Quelques mots sur un principe fondateur du web 2.0 qui s’avère de plus en plus n’être qu’un mythe. Ce qui n’est pas sans poser des questions sur le développement des usages futurs, que ce soit sur le web ou dans l’entreprise, dans la mesure où on atteint les limites d’un des facteurs limitants de toute dynamique collective : le participant.

Principe fondateur : contrairement au web originel, le web 2.0 est « people-centric ». Concrêtement cela signifie que l’individu passe du statut de récepteur passif à  celui d’acteur actif, de partie prenante même puisqu’en plus de pouvoir prendre l’initiative sur des médias existants il peut monter son propre média, son propre service.

C’est donc l’individu qui structurerait le web et ses flux, batissant ainsi un réseau dont les noeuds seraient les internautes. Logique, puisque dans un système « people-centric » l’individu est au centre et, par définition, le reste tourne autour.

Force est de reconnaitre que ceux qui ont des usages un tant soit peu avancés ont de plus en plus l’impression d’être non pas au centre, mais d’être totalement écartelés.

Web 2.0, web « plateforme » signifie service et applications. L’individu est en effet au centre…de chaque service, de chaque application prise individuellement. Mais au final il se retrouve dispersé entre Facebook, LinkedIn, son blog, twitter, YouTube, Delicious…. Il publie à  droite, lit à  gauche, et finalement se sait plus où il a mis quoi. Sans compter les mille et uns profils à  mettre à  jour lorsque c’est néssaire.

De même avec ses outils d’entreprise. D’abord lorsque le 2.0 s’est développé en interne de manière incohérente et qu’on est confronté à  x outils avec des fonctions qui se recouvrent. (D’où l’intéret d’une suite cohérente plutot qu’un aggrégat de briques…mais c’est un autre sujet). Sans compter le lien « pro-perso ». Vous pensez que les deux n’ont aucun lien ? Ne doivent pas en avoir ? Lorsqu’on s’intéresse un tant soi peu à  son travail, le travail de veille même personnel peut servir en interne. Je peux avoir envie de partager une note de mon blog avec des collègues également, sur des espaces privés avec des conversations qui resteraient entre nous…

Et au final notre utilisateur, supposé être au centre de tout est totalement dispersé, écartelé entre tous ces outils. La vérité est que le web 2.0 n’est pas « people-centric » mais « platform-centric ». Et la multiplication des plateformes disperse l’individu, son attention et au final gaspille son énergie.

Alors bien sur on peut automatiser pas mal de choses, faire en sorte que ce qu’on fait à  un endroit soit republié ailleurs. Mais au final on risque de passer notre temps à  jouer les plombiers dans une tuyauterie de plus en plus complexe à  remettre à  jour à  chaque fois qu’un service nouveau s’ajoute, qu’on change d’application « leader », qu’on ajouter une nouvelle application « cible ». Cela ne me semble pas viable à  long terme.

Google Wave est il une solution ? Impossible de le dire aujourd’hui même s’il préfigure quelque chose d’intéressant. Unification de l’interface et distribution des contenus via un nouveau protocole. Ce qui suppose que le dit protocole soit adopté. Mais qui ne résoud en rien la dispersion des données. Plus près de nous et déjà  opérationnel, Seesmic desktop est finalement un peu dans la même veine même si moins ambitieux. Ces outils préfigurent une partie du futur, mais il manque encore quelque chose.

Le web social se décline en réseaux sociaux. Qui dit réseaux dit profile. On ne peut avoir 30 profils alors qu’on est une seule personne. La solution idéale serait d’avoir un et seul profil, un et un seul endroit où publier du contenu, un et un seul endroit où le stocker et « pousser » des éléments de profil, de contenus vers tel ou tel service afin de n’y rendre visible que ce que l’on veut bien. D »un coté on unifie, d’un autre coté on contrôle plus facilement la visibilité et la confidentialité des données.

L’autre jour ce monsieur écrivait sur twitter :

formally declaring web 3.0 to have arrived – it’s not the semantic web, it’s not the 3D web, it’s the web of personal web/wave servers

Voilà …on y est. Le web n’a pas fini de tenir toutes ses promesses. Ca laisse encore la place de continuer à  le construire.

 
  • Franck

    protocole… norme/standard? finalement, est-ce qu’il ne manquerait pas un minimum de standardisation par type de contenu?
    C’est intéressant de voir que les « people-centric users » ne cherchent pas à  trouver de solution à  cette problématique: il me semblent qu’ils sont assez doués pour se mobiliser lorsqu’ils en ressentent le besoin (CGU Facebook entre autres)

    Cela dit, cela pose la question des modèles économiques de ces plates-formes, notamment dans leur version grand public: la publicité impose à  chaque plate-forme de faire passer du temps sur leurs pages aux internautes… est-ce que nous serions prêts à  « payer » autrement pour unifier nos « inputs »???

  • renaud

    Quand il est écrit : « On ne peut avoir 30 profils alors qu’on est une seule personne. La solution idéale serait d’avoir un et seul profil, un et un seul endroit o๠publier du contenu, un et un seul endroit o๠le stocker et « pousser” des éléments de profil, de contenus vers tel ou tel service afin de n’y rendre visible que ce que l’on veut bien.  » Plutôt d’accord sur une seule et même plateforme de diffusion de contenus et de sélections des canaux, par contre, chaque plateforme correspond à  une facette de l’individu. De façon plus conrète, mon profil LinkedIn n’est pas le même que celui FB et pareil avec Twitter : ni les même cibles, ni les même objectifs.

    • Saut que toi tu es tous tes profils à  la fois. A chacun de rendre visible de qu’il veut là  o๠il le veut mais sans avoir à  faire des acrobaties, notamment pour les zones de recouvrement qui sont quand même de plus en plus nombreuses.

  • Le web2.0 n’est pas people centric, mais user centric. Ce sont donc les applications qui structurent. L’user est négligeable, comme bien souvent dans le commerce, même si le discours est différent.

    ::

    • Bien dit.

      Question à  deux balles : est-ce qu’un jour les users voudront être traités comme des people ? Avec la multiplication de services et l’overdose prévisible ça risque d’arriver.

  • Une chose est sà»re : l’uniformisation et le regroupement des éléments qui constituent une personne en ligne va venir. Sans doute assez rapidement. Et ça va surtout être un terrible combat entre les gros mastodontes du web pour imposer leur solution. Et on risque d’avoir à  faire face à  un dangereux monopole. A moins qu’une solution opensource n’arrive à  s’imposer et à  regrouper autour d’elle tous ces mastodontes.

  • C’est très juste. C’est pour ça que je me construit un site qui sera mon profil, mon centre d’informations, et le regroupement des services offert tels que delicious, twitter, …

    Les utilisateurs devraient passer par cette phase. Il manque encore la phase de poster depuis son site vers des forums et d’en récupérer l’info.

    Très bonne reflexion cela dit.

  • carolima59

    Et si on avait tout simplement 30 profils parce qu’on s’était fait avoir par le syndrôme du « c’est génial ! » (‘T’as vu ce nouvel outil, c’est génial ! et celui là , tu l’as vu ? c’est génial » !! etc etc)…
    Dans la vraie vie, je suis pourtant femme, épouse, mère, voisine, chef, copine, collègue… je suis tout à  la fois et je ne suis pourtant pas toujours là  même vis à  vis de mes interlocuteurs. Alors oui je revendique le multi-profil, et je rêve d’avoir des agrégateurs de mes profils pour mieux les gérer MAIS PAS un profil unique 😉
    Alors vive le web 2.1, c’est la phase de maturité par laquelle il faut passer pour bien vivre sur la toile…

    Sur ce, je reprend ma cape de femme-épouse-mère…pour un retour dans la vraie vie.

    Bon WE à  tous

    • C’est bien ce que je dis. Un profil unique pour toi, des petits bouts pour tes « amis-lecteurs-curieux-contacts-quidams ». Mais a la fin éviter de te rendre schizo à  te demander si tu n’as pas laissé trainer un truc qui n’a rien à  faire là , ce que tu doit changer (et oà¹) suite à  un changement d’importance dans ta vie etc….
      L’aggrégation des profils à  la limite c’est tes « connexions » qui la font en fonction de ce que tu laisse là  o๠tu es connectée à  eux. Toi, tu veux « disperser » depuis un endroit unique.

  • Marrant comme il y a des courants dans le web, actuellement on sent une trouille quant à  la récupération de nos données, billets, commentaires par les différentes plateformes et certains militent même pour un retour à  l’outil fédérateur…le Blog!
    Je pense en effet que nous sommes nombreux à  tester des réseaux, remplir un profil et puis oublier.

    Ce qui serait top c’est de pouvoir comme quand on postule et qu’on adresse un CV en PJ faire la même chose sur ces réseaux

  • « La solution idéale serait d’avoir un et seul profil, un et un seul endroit o๠publier du contenu, un et un seul endroit o๠le stocker et « pousser” des éléments de profil, de contenus vers tel ou tel service afin de n’y rendre visible que ce que l’on veut bien. »

    J’aime pas trop l’idée de mettre tous mes oeufs dans le même panier !

  • En même temps, tout ce morcelle, les individus autant que l’information. Pour ma part, j’ai osé parlé récemment d’ubiquité digitale : http://hypenothype.com/post/2008/09/04/Ubiquite-digitale

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