Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Crépuscule de l’entreprise 2.0 et émergence de la socialisation des process

July 7th, 2009 · Comments · Entreprise 2.0, Entreprise, organisation et management, Social Networking, Social computing, Stratégie

La dernière enterprise 2.0 conference de Boston a sonné le glas de quelques illusions. Ca ne sera une surprise pour personne, on en parlait et on le sentait venir depuis un bout de temps. Tout d’abord l’amorce d’un mouvement de l’entreprise 2.0 vers l’entreprise réelle, puis la volonté d’intégrer le phénomène social dans les modes de production afin de lui donner la place qui doit être la sienne et non plus essayer de justifier son existence par des artifices qui ne sauraient faire illusion longtemps. Que ce soit du coté de chez Andrew McAfee, de chez Tom Davenport ou de chez Dion Hinchcliffe on parlait également complémentarité, articulation, réconciliation avec l’existant.

La vision de l’entreprise 2.0 comme une grande kermesse fraternelle où tout le monde s’embrasserait et chanterait à l’unisson a (heureusement) vécu. Non, l’entreprise ne deviendra jamais une annexe de Woodstock. Certains l’ont vite compris, d’autre ont mis plus de temps. Rassurez vous il n’y a pas de honte à avoir, c’est un peu comme le Père Noël. On y a tous cru un temps et après c’est passé. Et ça n’est pas pour ça qu’on a arrêté de faire et recevoir des cadeaux. (Effectivement si vous êtes un décideur de plus de  40 ans et croyez encore au Père Noël il y a un soucis).

Dès lors deux possibilités s’offrent à nous : continuer à croire au Père Noël ou essayer de comprendre pourquoi des entreprises telles que Booz Allen Hamilton, Lockheed Martin et de nombreuses autres ont, comme Cisco qui reste jusqu’ici la référence, réussi leur passage au social software.

Remarquez que dans tous ces cas on est loin du discours kermesse. De quoi entend on parler ? Innovation. Pas un quelconque espace de proposition dont on espère qu’il sortira peut être quelque chose. Workflows. Pour que les choses se fassent naturellement et en corrélation avec le travail de chacun. Business models. Qu’il faut sans cesse réinventer, recréer. Engagement. Pas un vague attachement ou quoi que ce soit de sentimental. On parle ici du lien qui fidélise, permet de mieux servir, d’anticiper les besoins et les tendances de marché. Et j’en passe.

Avec un peu de recul on voit bien qu’il s’est agit, au coup par coup de “socialiser” des process qui sont le cœur de l’activité de chacun dans l’entreprise. Une socialisation interne à l’entreprise mais qui peut tout autant être externe comme l’a montré depuis longtemps P&G avec Connect and develop. Là encore un process traditionnel qui s’est retrouvé “socialisé”. Et une fois qu’on a “socialisé” ce qui pouvait l’être, de l’innovation au support client en passant par l’execution, vous avez socialisé votre entreprise. Plus facile à dire qu’à faire ? Déjà on règle la question du sens, de l’évaluation, de la charge de travail. Même le ROI, car le seul moyen de le mettre en évidence est peut être de ne pas avoir comme principe directeur de ne pas appliquer ces nouveaux modes de travail à ce qui contribue à créer de la valeur. Quoi qu’il en soit ceux qui ont réussi sont passés par là. Point final. Bien sur on peut aller au delà. Mais seulement une fois qu’on commencé par là, qu’on pris en compte les besoins opérationnels des collaborateurs conformément aux objectifs qu’on leur assigné.

Je parlais ici d’un double besoin d’articulation et de réconciliation : on est en plein dedans.

Beaucoup se lamentent que l’entreprise ne comprend rien à l’entreprise 2.0, disent qu’il faudrait acheter des dictionnaires aux managers, voire attendre qu’une génération entière disparaisse pour arriver à quelque chose. Je ne le crois pas une seconde. Je dirais même qu’il s’agit d’un manque total d’humilité : c’est à l’entreprise 2.0 d’apprendre à parler le langage de l’entreprise car même si on change la manière de faire il est des réalités structurantes qui, elles, sont immuables.

Ce simple constat est certainement une des choses les plus fondamentales et importantes pour l’avenir qui ait émergé de cette conférence.

L’entreprise a une chaine de valeur. Elle met en oeuvre des process. Prouvez qu’on améliore l’un et l’autre et vous avez gagné. Parlez de tout sauf ce qui conditionne la performance et les résultats mesurables et mesurés de l’organisation et vous n’avez aucune chance sauf à vouloir faire vivre des simulacres de réseaux sociaux sous perfusion, peuplés de figurants qui jouent bien leur rôle pour faire croire que ça fonctionne.

Alors bien sur on peut préférer continuer à croire au Père Noël. Se lamenter sur le fait qu’on soit incompris. Répeter à l’envie que le ROI n’est pas la question. Se demander si Sharepoint n’est ou n’est pas une plateforme 2.0. Se dire qu’il faut y croire. S’arracher les cheveux parce que l’entreprise ne comprend pas que c’est une question d’Hommes, pas de technologie. Se demander ce qu’est une communauté. S’interroger sur la place du mail. Dire que ça n’est qu’une évolution et pas une révolution (ou l’inverse). En faire une affaire quasi religieuse et bruler les hérétiques. Mais dans ce cas on est partis pour tourner en rond dans un bocal jusqu’à la nuit des temps.

Les entreprises qui ont réussi ne se sont certainement pas posé longtemps ce genre de questions. Elles voulaient créer de la valeur donc se sont attaquées à la manière dont elle est effectivement créée. En prenant donc en compte qu’il faut adresser des besoins quotidiens des collaborateurs, faire sens à la la fois par rapport aux enjeux individuels et collectifs, se positionner à un endroit suffisamment stratégique pour qu’on soit condamnées à faire réussir le projet et ou tout échec serait visible. Bref, sortir l’entreprise 2.0 d’une zone de confinement sanitaire pour l’appliquer à ce qui détermine et structure l’activité de l’entreprise.

Bien sur mon titre était volontairement provoquant. L’entreprise 2.0 n’est pas morte. Simplement, pour beaucoup, elle change de nature et se rapproche des vrais enjeux de l’entreprise : chaine de valeur, process, production. C’était peut être évident pour certains mais cela va mieux quand on l’écrit : “socialisation de la chaine de valeur et des process”. Peut être moins sexy mais certainement plus efficace.

Que nous ont d’ailleurs répété les gens de Loockheed Martin ? “Make sure that social media is grounded in the fundamentals of your business”. Cela fait écho à General Electric et sa vision des communautés : “We focused on community needs to deliver a process,”. Le message passe ? Une dernière couche, toujours chez Loockeed Martin : ” Promoting “social for social’s sake” just doesn’t work.  The SM tools need to address business challenges. ” Tout le monde a compris ?

Tiens, une dernière remarque en passant : on s’est longtemps demandé si l’entreprise 2.0 était une histoire de KM, de collaboration, de communautés, d’Hommes, de technologie. C’est d’abord une histoire de business. Avec l’Homme comme premier rôle, comme condition sine qua non, mais une affaire de business d’abord. Bien sur le “comment faire” est essentiel et demande la réunion d’expertises qui sont nouvelles pour certaines, anciennes pour d’autres. Mais ces questions de réconciliation et d’articulation nous amènent également à idenfier une question finalement souvent laissée pour compte : pourquoi et où ? C’est en effet en appliquant le 2.0 aux bons “endroits” de la chaine de valeur et en l’articulant avec l’existant qu’on arrive à quelque chose. Et non pas en créant des bulles qu’on essaie de gonfler artificiellement et auxquelles on essaie de trouver une utilité.

On parie que dans moins d’un an on verra des sessions “socialiser votre chaine de valeur” dans les grandes conférences ?

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  • Salut Bertrand,

    Je vais etre un peu rude parce que je ne vais pas prendre le temps de developper mais quand je lis "Tiens, une dernière remarque en passant : on s’est longtemps demandé si l’entreprise 2.0 était une histoire de KM, de collaboration, de communautés, d’Hommes, de technologie. C’est d’abord une histoire de business." je comprends "bla bla et encore bla" parce que c'est de la mauvaise rethorique tout ca.

    Il n'y a en effet aucune thematique serieuse de manageent qui n'est reliee a la creation de valeur (ce que tu appelles le "business"). Tu es juste en train de remonter la chaine de valeur.

    Tu m'excuseras j'espere.

    ++
  • Salut Olivier,

    Déjà je pense que regarder ce en quoi une chaine de valeur peut être "toilettée" à l'aune d'un contexte nouveau peut aider à prendre conscience de la nécessité de changer quelques choses. Inutile de la remonter, d'autres l'ont fort bien fait avant. (http://www.lunchoverip.com/2008/05/the-value-ch...)

    Par ailleurs je n'adressais en rien une quelconque vision ou théorie du management. Je parlais davantage de la qualification ou du positionnement des projets. Avant de rentrer dans les détails, de parler management ou quoi que ce soit, encore faut il savoir ce qu'on fait et à quel endroit de l'entreprise et de son activité ça a du sens. Et a quel endroit ça n'en a pas.

    Il me semble que c'est toi qui avait un discours très pertinent sur l'"organisation à finalité productive". C'est justement cette finalité productive qui a longtemps été oubliée, ce qui a amené à essayer d'implémenter une nouvelle conception du travail et des relations interpersonnelles là où ça n'apportait rien à personne (ni à l'entreprise d'ailleurs).

    Mon propos était donc surtout destiné à repositionner efforts et initiatives là où ils ont du sens avec un lien clair vers des bénéfices tangibles.
  • Très bizarre cet article car il a toujours été question de business dans l'entreprise 2.0, seulement auparavant le business c'était plus du côté de l'offre que du client que celà se passait ! Incroyable le nombre de produits, solutions qu'on a pu vendre alors que l'on savait que c'était d'avance voué à l'echec.

    Je prendrai le temps de te répondre de manière plus philosophique après un peu de repos iodé mais tu mélanges des réalités et une condamnation au nom du réalisme économique à ceux qui reflechissent un peu plus loin qu'un ROI bidon d'affichage.

    Les workflow ont fait décoller les intranet par leur ROI réels (congés, remboursements frais, inscription formation...) les socialflow process feront-ils aussi bien et aussi clairement ?
  • Justement...cela permet de constater que le business part du client et qu'il s'agit de l'intégrer dans ce qui était auparavant un système en vase clos.

    Quant au réalisme économique je trouve que c'est une valeur plutot saine. Un peu terre à terre mais l'oublier a amené à de nombreux excès...dont l'actualité nous rappelle que nous en payons encore les conséquences.

    Le seul moyen de débidonner le ROi est justement de s'attaquer à des choses simples, concrêtes et mesurables non ? Et en tous cas de rester dans la réalité. De plus un bénéfice concret est la seule chose qui te permette d'aller chercher des choses plus qualitatives au delà. Peut être décevant mais cela relève d'un minimum de pragmatisme.
  • Martin R. Dugage
    Excellent billet, mais je continue a me demander pourquoi des gens intelligents ont pu croire que. l'entreprise 2.0 serait une révolution. Le web est une révolution technologique, comme l'imprimerie au 16e siècle. Mais au 16e siècle, ça a donne la Renaissance, pas la révolution! Et ça je l'ai écrit il y a huit ans!
  • Je ne dirai pas mieux. Les objectifs et la nature même des choses restent les mêmes, les moyens évoluent. C'est une évolution.
    La révolution ce sera le jour où on érigera en principe que la rentabilité d'une activité ou d'un investissement est une notion dépassée dont on n'a que faire. Pas demain la veille et heureusement.
    Remarque que travailler avec et par rapport aux autres et non déterminer ce que font les autres par rapport à soi représente une forme de révolution pour certains. Mais c'est au niveau micro.
  • j'aime moi ce coté terre a terre car evoluant completement completement entre prise (dsi) je me suis parfois demandée au nom de quoi on parlait avec cette belle philosophie. et tes idées de réalisme économique me plaisent ainsi que la reaction de Martin.
  • C'est marrant de continuer avec le même schéma alors que le message de cette crise était il faut réinventer une nouvelle économie. Maintenant que grâce à l'intervention de l'état on a sauvé les meubles cela semble déjà loin et on se refait plaisir avec des éléments de langage tant de fois utilisés...
    En quoi penser de nouvelles formes d'organisation, de management de politique salariale n'est-il pas réaliste ?
  • Le même schéma ? On peut réinventer l'économie mais cela ne change au rien au fait qu'au quotidien les salariés de chez EADS concoivent et construisent des avions, ceux de la RATP entretiennent et exploitent des bus et des métros, etc.... Il ne faut pas confondre le cadre globale et la nature même de l'activité de chacun dans ce cadre. On donc effectivement tout réinventer...mais chacun continuera à se lever pour faire le même job.
    Ensuite on peut, et c'est même nécessaire, penser des nouvelles politiques sociales, salariales etc... Mais les deux ne sont pas liés. On peut les faire ensemble de manière complémentaire ou se contenter de l'un des deux. Idéalement je te rejoins. Pragmatiquement je pense qu'il reste encore du chemin pour que les choses basculent.
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