Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
Bloc-Notes de Bertrand Duperrin header image 2

L’identité numérique : un truc de vieux ?

April 23rd, 2009 · View Comments · Blogosphère, Recrutement, Ressources Humaines, Social Networking, Social computing

Lors du dernier YouOnTheWeb avait lieu un concours destiné à récompenser des étudiants ayant réussi à bien développer leur identité numérique. Ce qui, vu du coté employeur, signifie qu’il doit se dégager, au travers de leur présence numérique, une certaine capacité à être pertinent sur une problématique précise.

Pour ce faire des problématiques avaient été soumises par des entreprises partenaires de l’événement afin de partir d’hypothèses rééllement crédibles. Et des étudiants avaient donc candidaté pour chacune d’entre elles. Je faisais donc partie d’un jury destiné à évaluer comment l’identité numérique développée par quelques étudiants pouvait les rendre pertinents sur une problématique de transfert de connaissances intergénérationnelle et d’animation de communauté.

Avant d’aller plus loin, n’oublions pas le postulat de base : nous avons affaire aux premiers “exemplaire” d’une génération hyper connectée, qui partage tout en ligne, et qui développe de manière naturelle énormément d’intéractions avec son écosystème.

Voyons donc ce que cela donne.

Coté factuel, pas grand chose à se mettre sous la dent. Coté blogs pas grand chose qui laisse transparaitre quoi que ce soit d’exceptionnel, et pas grand chose en rapport avec le sujet, à une exception près. Coté réseaux sociaux professionnels, cela va de l’absence totale à une “connectivité” plus qu’embryonnaire. 3 contacts ici, 5 là. Finalement le pompon a été décroché par celui qui, s’il ne démontrait pas de réflexion particulière sur le sujet a intéressé le jury en étant l’initiateur et l’animateur d’un site communautaire, à vocation totalement extra professionnelle soit, mais qui démontre de l’intérêt, quelques prédispositions naturelles et en quelque sorte la preuve par l’exemple.

Passons, là n’est finalement pas la question. Je me suis posé la question de savoir ce que nous attendions vraiment et j’en ai parlé à des personnes membres d’autres jurys afin de voir si le phénomène était général. En effet on peut se dire que vu le sujet, c’était peut être un peu trop avancé pour un étudiant même si je demeure certain que certains doivent avoir une réflexion sur le sujet.

Vu le nombre de blogueurs experts présents, des personnes qui dans leur domaine d’expertise ont su se constituer un réseau et une réputation solide au fil du temps, ça n’a pas été difficile d’avoir quelque chose de pertinent sur la question. De notre propre avis, dans les premiers temps nos blogs n’étaient, comment dire…pas forcément géniaux. Et encore, et c’est un second point notable, nous avons tous démarré avec 3, 5, 10, 15 ans d’expérience professionnelle derrière nous. Ca aide pour être un peu sur de soi et pour avoir une réflexion sur ce qu’il faudrait faire changer. Et même malgré cela, les premiers temps ont toujours été difficiles.

Ce qui expliquerait certaines attitudes (ou non attitudes) qui signifieraient simplement “mais je n’ai à rien à dire alors pourquoi en parler”. D’accord vous pourrez me citer des dizaines de bons blogs tenus par des étudiants passionnés, qui démontrent un vrai intérêt et une vraie connaissance de leur métier, de leur secteur d’activité. J’en connais également qui ont su bien développer leur réseau au fil de leurs stages, des renconres qu’ils ont pu faire, et commencent à en tirer le plus grand bénéfice avant même la fin de leur cursus. Mais par rapport au postulat de départ énoncé au début de cette note c’est un peu limité quand même non ?

Ce qui m’inspire cette double réflexion à l’égard des recruteurs et des étudiants.

Pour les étudiants je commencerai pas dire que ça n’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il ne faut pas prendre sa place. Même a minima. Un espace numérique où on vous trouvera si on vous cherche. Et où les informations disponibles sur vous seront celles que vous aurez désiré mettre en valeur. Ensuite faites grandir cet espace au fur et à mesure que vous avancerez. Pas besoin de chercher “la” grande idée : un simple rapport d’étonnement permanent peu avoir beaucoup de valeur et faire naitre, chez vous, une vocation sur un sujet précis. A minima donc un blog et une présence indispensable sur linkedIn et Viadeo : même a 22 ans on a un réseau : collègues rencontrés en stage, camarades de promo, professeurs, autres blogueurs rencontrés… N’oubliez pas que c’est ce réseau qui peut penser à vous lorsqu’un de leur contact leur demande “dis, tu ne connais pas un profil comme ça….” (expérience vécue personnellement il y a peu…ce qui m’a permis de recommander l’étudiant idéal pour le poste).

Coté recruteur ne vous attendez pas, ou rarement, à trouver le mouton à 5 pattes : le recul d’une personne expérimentée et des solutions à la pelle à tous vos problèmes. Sur ce genre de profil il faut également apprendre à lire entre les lignes et détecter une ouverture d’esprit, un intérêt, un potentiel. Après tout vous cherchez un jeune diplômé. N’ayez pas à l’esprit les “blogs référents” sur le sujet en question : s’ils ont plus de contenus et de matière, de recul, c’est justement en général parce que ce ne sont pas des jeunes diplomés.

La réputation et l’identité numérique ne sont donc pas réservés à eux qui ont assez d’expérience pour avoir des choses à dire. On les travaille avec le temps, on les alimente au fur et à mesure que l’expérience grandit. En contrepartie il faut bien être conscient de ce qu’on peut s’attendre à trouver en fonction de ce qu’on cherche.

Deux autres remarques pour terminer :

• On note attentisme flagrant des étudiants sur la question, qui n’ont pas conscience qu’ils peuvent tenir un propos professionnel de qualité ni que leur CV ne suffit que très rarement à être différenciant à la sortie de l’école.

• La question ici était, devant une candidature, d’évaluer la réputation numérique du candidat. On peut également se dire que le vrai enjeu est d’être identifiable par ceux qui cherchent “quelqu’un qui” sans avoir de nom en tête, sans savoir que vous existez. A méditer…

Partagez cet article avec votre réseau:
  • Twitter
  • FriendFeed
  • Diigo
  • del.icio.us
  • Digg
  • Facebook
  • LinkedIn
  • Tumblr
  • Posterous
  • Netvibes
  • Identi.ca
  • Google Bookmarks
  • Print
  • Wikio FR
  • PDF
  • email
Tags: , , , ,

Articles sur le même sujet

Tags: ····

  • Heurtault
    Ce n'est pas un truc de vieux... c'est plutôt la démocratisation d'un problème qui était auparavant réservé aux stars. Nous sommes maintenant tous égaux. Nous avons tous besoin de protéger notre vie privée. C'est beau l'ascenseur social grâce au numérique :-)
  • La gestion de son identité numérique est effectivement importante mais pire qu'une mauvaise image, c'est de ne PAS avoir d'image du tout (CF ta connaissance qui ne veut mettre aucun contenu sur le web)

    D'autre part, je pense que le microblogging, du type twitter, peut être une alternative qui permettrait de généraliser facilement la démarche dans le sens où cela impose bien moins de contraintes rédactionnelles que la publication d'un article sur un blog.

    Enfin dernier point, on parle bcp de l'importance d'avoir un blog, profils/en ligne, et que "le CV ne suffit que très rarement à être différenciant à la sortie de l’école", mais la grande majorité des recruteurs ne se basent encore que là dessus.

    Le jour où les recruteurs prendront réellement en compte les contenus/traces laissées par le candidat et sa capacité à Networker par ex, cela motivera aussi ces mêmes candidats à rentrer dans la démarche
  • @Bertrand : Good point, effectivement un homonyme peut vite gacher sa vie.

    Concernant les jeunes et leur identité, peut-être que le passage entre l'adolescence (je me cache derrière un pseudo) et l'age adulte (ce que je produis sur le net doit être sérieux dans une optique d'employabilité) fait la différence. Entre 16 et 22 ans il faut reconstruire son réseau pour devenir respectable sur le net, et la transition n'est pas simple.
  • Je suis en accord avec Bertrand, lorsqu'il dit qu'il faut être présent sur le net, mais aussi avec Renaud lorsqu'il écrit : «je ne suis pas convaincu de l’absolue nécessité d’être en ligne».

    Je souscrit à chacune des formules mais pour des raisons différentes... Nous devons être désormais présent sur le web... même avec des profils presque "vide" ne serait ce que dans un souci d'identité numérique et pour éviter en partie l'usurpation d'identité et les cas d'homonymie.
    Par contre, je ne sais pas si pour la personne qui suit des études de Tourneur-fraiseur il est important de gérer sa ereputation et donc de posséder une présence sur le net...

    Cela entraine une distinction d'ailleurs entre identité numérique et ereputation que plus grand monde met en avant ! Je prépare un billet sur le sujet ;-)

    Enfin, comme Renaud, je ne suis pas persuadé qu’un adolescent ait un avis moins intérresant qu’un professionnel. D'ailleurs, personnellement, j'aime bien rester en contact avec de «grands adolescents»... Ils n'ont pas l'esprit formaté comme nous pouvons l'avoir, il manque parfois de recul, mais n'oublions pas que ce sont leur manière d'être, de dire, de penser que nous retrouverons dans quelques années avec leur vécu en plus !

    Depuis, que je côtoie les blogs, c'est-à-dire plus de 5 ans, je n'ai de cesse de dénicher des blogs "atypiques", dont ceux des jeunes... et dans le passé, plus d'une fois je me suis fait piégé sur qui tenait tel ou tel blog, lorsque je cherchai à savoir qui écrivait ! C'est aussi cela le charme des blogs.

    Si je prends ma casquette d'enseignant dans le supérieur, je me suis aperçu d'une transformation radicale pour plusieurs de mes anciens étudiants du jour au lendemain ! Ce passage a lieu systématiquement lors de leur passage dans la vie professionnelle :-) Allez savoir pourquoi ;-) En effet, leur blog, site, usage des réseaux sociaux, etc. reste généralement "amateur" le temps qu'ils sont étudiants... Puis, tout à coup, on voit fleurir une présence (je parle toujours d'Ereputation) quelques mois après leur embauche. Je suis certain que les résultats du concours auraient été différent si le public concerné avait été celui des anciens étudiants lors de leur première année dans la vie active !
  • Le sujet est intérressant, d'autant plus que je semble être dans la cible des jeunes dont vous parlez. Je tiens un blog, j'ai un profil FB pour mes amis et ma famille avec des règles de privacy strictes, un profil Viadeo & LinkedIn rassemblant mes contacts pro. Effectivement la gestion de son identité numérique est complexe, il y a surement des erreurs glissées dans mes profils. Cependant, je ne suis pas convaincu de l'absolue nécessité d'être en ligne. Je pense qu'elle intervient lorsque nous commençons à semer des traces sur internet (forum, blog, commentaires...) afin de mettre de l'ordre et de la cohérence. A partir du moment où il n'y a aucune présence, pas besoin de construire son identité numérique. Par ailleurs, je ne suis pas persuadé qu'un adolescent ait un avis moins intérresant qu'un professionnel en fonction des thématiques (évidement la profondeur du discours sera moindre, so what ?). Enfin, la construction de la réflexion se fait aussi en écrivant, et la posibilité d'avoir un blog permet ce développement personnel (qui, en terme d'audience, pourra servir aux personnes moins avancées sur le sujet).
  • @Renayd : Détrompes toi Renaud. Je discutais dernièrement avec une personne d'un peu moins de 30 ans qui me disait "aucun risque, je ne laisse aucune trace en ligne, je ne veux pas exister sur le net, je tiens à totalement protéger ma vie privée.
    Effectivement, quand je tape son nom dans google rien ne sort sauf :
    - 123.people en seconde position avec aucun résultat pertinent mais qui peut induire les gens en erreur
    - son adresse et son numéro de téléphone perso en première position sur google avec http://annuaire.118000.fr .

    Pas génial non ? Limite contre productif.
  • Bonjour Bertrand,

    je partage tout à fait ton analyse sur le sujet,j'étais avec toi dans le jury et je constate la même chose sur notre site whyers.com. Je pense qu'il y a des enjeux de sensibilisation important. Cependant je commence à voir des profils intéressants.
  • Merci de cette application pratique de La vie privée, un problème de vieux cons ?. Il y aurait beaucoup à dire sur l'expérience que vous relatez. Mais comme vous, je remarques que bien souvent les plus jeunes, la génération Y, n'est pas très au fait du meilleur des outils et des techniques. Au contraire. Je ne suis pas sûr que le bon conseil soit d'exister en ligne, même si on n'a rien à dire. Finalement, si nous nous nous exprimons, c'est d'abord et avant tout parce que nous partons de nos expériences pour construire notre réflexion. Mais aurions-nous été capable à 18 ans, d'ouvrir un blog sur un sujet quelconque ? Avions-nous déjà une fibre, une réflexion, une expérience à affirmer et à construire ? Pas si sûr.

    "L'inconscience" (je met des guillemets) des plus jeunes quant à la non-gestion de leur identité numérique n'est pas liée qu'à "l'incompétence" et "l'inexpérience" (rien de négatif dans ces termes). Il y a aussi certainement un effet d'âge, un effet "adolescent"... Oui, vu ainsi, l'identité numérique est une problématique de vieux dont les plus jeunes n'ont pas nécessairement conscience car pas nécessairement besoin.
  • @Hubert : je disais justement qu'il n'est pas besoin de prendre la parole...prendre sa place peut suffir. Un profil même minimal sur linkedin par exemple. On ne peut empêcher les gens de nous chercher, reste au moins à tenter de maitriser ce qu'ils trouvent.
    La nature ayant horreur du vide je conseille d'éviter autant que possible de laisser les autres s'occuper de le remplir. Imagines que si je tape Hubert Guillaud dans Google je ne trouve que ce que les autres disent de toi ? En plus grâce à ta présence forte tu fais en sorte que l'éventuelle photo de soirée compromettante que quelqu'un pourrait publier se retrouve en 300e page sur google ;-)
blog comments powered by Disqus

Tag Cloud