent également à  la manière dont les acteurs du monde économique, entreprises, investisseurs, intéragissent avec leur écosystème afin que management durable rime avec performance durable. De son coté HEC crée une chaire « social business« . On avance.

Bizaremment tout cela a comme un vague goût de valeurs 2.0 appliquées au management et à  la gouvernance d’entreprise.