Beaucoup de choses sont dites sur l’entreprise 2.0, sur ce que c’est, ce que cela implique.  Avec une gradation très différente, selon les centres d’intérêt de chacun. D’un extrême à  l’autre on va d’une vision purement utilitaire (mettre de nouveaux outils à  disposition) à  un big bang culturel (nouvelle philosophie de l’organisation voire de l’économie, valeurs éminemment centrées sur l’humain).  Une extrémité du spectre rassure même si l’efficacité de la vision en question n’est pas démontrée à  mon avis, l’autre inquiète franchement l’entreprise. Sans qu’on puisse jamais affirmer qu’aucune soit spécialement pertinente ou inadéquate : il y a un brin de vrai partout que chacun trouve en fonction de sa sensibilité personnelle.

Tout cela n’aide pas vraiment les entreprises à  avancer, elles qui sont en quête de certitudes et de garanties. Qu’en est il vraiment dans les faits ? Que faut il croire, à  quoi doit on se raccrocher pour avancer ?

Il y a, pour moi, trois dimensions à  retenir dans l’immense diversité des discours sur le sujet. Libre à  chacun de les mélanger ou pas : elles peuvent s’appliquer de manière autonome ou conjointement.

Outils 2.0

Il s’agit d’utiliser des outils 2.0 dans le cadre du travail quotidien, sans changer grand chose au quotidien. Il m’arrive souvent de dire que c’est impossible. En fait tout dépend de l’objectif qu’on se donne. Si on en revient à  ce que j’écrivais ici, on est dans le cas de la production formalisée, classique. On enrichit le coté structuré et formel de l’utilisation des outils de BPM classiques par une captation d’élements informels, de contexte, qui donnent à  la fois davantage de visibilité au management pour le pilotage et enrichissent la base de connaissance collective. Un exemple type est le cas d’un directeur commercial qui demande à  ses équipes de documenter les causes de signature (ou non signature) d’un contrat, de raconter au fil de l’eau l’avancée des négociations avec un client. Si vous voulez savoir « qui, combien, quand » vous avez le CRM, pour le « quoi, pourquoi, comment » vous avez votre blog ou outil de réseau social. Ici on « socialise » un reporting qui aurait de toute manière du être fait, on en fait une composante obligatoire du process commercial et c’est tout.

Dans ce cas les outils 2.0 sont utilisée autours du process traditionnel, pour le compléter mais rien d’autre ne change. Ni en termes d’organisation, ni en termes de valeurs, ni au niveau humain. On peut donc être une entreprise 2.0 au sens « basique » du terme (utiliser les outils dans l’entreprise) tout en conservant toutes les caractéristiques d’un mode de travail « top down ». La preuve qu’entreprise 2.0 ne veut pas dire forcément entreprise plus humaine ou plus grande satisfaction des utilisateurs. On peut avoir des wikis et des blogs utilisés à  tous les étages et ne pas donner une once de considération à  ses employés.

Organisation 2.0

Dans le cas précédent il y a une réelle utilisation imposée des outils, des bénéfices, mais on est loin d’avoir atteint le plein potentiel de la chose. Il est clairement établi que pour tirer le meilleur à  la fois de son capital humain et des outils précédemment mentionnés il faut apprendre à  travailler différemment, s’organiser différemment. C’est ce que je qualifiais de partie « adhoc » ici. Il faut être capable de sortir du traditionnel et indispensable processus vertical pour passer de manière provisoire dans un mode « dédié ». C’est ce que j’avais dans l’idée en parlant d’organisation orientée service (encore un billet que je vais devoir actualiser et améliorer d’ailleurs).

Cela implique non seulement d’être capable, lorsque la situation le demande, de passer d’un mode vertical à  un mode « adhoc » rendu possible par la possibilité de travailler en réseau, mais également de travailler sur les modèles de management, de leadership, d’évaluation…. qui rendent possible cette articulation.

Ce faisant on rentre davantage dans le cœur de l’organisation que dans le cas précédent mais sans pour autant changer fondamentalement de philosophie ou de valeurs. Dans le cas précédent le leitmotiv est « plus d’efficacité, de productivité », et dans celui ci « encore plus d’efficacité, de productivité ». L’objectif est clairement lié à  la performance et n’allez pas chercher autre chose.

Notons par ailleurs qu’on peut être organisé 2.0 sans utiliser les outils du même nom (même si cela aide) et qu’on peut avoir les outils et les utiliser sans changer son organisation. Et, qu’on peut avoir les deux sans accorder la moindre importance à  ses salariés et ne pas rendre l’entreprise plus humaine pour autant.

Philosophie 2.0

On peut enfin avoir une certaine vision de la place de l’humain dans l’organisation, de l’entreprise dans la société, de l’éthique et désirer la metttre en œuvre au quotidien. Mettre l’homme au centre de l’entreprise dans tous les sens du terme. Si la tendance « outils 2.0 » est assez indolore pour l’entreprise et que la phase « organisation 2.0 » est plus sensible car nécessitant des modifications plus profondes de l’organisation (mais justifiées par des gains opérationnels), la partie « philosophie 2.0 » est celle qui génére le plus de peur et de blocages.

Rien n’oblige a passer par les deux points précédents pour cela. De la même manière qu’on peut aller au bout de la tendance 2.0 pour la performance organisationnelle sans se préoccuper le moins du monde de considérations éthiques, humaines etc…

A la limite cette troisième dimension, si elle est (trop ?) souvent rattachée au concept 2.0 n’a rien à  voir avec les deux autres et peut être considérée comme totalement autonome.  Aussi noble et louable soit elle, il m’est avis qu’elle perturbe davantage le discours qu’elle ne le sert.

Il importe donc de comprendre que démarrer une démarche centrée sur la performance des équipes, ce qui est le cas de nombre d’entreprises, ne fait pas mettre le doigt dans un engrenage diabolique aux conséquences non désirées. Et attention de ne pas théoriser sur le « package intégral » là  où l’entreprise ne veut souvent qu’un ou deux éléments.

C’est à  l’entreprise de construire son modèle 2.0 en choisissant jusqu’ou elle veut aller dans chacune des trois dimensions.