Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Investissement ou consommation ? Un air de déjà vu

February 19th, 2009 · View Comments · Entreprise, organisation et management, économie

Dans de nombreux pays le débat fait rage afin de savoir si la politique de relance la plus adaptée est une politique de relance de la consommation ou de l’investissement.

Cela relève de deux logiques différentes : dans un cas on essaie de limiter les effets de la crise et leur impact sur les ménages (et par ricochet sur les entreprises), dans l’autre en essaie de bâtir les fondations d’une reprise pérenne en permettant aux entreprises de préparer l’avenir.

Logiquement quand les gens et les entreprises souffrent on calme la douleur. Mais cela empêche de s’attaquer au mal profond. Si on s’attaque au mal cela prend plus de temps, on se ménage des lendemains plus agréables et sur des bases plus solides, mais l’effet se fait sentir plus tard, et en attendant on a mal.

Il n’y a pas de miracle possible. Dans un monde idéal on prépare l’avenir quand tout va bien et ça laisse des moyens pour calmer des douleurs éventuelles lorsqu’elles apparaissent. Dans le monde réél on ne touche à rien quand ça va bien (évidemment puisque tout va bien) en refusant de voir les limites éventuelles, et lorsqu’on les atteint on n’a plus qu’à panser un grand nombre de douleurs, ce qui ne laisse plus les moyens de penser long terme.

Ca n’est pas sans rappeler ce qu’on voit en permanence dans l’entreprise. Une obsession du court terme qui incite à rechercher le miracle local lorsqu’une approche plus globale devrait être mise en œuvre. A ne regarder que le bout de son nez on ne peut que subir sans anticiper, panser sans combattre le mal.

Critiquer les Hommes serait toutefois trop simple : s’ils agissent ainsi c’est qu’ils ne peuvent faire autrement parce que la nature même de ce qu’on leur demande revient à privilégier l’instantané au détriment des problèmes de fond. On réagit davantage qu’on anticipe, faute de moyens, ceux qui sont utilisés à un moment pour l’un n’étant plus disponibles plus tard pour l’autre. Spirale sans fin où on souffre dans les mauvaises périodes sans avoir le temps ou les moyens (voie la volonté) de s’attaquer aux causes profondes de maux récurrents lorsque tout va bien.

A force d’être à contre-temps on créée un mouvement de yoyo que nos économies connaissent depuis que le monde est monde. C’est ce qu’on appelle des cycles. La bonne nouvelle c’est qu’un cycle négatif finit toujours pas finir. La mauvaise c’est qu’il en va de même pour les cycles positifs.

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  • @Phyreso : tu soulèves également un point que je n'ai pas traité pour ne pas faire trop long.
    Je le mentionnais ici (http://www.duperrin.com/2009/02/11/des-dirigean...) : faire le dos rond en attendant que ça passe et que ça revienne à la normale parce qu'il en a toujours été ainsi n'est guère rassurant.
    On en revient à l'importance de l'analyse de la cause. On en reparlera mais je pense que la sortie sera plus étalée que par le passé. A mon sens c'est davantage une crise de business model et une mutation profonde de la nature de l'activité économique qu'un simple problème de crédit.
    J'ai mis la main sur quelques chiffres intéressants hier, il faudra que je traite ça un de ces jours.
  • La bonne nouvelle c’est qu’un cycle négatif finit toujours pas finir

    Une belle confiance dans l'avenir et le côté continue et prédictible de l'histoire. "Il y a eu un certains nombre de crises et on est revenu à la croissance, alors forcemment cela sera pareil cette fois-ci".

    Cela me fait penser à l'oie qui ayant remarqué que tout les matin elle est nourrie, ce dit le soir en ayant un peu faim, "demain je serais surement nourrie". Sauf que ce lendemain la on l'emmenait à l'abatoire.

    Et si le systeme ne se remettait pas de cette dépression, et si comme le dit le Nobel Stiglitz :

    "Lors des récessions précédentes, le débat typique entre experts était de décider s'il s'agissait d'une récession en forme de V (c'est à dire dure mais courte) ou en U (c'est à dire moins grave mais longue). Aujourd'hui, l'économie est entrée dans une récession qui se décrirait plutôt en forme de L. Elle est tombée bien bas, et va probablement rester à cette place encore longtemps ..."

    Pour aller plus loin dans la typologie des crises, voir le document de Paul Jorion : http://www.pauljorion.com/blog/wp-content/uploa...
  • Je pense que le manque de moyens vient du contre temps : quand tu as joué les pompiers tu utilises l'accalmie pour te refaire une santé car tu n'as pas la force d'investir. Et rebelotte...

    Sur un sujet proche j'ai vu dans la Harvard Business Review de Janvier que lors de la reprise les entreprises, pour rattraper ce qui n'a pas été fait fait en période de crise où on coupe les budgets à l'emporte pièce, étaient obligées de dépenser beaucoup plus que ce qu'elles avaient économisé en procédant ainsi.

    A méditer également.
  • Franck
    tout à fait d'accord pour ce constat sur la "nature humaine" mais il me semble que c'est là un des fondements du contrat social: dépasser les limites de la nature humaine...
    ou pour dire moins philosophiquement, n'est-ce pas dans la mission des représentants de communautés/groupes/sociétés/(entreprise?) de prendre du recul sur la vision court-termiste pour anticiper?
    ils le font pourtant, mais les moyens affectés spécifiquement à cette anticipation sont beaucoup plus limités que ceux affectés à la réaction... et le discours est tellement moins porteur auprès de ceux qu'ils représentent ;-)
    bref, un problème de culture des représentants... et des représentés!
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