Un jour on lit que Facebook améliore de 9% la productivité de ceux qui l’utilisent. Le lendemain on lit le contraire : -1,5%. Selon les vues et les intérêts de chacun, on pousse au libéralisme forcené quand à  la liberté d’accès des salarié ou à  l’interdiction pure et dure en passant par des solutions intermédiaires de placebo interne. Mon avis ne concerne bien entendu que moi mais je tiens tout de même à  le partager : le meilleur usage à  faire de ce type d’étude est….de les jeter à  la poubelle et de faire la sourde oreille à  toutes les conclusions qu’on en tire pour des motifs bien entendu désintéressés.

Tout d’abord j’aimerais savoir comment on mesure la productivité des utilisateurs de Facebook par rapport à  ceux qui ne l’utilisent pas sur leur lieu de travail ? Cela sous entend deux choses : ceux qui attendent de rentrer chez eux pour s’en servir peuvent en tirer un bénéfice qui leur sert au travail. Et réciproquement. Et inversement. Ensuite je voudrais savoir comment on sait qui l’utilise quand ? Bien sur les DSI peuvent suivre qui fait quoi…mais il existe des versions très abouties sur iPhone ou Blackberry. Enfin j’aimerais savoir ce qu’on entend par productivité. Sur une chaine de montage je vois bien, dans des bureaux moins. D’accord on peut mesurer le résultat final obtenu par rapport aux ressources investies. Mais pour les indicateurs intermédiaires, vous me permettrez d’être sceptique. Et en admettant que le terme de productivité soit adéquat, il ne prend pas en compte un facteur déterminant dans l’entreprise moderne : l’accumulation de savoir à  un instant t qui permet d’être plus productif à  un instant t’. Contrairement à  l’époque de M. Taylor, la productivité n’est donc plus une mesure instantanée et être un peu moins productif à  un moment aide à  l’être beaucoup plus à  un autre moment. On peut considérer que Facebook, pour certaines professions, contribue à  l’accumulation de savoir et d’expérience…mais nous y reviendrons plus tard.

Ensuite, et sans m’étendre sur la question, je voudrais juste faire remarquer que les chiffres ne disent que ce qu’on veut leur dire. Si vous avez un service qui pour une raison ou une autre est sous employé, les employés sont nécessairement peu productifs. Et c’est peut être pour cela qu’ils utilisent facebook au travail. Et pas l’inverse. On pourrait disserter ainsi longtemps sur le sens dans lequel il faut prendre certaines chaines de causalité.

Pour finir, deux cas sont à  envisager : Facebook est un outil de travail…ou pas.

Cas n°1 : Facebook est un outil de travail.

Oui, Facebook peut être un outil de travail. Quiconque travaille dans le marketing, la marque employeur, la communication apprend de Facebook et de ce qui s’y passe. Apprend positivement ou négativement, mais apprend. Son étude n’est donc pas dénuée de sens pour des entreprises qui partent d’assez loin sur le sujet. Pire encore si votre entreprise utilise Facebook pour communiquer : il faut bien que les personnes en charge puissent y accéder et ça fait partie de leur travail. Même les DRH s’y mettent pour avoir une prise de parole différente dans le recrutement (AT&T par exemple)..  Je terminerai avec l’utilisation de Facebook comme solution au manque d’espaces collaboratifs « web 2.0 » en interne. Une utilisation que je ne cautionne pas mais qui existe. Dans ce cas il faudrait penser à  mettre en place les bons outils en interne, un point c’est tout.

Cas n°2 : Facebook n’est pas un outil de travail

C’est le cas pour la quasi totalité des collaborateurs. Dans ce cas il faut voir plus loin que l’outil lui-même et s’intéresser à  la catégorie plus large des « objets non professionnels distrayants sur le lieu de travail ». Effectivement ils mettent en péril la productivité dans la mesure où le collaborateur n’est pas 100% à  son travail. Mais cela revient à  oublier que personne n’est à  100% toute la journée et que Facebook ne fait que remplacer d’autres de ces « objets » utilisés pour combler ces moments de creux : machine a café, discussion avec les collègues, partie de démineur, balade dans les couloirs, fixer un tableau excel en s’assoupissant, regarder par la fenêtre…et j’en passe. Fermer Facebook ne fera que ramener les collaborateurs à  leurs pratiques anciennes. Ah ? Ils ont accès depuis leur téléphone mobile ? Pas de chance alors.

La vraie question qui se pose est quel taux de « non travail » est acceptable ? Les médecins sauront mieux que moi dire combien d’heure de productivité on peut légitimement attendre d’un salarié sur une journée. Reste à  comprendre les abus, remettre les personnes dans le droit chemin et sanctionner si nécessaire comme on le ferait pour tout autre comportement non productif excessif.

La solution : être un peu malin et créatif

Cela commence par donner des accès à  ceux qui en ont besoin. Pour le reste, laisser une utilisation « normale » et intervenir au cas par cas en cas d’abus. La méthode autoritaire (tout bloquer) ne fait qu’engendrer de la frustration, de l’incompréhension, sans être surs que le temps gagné sera réaffecté au travail (en fait soyons surs qu’il ne le sera pas). Il suffit juste de savoir ce qui est raisonnable, point. Et si l’overdose de Facebook (ou de tout autre site, ou de pauses cigarettes, ou d’admiration du paysage visible par les fenêtres du bureau) a pour cause un certain désœuvrement, d’abord occuper les gens avec du travail plutôt que les laisser se morfondre devant un écran. L’expérience montre que lorsqu’un salarié cherche à  s’évader de son travail il y a des causes profondes qui ne dépendent en général pas de lui…

On peut aussi imaginer des programmes « à  la carte » : chacun ayant ses 10 minutes de Facebook quotidien ou le service étant accessible à  certaines heures (déjeuner, 10 minutes en milieu de demi journée ?…)

J’aurai toujours du mal de faire confiance à  tout ce qu’on pourra nous dire sur Facebook et la productivité. Dans un sens comme dans l’autre. Et ce d’autant plus que si ce n’est pas Facebook se sera autre chose. La vraie question est de savoir, de manière générale, ce qu’on est en droit d’attendre d’un salarié, et la marge qu’on peut lui laisser car de toute manière il la prendra. Et de ne s’occuper que de ceux qui abusent.

Quoi qu’il en soit on ne résoudra pas des problématiques RH voire des défaillances managériales en bloquant l’accès à  un site si peu intéressant et insipide soit il. Car c’est bien là  le fond du problème. Sinon on peut appeler les maçons d’urgence pour faire murer les fenêtres de votre tour qui propose une si belle vue sur Paris.

En attendant…on aura toujours du mal de me faire admettre que Facebook soit un endroit de veille ou d’apprentissage, mis à  part les cas ci-dessus mentionnés. C’est peut être pour cela que je l’utilise si peu au profit de mon lecteur RSS voire de Twitter.

Facebook est l’épouvantail ou le Graal qui incarnent et stigmatisent tout et n’importe quoi, en bien comme en mal. Il faut simplement apprendre à  regarder derrière l’arbre qui cache la foret.

 
  • chrisreunion

    facebook ou pas facebook.. c’est pour moi, une question de confiance entre salarié et employeur.
    Je vois trois cas possibles :
    – le salarié s’acquitte de sa tà¢che : pourquoi le réprimander ou lui interdire facebook ou la machine à  café ? Il pourrait faire plus et il perd son temps sur facebook? il est rémunéré pour le travai réalisé. Il n’y a donc pas lieu de lui faire grief de cet usage.
    – le salarié fait son boulot et utilise facebook pour des raisons professionnelles ; ça c’est le must ! alors, si le dirigeant n’en perçoit pas l’intérêt direct et profitable, c’est bien dommage. Avec un peu de patience, il ne pourra que s’en féliciter à  terme.
    – le salarié ne fait pas son boulot et ne remplit pas les objectifs : s’il n’y a pas facebook, il y a des tas d’autres moyens de ne rien faire ! et des moyens également pour les RH de trouver une solution pour le placer à  un poste mieux adapté.

  • Alexis

    +1 !

  • Très juste. Facebook peut être utile professionnellement, à  condition de s’en servir pour un usage professionnel…