J’étais totalement passé à  coté du sujet ces derniers temps, par manque de temps et, par conséquent, parce que n’ayant pu creuser la chose en profondeur je n’avais pu en saisir toutes les implications.

L’idée des monnaies virtuelles n’a absolument rien de nouveau et a pu prendre les formes les plus diverses : vous avez sans doute déjà  entendu parler des SEL en France. Nos voisins Suisses ont quant à  eux le WIR. Plus proche de nous, les habitués des mondes virtuels ont utilisé des Linden Dollars dans Second Life, les utilisateurs de twitters s’échangent des Twollars pour se remercier et, également, contribuer à  des œuvres caritatives. Encore plus proche, en France, le projet exploracoeur travaille sur la mise en place d’une monnaie de remerciement.

Un point commun à  toutes ces initiatives : elles visent à  permettre les échanges, via une monnaie de confiance, dans un contexte ou la monnaie légale est rare voire difficilement accessible. N’importe qui peut créer sa monnaie qui ne repose plus sur des richesses tangibles et matérielles mais sur la confiance et ce que ses utilisateurs ont à  se donner entre eux. Si je voulais employer des grands mots je dirai une monnaie non plus fondée sur l’argent mais sur la richesse des Hommes. Une monnaie indexée sur le capital humain et social. Pas si éloigné de la réalité, et correspondant en tout point à  des tendances et attentes sociales fortes de nos jours. En tout cas de nombreuses organisations, de l’association à  la grande entreprise en passant par des banques, mènent aujourd’hui des réflexions sur le sujet. Guère étonnant quant l’expérience montre que les monnaies libres sont l’alternative par excellence aux monnaies légales lorsque ces premières se raréfient alors même que la richesse (au sens large) que les uns et les autres peuvent échanger est toujours intacte.

A titre d’exemple je vous conseille ces deux vidéos de Jean-François Noubel sur l’avenir de la monnaie.


The Future of Money (Partie 1) – Jean-François Noubel – 8′ 21″ from ChristopheDucamp on Vimeo.


Future of Money (Partie 2) – Entretien à  Paris avec Jean-François Noubel from ChristopheDucamp on Vimeo.

Retenons bien une chose : nous sommes ammenés, dans un futur relativement proche, à  devoir composer avec une multitude de monnaies différentes. Qu’est ce que cela peut signifier pour les organisations ?

Ca n’est pas nouveau mais l’entreprise est confrontée en interne à  des challenges multiples que le contexte actuel rend encore plus difficiles à  traiter :

Maintenir le lien entre ses collaborateurs en une période pour le moins troublée

Renforcer le sentiment d’appartenance, le sentiment communautaire

Valoriser et récompenser l’investissement des collaborateurs sachant que le levier financier est quasiment inutilisable

A ces sujets connus de tous j’en ajouterai un autre : tracer la valeur créée par l’économie de l’intangible au sein de l’entreprise. Rappelons nous en effet qu’un obstacles majeurs à  l’adoption de modes de fonctionnement adaptés à  l’économie d’aujourd’hui est que l’entreprise est incapable de tracer et évaluer l’utilité des échanges et des intéractions informelles entre ses collaborateurs. Tout le monde sait intuitivement que travailler en réseau, que créer des structures provisoires, adhoc à  « haut niveau d’intéractions et de connectivité » est créateur de valeur. Mais, faute de pouvoir tracer aussi facilement ce mécanisme de création de valeur que sur une chaine de production industrielle, peu osent franchir le pas.

Quel rapport ?

La monnaie virtuelle tend à  offrir une alternative à  la situation actuelle très binaire : faire quelque chose qui est récompensé et donc valorisé ou le faire sans rien attendre. Bien sur une semi alternative existe dans la « félicitation » managériale mais elle se limite souvent à  un échange entre deux personnes et ne sert guère le collaborateur dans le futur.

Une monnaie virtuelle pourrait permettre aux collaborateurs de se remercier entre eux pour les actes « utiles » de la vie de bureau quotidienne. « Merci pour l’information », « merci pour la contribution à  un projet », « merci pour la mise en relation »…Intérêt : on reconstruit un système fondé sur la confiance et les rapports humains au service du travail. Au pire se crée un système ou les collaborateurs apprennent à  se dire merci et à  s’entraider. On a vu pire.

Second intérêt pour un DRH : la possibilité d’identifier ceux qui donnent et reçoivent, ceux qui prennent sans jamais donner…  des informations qui ne sont pas identifiables aujourd’hui et dont l’importance peut être tout sauf négligeable. Et d’identifier les personnes, souvent méconnues, qui sont au cœeur des échanges dans l’entreprise, ces « brokers » ignorés et sous-valorisés sans lesquels nombre de choses ne se passeraient pas.

Troisième intérêt : cela permet de véritablement mesurer la manière dont une plateforme interne « communautaire » contribue à  créer de la valeur. Ses utilisateurs pouvant, « au fil de l’eau », et en un clic « remercier » leur collègue pour une information, une contribution, il est ainsi plus aisé de pouvoir dire concrêtement « là  les utilisateurs trouvent de l’utilité, là  ce qui se passe se sert visiblement à  rien… » etc.

Restent deux questions en suspend. La première concerne le lien éventuel entre ces pratiques et la mise en place d’une plateforme communautaire type « entreprise 2.0 ». La seconde concerne les limites et facteurs clé de succès. On en reparlera dans des notes à  venir prochainement. De toute manière on a encore le temps même si je subodore qu’elles vont devenir d’actualité plus vite qu’on ne ne pense.