Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
Bloc-Notes de Bertrand Duperrin header image 2

Ces outils pas si bons pour nos organisations : Powerpoint

August 7th, 2009 · View Comments · Entreprise, organisation et management, TIC

Tout le monde accuse l’email, ou plutôt de ses mauvaises utilisations, d’être à la source de nombre de nos maux. Mais au nombre des outils insidieux, pas néfastes en soi, mais dont l’usage peut le devenir, Powerpoint arrive en bonne position.

Je dis Powerpoint parce que c’est le leader incontestable du marché. Mais tous ses concurents sont à mettre dans le même sac car ça n’est pas l’outil, une fois de plus, qui est en cause, mais la manière dont on l’utilise.

Mon propos n’est pas de savoir si une telle présentation favorise la forme au détriment du fond, d’autres l’ont déjà largement traité. Ils s’agit d’excellents outils de présentation, très efficaces pour délivrer un message. Le succès des présentations partagées sur une plateforme comme slideshare et reprises de site en site en est la preuve. Le problème c’est la confusion entre outil de présentation et outil de prise de décision.

Dans PowerPoint il y a Power. Dans Keynote, pour les afficionados (dont je suis) du produit d’Apple, il y a Key. Cela veut bien dire ce que cela veut dire : on va droit à l’essentiel, on fait ressortir les idées fortes.

Regardons donc à quoi servent ces outils. Faire une présentation commerciale ou marketing, servir de support pour une conférence. D’accord, c’est fait pour. Par contre cela devient dangereux lorsqu’on en fait des outils de reporting servant in fine a la prise de décision.

Ce ne sont pas des outils de reporting

Avez vous vu le nombre de personnes qui prennent des notes en réunion sur powerpoint ? Pire, vous a t’on déjà remis une dizaine de slides alors que vous désiriez un mémo sur un sujet ?

Vous obtenez soit des slides couvertes de phrases et illisibles soit des slides allant à l’essentiel et occultant toute une partie de la réalité.

Lorsqu’on demande un rapport, un mémo, il existe un excellent outil pour cela qui s’appelle Word ! Cela permet d’écrire des phrases en bon français, d’insérer des tableaux, des graphiques, des images. On peut même réaliser un index, faire de la mise en page pour rendre le tout lisible et structuré. Si vous ne l’avez jamais essayé je vous conseille de découvrir ce logiciel. Car lorsqu’on demande un tel document on veut, même sans s’embarrasser de circonvolutions inutile avoir une vision claire et exhaustive de la situation et une synthèse finale. Voire des propositions.

Dans ce cas un powerpoint peut accompagner le mémo. Mais n’a pas à être le mémo. Car il devient alors un outil d’aide à la décision avec tous les risques que cela comporte.

Ce ne sont pas des outils de prise de décision.

Dans un tel document on énonce des grands points, les tendances et informations qui dominent, que l’on veut faire ressortir. Le signal faible n’a pas sa place. Or combien de décideurs se basent sur un powerpoint réalisé par leurs équipes pour prendre une décision.

Je m’explique. Qui veut un état des lieux demande à son n-1, qui demande à son n-1 qui demande à…. Cela finit donc le plus bas possible. La personne en question fait quelque chose d’assez exhaustif puis applique deux règles :

• Seules les tendances fortes doivent ressortir. On élimine donc les signaux faibles

• Lorsqu’on présente quelque chose à son supérieur on valorise ce qui va bien et on gomme ce qui va moins bien.

Le supérieur reçoit le rapport et, avant de le transmettre à son propre supérieur, le nettoie en applicant les règle suivantes :

• Les deux règles supérieures s’appliquent

• Beaucoup de choses qui émanent de la personne du dessous n’ont aucune importance pour celle du dessus.

Lorsque le powerpoint arrive à destination a perdu les 2/3 de ses informations, celles qui permettent de fonder sa décision non seulement sur la situation actuelle mais également sur des éléments permettant de comprendre la manière dont les choses évoluent.

Exemple (inventé bien sur) : Un commandant de bord de bateau reçoit un rapport lui disant : Grand soleil, accélérons. Le rapport originel disait “faibles voies d’eau, pas assez de canots de sauvetage, iceberg droit devant).

Nous avons des outils performants pour faire nombre de choses. Mais à mal les utiliser on les retourne trop facilement contre les équipes qu’ils sont supposés servir.

PS : Courrier Cadres m’a devancé en publiant quelque chose sur le sujet entre l’écriture de ce billet et sa publication. Allez donc également y faire un tour.

Partagez cet article avec votre réseau:
  • Twitter
  • FriendFeed
  • Diigo
  • del.icio.us
  • Digg
  • Facebook
  • LinkedIn
  • Tumblr
  • Posterous
  • Netvibes
  • Identi.ca
  • Google Bookmarks
  • Print
  • Wikio FR
  • PDF
  • email
Tags: , , , , ,

Articles sur le même sujet

Tags: ·····

  • Thibaut
    Je comprends aisément cela et pourtant les managers sont demandeurs.

    Une phrase de Fabien Seraidarian que j'ai relevé dans l'article de Courriers Cadres “Ce programme « colle » avec un mode de management rapide et peu nuancé.”

    J'ai moi même été confronté au cas le jour où je me suis apperçu qu'un rapport que j'avais préparé n'a pas été lu par la direction. J'ai laissé tombé le rapport et suis revenu à une présentation orale lors d'un meeting et bizarrement le message est très bien passé.

    Qu'en penser ? Les gens n'ont plus le temps de se poser sur leur bureau pour lire un rapport et refléchir la tête froide ? La lecture du document aurait pris une heure, le meeting en a pris trois... Le succès de Twitter n'est il pas à relier à ces mêmes dynamiques qui font qu'il est plus agréable de discuter "face à face" ? Effectivement, en plus d'être un comportement humain naturel, social, cela permet d'avancer sur le sujet en ayant les retours en direct. Pour le meeting en question ça n'a été quasiement que dans un sens mais pour d'autres la discussion m'a permis de revoir ma copie pour l'améliorer. La tradition orale à de beaux jours devant elle...

    Reste un problème fondamental, c'est lorsque le Powert Point sort de ce système oral pour devenir l'outil de reporting qui tombe dans les mains du n+x sans tout ce qui vas autour, lorsqu'il n'a pas été rédigé pour l'oral mais pour servir de document de transmition, ou alors lorsqu'il est ressortit du placard lorsque plus personne n'est là pour en parler. Si les dirigeants ressentent le besoin de prendre le temps d'analyser les choses surement qu'ils vont remuer terre et ciel pour trouver plus d'informations. Mais si la decision doit être prise rapidement ou avec peu de ressources...

    Peut être qu'on peut voir ça comme une histoire de confiance : on considère que la personne qui a rédigé le powert point avait une analyse suffisemment bonne pour séléctionner les informations utiles à la prise de décision et les présenter de manière à ce qu'elles passent de manière claire. Ce qui reviens à lui déléguer une partie du processus de décision. Une chose qui m'apparaît possible si la culture d'entreprise est favorable à cela, si le cadre à conscience qu'il est en train de prendre une partie de la décision au moment où il rédige le document et qu'il se responsabilise vis à vis de cela.

    Une autre phrase, Fabrice Eberhardt :
    “Ce n’est pas l’outil qui pose problème. C’est l’utilisation qui en est faite. Trop de gens, à tort, se contentent des fonctions de base."

    Je suis très critique vis à vis de toutes ces phrases du type : "l'utilisateur se sert mal de l'outil". Là le contexte culturel de l'entreprise est bien sûr en cause. En tant que designer je ne peux pas oublier que les deux cotés de la médaille existent. L'ensemble constitué par l'outil et ses usages culturels impacte aussi sur l'usage.

    Par exemple, si vous appelez un outil de votre entreprise "blog", il y a de fortes chance que les gens comment commencent par s'en servir de la manière dont ils pensent qu'un blog s'utilise, de par les référents qu'ils ont eu auparavant. Et les usages d'un blog, c'est assez flou ou diversifié en fonction des personnes. Si vous l'appelez "veille", vous donnez une mission aux personnes qui se servent de l'outil. pour les mêmes fonctionalités et pour peu que le management soit là (cad qu'il n'ai pas posé simplement l'outil en s'attendant à ce que tout le monde vienne faire de la veille dessus dans son temps libre), vous pouvez vous attendre à des dynamiques différentes. On parle ici de l'architecture de l'information et de la manière dont elle communique sur les usages attendus de l'outil. On pourrai parler aussi des fonctonalités de l'outil, qui définissent à la fois un univers des possibles et communiquent elles aussi sur l'usage attendu. Bien que pour ces dernières il soit considérablement plus probable, voir inévitable, de voir apparaître des usages détournés. On peut faire une infinité de chose avec des fonctionalités blog par exemple.

    L'inverse est vrai. je me souvient de cette réunion avec une des plus grandes agences de design françaises, dont la directrice de la communication m'expliquait que pour sa part elle percevait le wiki comme un outil reservé à la capitalisation de contenus experts. Normal, l'agence avait implanté un wiki dans ce but. A coté de cela, des membres d'un syndicat de design réalisaient un autre parrallèle : en terme d'usage wiki = Wikipédia. Avec un élément supplémentaire : Wikipédia vu comme un outil ouvert aux 4 vents où des gens essaient de collaborer sur une base de définition destinée au public moyen, avec de gros doutes sur la solidité du contenu. C'est depuis ce constat que le wiki du design ne s'appelle plus wiki mais plateforme. Je ne saurai si ce choix etait bon, car d'un autre coté le mot wiki communiquait sur une base commune de "capitalisation et diffusion des savoirs", ce qui corresponds au besoin identifié et est beaucoup moins clair que la notion de plateforme. Même si effectivement l'outil est une plateforme, son coeur de service est sa partie wiki. L'architecture de l'information prends ici un impact énorme. Au dela de la communication elle touche la notion même de marque.

    Le bilan est très nuancé sur de qui de l'outil ou des dynamiques influe sur les comportements, puique l'outil participe à sa propre communication. Il y a d'abord la volonté managériale, la communication autour de cette volonté, les usages terrain réél et les services pour lesquels il y a un besoin immédiat, les référents des l'utilisateurs : leur compréhensions initiales de ce qu'ont leur met devant les yeux, la communication intrasèque de l'architecture de l'information de l'outil, les premiers usages tentés qui dépendent de l'ensemble des éléments cités plus hauts, la réussite ou non des divers expérimentations des utilisateurs qui dépendent du contexte humain qui les entoure et aussi en petite partie du fait que les fonctionlités soient adaptées ou non, que l'ergonomie soit asaptée ou non et au delà de ça : que les actes sociales au sein de l'outil semblent naturels à l'utilisateur (encore une fois, une des raisons du succès de Twitter à mon sens), ce qui dépends de ses référents IRL et aussi des ses référents dans le monde virtuel... L'alchimie qui définit l'émérgence des usages sur un outil est bien plus complexe qu'on pourrai ne le croire au premier abord... Elle dépends bien sûr en premier lieu et avant tout de l'existence d'un besoin terrain ainsi que de l'action du "change management", mais aussi de tout un tas de facteurs socials, d'habitude, de compréhension... Parmis lesquelles le format de l'outil (ce qu'il communique et l'adaptation des fonctionalités), ainsi que ses usages antérieurs prends une place qui n'est pas à négliger.

    Ainsi, et on en reviens à notre powert point, on ne peut pas vraiement dire que les utilisateurs devraient utiliser mieux l'outil. Eduquer les gens et faire évoluer la culture est une approche qui peut être soutenu par un travail sur l'outil en lui même. Ainsi il n'est pas du tout bête de limiter l'usage de PowerPoint (référent "contenu synthétique") pour favoriser Word (référent "contenu fouillé") si on veut changer cette culture car imposer un outil qui communique autre chose c'est justement l'un des éléments qui vas communiquer sur la volonté du management et sur les directions à prendre.
  • J'avais apporté ma pierre (si j'ose dire) au Livre Noir de Powerpoint :
    http://www.fxbodin.com/fx/2008/09/14/powerpoint...
    Avec du Vécu dedans !
  • J'avais totalement oublié le "death by powerpoint" qui figure dans ton post...et pourtant je l'avais beaucoup aimé à l'époque de sa sortie.
  • PASSELAIGUE
    A savourer sur le sujet le texte freeware:

    Devenez beau, riche et intelligent, avec PowerPoint, Excel et Word:

    pauillac.inria.fr/~weis/info/haladjian.pdf
blog comments powered by Disqus

Tag Cloud