L’efficacité d’un système compte plus que le ROI d’une application entreprise 2.0

Avant tout était simple. A la question “quel ROI ?” on répondait ainsi :”aujourd’hui vous traitez ce type d’opération avec 100 personnes armées d’une calculatrice et d’un bloc de papier, cela prend une semaine et le risque d’erreur est important. Grâce à notre solution une seule personne entre les données et les calculs sont opérés en une poignée de secondes”. Démonstration imparable même si elle n’a pas toujours tenu ses promesses.

Aujourd’hui, dans le contexte des outils sociaux, même si un consensus existe sur le principe, trouver la formule qui transforme l’apport d’un outil en modèle mathématique est loin d’être évident. La difficulté est évidente à exprimer : on ne parle pas d’outils qui font des choses préétablies mais d’outils qui permettent aux collaborateurs d’être efficaces dès lors que leurs tâches les amènent à sortir d’un schéma d’actions définies et répétées à l’infini dans un périmètre humain lui aussi défini.

Bref on sait très bien définir le ROI d’une application qui fait des choses définies et prévisibles, pas de celles qui permettent aux individus d’être performants face à des situations qui ne sont ni définies ni prévisibles. On doit faire évoluer notre modèle de raisonnement d’une “doer application” à une “enabler application”.

Avant d’aller plus loin regardez cette vidéo. Le ROI de la machine et la performance de l’individu y sont facilement calculables. Et demandez vous si cela ressemble à votre quotidien.

Ceci fait, il importe donc de se poser la question de mesurer ce qui compte.

On suit par habitude une logique qui veut que tout soit évalué individuellement : chaque individu, chaque machine, chaque outil. Mode de pensée hérité d’une époque où c’était logique, cohérent de procéder ainsi comme nous l’a montré la vidéo. Mais ayons bien en tête que cela suppose qu’aucun des éléments mesurés n’intéragisse avec aucun autre, ce qui ne correspond plus trop à la réalité du travail aujourd’hui. Cela n’est pas facile à admettre, est relativement inconfortable par rapport à ce que nous avons appris tout au long de nos études et de notre carrière mais nous raisonnons d’une manière peu appropriée à ce que l’on mesure. En effet une grande quantité d’éléments qui intéragissent entre eux, parfois de manière non prévisible, ne se mesure pas en additionnant les éléments les uns aux autres mais est sont système qu’il s’agit d’appréhender en tant que tel.

Le logiciel étant une partie du système il est à la fois vain et trompeur de chercher à évaluer son ROI hors du système. D’autant plus que, et j’ai maintes fois abordé la question ici, qu’il a été démontré par l’exemple que l’outil de délivre pas les mêmes résultats selon le contexte dans lequel il est utilisé, le mode de management en vigueur.

Bref, si on admet qu’un système est composé d’individus, d’informations, d’un mode opératoire et d’outils, aucun de ces éléments seuls ne peut être mesuré ou évalué en tant que tel : c’est la performance du système qu’il faut mesurer.

Votre système doit il produire des idées ? Mesurez le nombre d’idées, leur pertinence, le temps d’incubation. Et la valeur créée par leur mise en oeuvre.

Votre système doit il produire de la performance commerciale ? Mesurez l’augmentation des ventes, la rétention des clients, le cross-selling et l’upselling.

Et ainsi de suite.

Il faut bien garder en tête que le calcul ne soit plus porter sur tel individu, tel mode opératoire, tel outil pris indépendamment. Il s’agit du ROI d’un système impliquant des individus, avec tel mode opératoire et utilisant tels outils. Considérez le comme une boite noire si vous voulez, mais l’idée est de prendre en compte ce qui y rentre (coûts globaux) et ce qui en sort. Et pas de mesurer ce qui se passe à l’intérieur car l’exercice sera soit impossible soit amènera un résultat erroné pour les raisons que nous avons évoqué plus haut.

Sachant que nous entrons dans l’ère de l’organisation reconfigurable, orientée service, il est donc essentiel d’adopter des modes de raisonnent dynamiques, adaptés à la réalité de ce qu’on mesure.

Un dernier point. Lorsque vous chercherez à optimiser votre système, ne faites pas l’erreur de vous y attaquer point par point, acteur par acteur. En voulant optimiser l’action d’un des éléments du système vous risquez fort de détruire ce que vous avez construit : dans une telle approche l’amélioration de la performance du système passe par la suppression de ses contraintes, pas par l’ajout de contraintes nouvelles. Supprimer les barrières à l’efficacité (qui ne peut être que collective et plus individuelle) plutôt qu’ajouter des règles à n’en plus finir.

Le ROI des outils 2.0 n’est pas une notion pertinente. Le ROI de systèmes les utilisant oui. Ne pensez donc pas les outils indépendamment de leur contexte et cadre d’utilisation. Mesurez le système plutôt que l’application qui le supporte.

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  • https://www.twitter.com/gsempe gsempe

    Habile vulgarisation du changement du monde qui nous entoure. Brillant.

  • http://barthox.wordpress.com Barthox

    Effectivement brilliant (j’aurais envie de dire “comme d’habitude!”)

    J’ai toutefois une question ‘pratique’

    Vous dites “c’est la performance du système qu’il faut mesurer.” J’approuve tant cela semble évident … mais mesurer c’est bien, agir au vu des resultats c’est mieux … donc que doit-on faire en cas de ROI en dessous des attentes?

    En effet, vu que c’est le système que l’on a mesuré, on n’a aucune idée du ou des rouage(s) qui a (ont) grippé la machine. Car à mon sens, ce n’est pas parce que le ROI du système est mauvais que c’est le système tout entier qui est mauvais, il se peut très bien (voire il est même problable) que le mauvais résultat soit du à un ou deux composant(s) du sytème qui ne fonctionne(nt) pas comme prévu.

    cela devrait dire qu’il faudrait alors quand même mesurer les output des divers éléments du système … ce qui est contraire à l’idée de base …

  • Fc2L

    Très bon billet, mais je le trouve plein de contradictions.
    Dire qu’il faut s’intéresser au rendu du système dans son intégralité revient à concevoir le système comme complexe. Et donc à concevoir l’organisation comme un cadre permettant les interactions qui viennent ajouter la valeur qui manque lorsqu’on dit que la valeur d’un tout est supérieure à la somme des éléments qui le composent. Je reconnais bien là l’approche du management 2.0.

    Cependant, l’ère de l’organisation reconfigurable, la SOO, amène l’idée d’une segmentarisation du système en plusieurs systèmes mesurables indépendamment, et se facturant donc leurs services… Cela va à l’encontre de la théorie des coûts de transactions (Williamson etc…)

    Votre approche, même si je lui consens un certain pragmatisme dans son sens du compromis entre les théories, est très difficile à cerner. A quel niveau placer les “boites noires” ? Quels éléments du systèmes peuvent être considérés comme suffisamment indépendant du système pour qu’on puisse les isoler des interactions globales et les mesurer pour les challenger ?

    J’attends vos prochains billets avec impatience ^^

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    Je n’ai pas le temps de trop creuser les réponses…mais en bref :
    @FC2L : effectivement…tout n’est pas encore complétement calé… c’est l’intérêt d’un blog de formaliser ses idées et d’avoir le retour des autres. Un jour où j’avais commencé à réflechir à la notion de facturation, un ami comptable m’a répondu “trop complexe, on va finir par mettre des clés de répartition sur les individus comme sur d’autres types d’investissements et ce sera bien plus pratique”. Pourquoi pas. En tout cas toutes les idées sont bonnes car je suis convaincu d’une chose c’est que nous allons devoir construire et inventer des choses qui n’existent pas encore. Alors si tu as quelque chose sous la main je le prend avec plaisir.

    @Barthox : en cas de ROI inférieur…c’est un sujet que je vais traiter plus tard. Sois donc patient ;-) Une petite piste : faut il mesurer les outputs ou identifier les élements bloquants qui impactent l’ensemble du système ? Ses contraintes en quelques sorte ? Un élément en tant que tel peut avoir un output faible sans pour autant être le problème qui lui peut se situer en amont, en aval, et limiter l’output en question. Plus généralement, si tu parles d’un système composé essentiellement d’individus tu te rendras compte que lorsqu’une personne produit peu c’est rarement de son fait mais c’est la conséquence d’autre chose. Je me rappelle quelqu’un qui me disait, “dans mes équipes je ne regarde pas d’abord celui qui a les moins bons résultats mais celui qui est débordé…c’est souvent lui qui freine l’ensemble du groupe, surtout s’il a une position centrale dans le groupe ou est seul en “frontal” chez le client.

  • http://barthox.wordpress.com Barthox

    @Bertrand

    bon ca va, je vais mettre mon mal en patience ;)

    Ceci dit, je n’ai pas voulu dire qu’il fallait sanctionner l’élément à faible output. Je suis d’accord avec toi, il faut évidemment chercher la raison pour laquelle cet output est faible!

    • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

      @barthox. Il se peut qu’il faille sanctionner. L’incompétence ça existe. Le dilétantisme aussi. Mais dans la majorité des cas il vaut mieux chercher à “élever” sa capacité….

  • http://barthox.wordpress.com Barthox

    @Bertrand. Evidemment!

  • la pinta

    Sujet de réflexion connexe : Les outils sociaux, les équipes projets transverses, les hiérarchies plates, les structures matricielles, la collaboration avec des ressources externes à l’entreprise, les périmètres de missions fluctuants et poreux … mais des définitions de poste figées, des évaluations individuelles des collaborateurs qui prennent en compte le “quoi” sans s’attacher au “comment”, des évaluateurs uniquement hiérarchiques et des référentiels métiers dépassés…

  • http://www.talentpower.org David de Talentpower

    Une dimension me semble manquer dans le regard que l’on porte sur les applications d’entreprise 2.0. Celle de ce que j’appelle le Retour Sur Implication des participants à ces applications. En effet “on” est 1) dans un cas d’usages basés uniquement sur leurs contributions 2) que l’on est dans une dynamique boule de neige de apprentissage-propagation des usages.
    Une sorte d’efficacité sociale dirons nous.

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    @David : je suis d’accord mais, jusqu’à preuve du contraire, j’ai tendance à penser que le retour sur implication est le “2e effet kiss cool” d’un retour davantage axé sur le business pur qui déclenche l’effet boule de neige. C’est la grande différence entre le 2.0 grand public et le 2.0 en entreprise.

  • http://www.talentpower.org David de Talentpower

    eh bien je pense que c’est plutôt d’importance égale. Et que oui d’une certaine manière c’est ce qui fait différence avec le 2.0 grand public.

    Les fameux retour sur investissements sont indispensables comme valorisation économique dans une organisation qui doit etre performante économiquement. Ils sont même importants comme des rites quasi-tribaux. Mais ils ne font pas forcément de sens (et de la reconnaissance) pour ceux qui font ou qui utilisent les solutions… sans parler qu’un ROI c’est parfois aussi abstrait qu’une feuille xls et qu’en plus une fois calculé tout le monde n’y croit pas forcément !

  • http://www.duperrin.com Bertrand DUPERRIN

    Ben oui…justement tu peux avoir un super ROI virtuel au niveau de l’outil sans que le système ne le transforme en output valorisable et un système qui fonctionne bien avec des outils médiocres.

    Mais si on veut mesurer quelque chose de concrêt qui nous changera de la vieille feuille xl aux promesses jamais tenues il n’y a que l’output global qui tienne la route. Avec un ROI “local” on prend des décisions sur des données erronnées.