La fracture numérique a été et est toujours une réalité, même dans nos nos pays occidentaux industrialisés. Peut être devrait on d’ailleurs en finir avec cette expression de « pays industralisés » pour évoquer les « pays informatisés », une réalité beaucoup plus en phase avec notre époque. Certaines mauvaises langues vous diront par ailleurs que c’est d’avoir fermé les yeux sur ce changement de statut qui a fait qu’on s’est retrouvé en 2009 avec des models industriels datant d’une autre époque appliqués à  une économie du « soft », de la connaissance, avec les conséquences que l’on sait.  On pourrait disserter sur les destins croisés de Google et GM, symboles d’un mode qui se transforme mais ça n’est pas le sujet ici, revenons donc à  notre fracture numérique.

Au départ, si je ne m’abuse, elle était définie comme liée aux inégalités d’accès à  l’outil informatique. Il y a ceux qui y avaient accès, et les autres. Avec les opportunités que l’on imagine pour les premiers, qui ont pu se faire la main et monter en puissance au fur et à  mesure que l’industrie de l’informatique puis l’industrie du web gagnaient en maturité alors que les seconds ont du d’un seul coup de mettre à  courir un beau jour pour rattraper le retard accumulé. Et beaucoup courent encore.

A titre d’exemple, pour ma génération, je vois la différence entre ceux qui ont eu leur premier ordinateur vers 1985 à  l’age de 10 ans, on découvert le web avec un modem 56k en 1995 et ont continué sur cette lignée et ceux qui ont attendu 1997 pour leur premier ordinateur et 2000 pour se connecter. A l’arrivée il n’y a pas photo.

Quoi qu’il en soit, à  l’époque les choses étaient claires : il y a ceux qui pouvaient s’offrir un ordinateur (ou demander à  leurs parents) et les autres. Parmi ceux qui pouvaient il y avaient ceux qui voulaient et ceux qui n’en voyaient pas l’intérêt. Puis ceux qui ont pu accéder au net d’abord en RTC, puis en cable et ADSL et ceux pour qui la technologie n’était pas disponible dans leur ville ou inabordable pour eux. D’où cette fracture.

Aujourd’hui l’étude du phénomène web 2.0 tant chez les particuliers que dans les entreprises nous montre que la fracture numérique change de nature. Ce qui ne sera pas sans impact sur les moyens à  employer pour la réduire.

En 2009 et dans nos pays il ne me semble plus aujourd’hui que l’accessibilité de la technologie ne soit plus le vrai problème. L’outil informatique est devenu abordable pour le plus grand nombre, ainsi que l’accès à  internet. On arrive même à  faire avec un simple téléphone des choses auxquelles on aurait jamais pensé il y a quatre ans.

Les applications sont devenues également simplissimes d’utilisation. Quiconque a en son temps essayé d’expliquer à  un ami peu technophile où à  ses parents retraités comment utiliser un ordinateur sous windows (ou parfois même sous MacOS), à  utiliser Word, Excel, un client mail et un logiciel de retouche photo ou de montage vidéo pour les films de vacances sait que la partie était loin d’être gagnée d’avance.

Aujourd’hui n’importe qui peut comprendre comment : laisser un message sur twitter, mettre à  jour son profil facebook, écrire sur un blog. L’émergence d’une véritable génération de « papy blogueurs » et le fait que les plus de 50 semblent débarquer en force sur Facebook le prouve. Je ne serais pas surpris d’apprendre un jour que papy et mamie sont sinon les initiateurs tout au moins des membres actifs de réseaux sociaux familiaux comme HelloTipi dont l’existence même montre que les usages peuvent transcender les générations.

Et pourtant la fracture demeure. Les outils sont accessibles, leur manipulation aisée. Que manque t’il ? L’usage et le sens.

N’importe qui peut publier sur twitter. Mais si vous faites le test sur une population test, quel pourcentage vous répondra : « d’accord mais…à  quoi ça sert ? Je vois bien comment on fait mais je ne vois pas pourquoi je le ferais ».

Autant tout le monde voyait l’intérêt d’un traitement de texte ou d’un tableau mais peinait à  s’en servir, autant tout le monde peut se servir d’une application « nouvelle génération » mais peu voient à  quoi elles servent. D’accord il y a des millions d’utilisateurs de ces services. Mais quel pourcentage cela représente t’il aujourd’hui de la cible potentielle ?

La fracture numérique serait donc aujourd’hui une fracture sociale, non dans le sens que lui a donné en son temps un candidat à  la présidence, mais dans la mesure où elle concerne la capacité à  s’impliquer dans des dynamiques « sociales » au sens anglais du terme, suivant la logique des réseaux du même nom. Plus que la capacité d’ailleurs, il semblerait davantage logique de parler de capacité à  se situer dans ce type de dynamiques pour participer.

On peut ensuite craindre qu’elle devienne une fracture sociale au sens premier du terme en excluant ceux qui ne peuvent s’intégrer dans des dynamiques et des réseaux vertueux.

Les raisons peuvent en être multiples, liées à  ce qui reste de barrière technologique mais également à  l’ge mais sans qu’un seul facteur suffise à  tout expliquer. Tous les « Y » ne sont pas hyperconnectés et certains seniors sont de vrais locomotives. Quelque chose d’infiniment plus complexe donc, largement lié à  la personnalité de chacun.

Un fracture sociale liée à  la capacité que peut avoir chacun de s’inscrire dans de nouveaux usages donc. Moins impressionnant de prime abord que la fracture liée à  l’accessibilité de la technologie, elle risque fort d’être beaucoup plus difficile à  surmonter, même avec le renouvellement des générations.