Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Le web ne transforme pas le collaborateur en producteurs de contenu, sa fiche de poste oui

September 3rd, 2009 · View Comments · Entreprise 2.0, Entreprise, organisation et management, Social computing, Web

Au fil du temps il me semble de plus en plus clair que ce qui a créé un fossé net empêchant la transition du web 2.0 vers l’entreprise 2.0 est que nombre de vérités du web ne sont tout bonnement pas transposables de l’entreprise. On s’est ainsi retrouvé avec une tonne de mythes auxquels il faut tordre le cou avant d’attaquer les choses sérieuses. C’est un enjeu réél car entre les craintes injustifiées d’un coté, et les faux espoirs de l’autre, cela donne des projets bancaux où l’effort est mis sur des “non sujets” en laissant de coté des sujets stratégiques parce qu’on pense que ça arrivera tout seul.

On estime souvent que le collaborateur est une machine à générer du contenu, des données, et que c’est un pilier sur lesquels s’appuyer pour construire une organisation nouvelle, plus collaborative et efficace. Et pourquoi ? Parce que le web a transformé  le consommateur en producteur et que, nécessairement, cela va impacter la manière dont il se comporte au travail.

As social tools begin to shape workers’ expectations for how they get things done, it raises expectations for how they collaborate and communicate and participate in content development,” said Nielsen Norman Group user-experience specialist Patty Caya. “The social Web has turned consumers into producers and this will impact how they work.” (source ici)

Je ne doute pas qu’il s’agisse là d’une transformation profonde qui impactera profondément ce que sera le futur. Mais soyons clairs, pour les entreprises qui sont face aux réalités d’aujourd’hui et doivent composer avec ce contexte pour avancer, c’est une certitude avec prendre avec beaucoup de précautions. Voire à ne pas prendre en compte du tout.Tout d’abord le “web social” n’a pas transformé le consommateur en producteur. Ou pas tous. C’est une vérité pour 5% des internautes (tout dépend des chiffres qu’on utilise…et en tout cas c’est déjà suffisant pour construire un nouveau type de relation avec eux). Et demain ? Peut être beaucoup plus. Ou peut être que la loi des 1-9-90 continuera logiquement à s’appliquer. On peut d’ailleurs se demander si un monde avec 100% de producteurs (soyons fous…) serait vivable. Je ne le crois pas, tant humainement qu’économiquement.

Reste que, partant de là, et en supposant que la proposition de départ soit exacte, cela ne fait guère que quelques pourcents des internautes susceptibles de porter de nouvelles pratiques dans l’entreprise. Mais là encore les choses ne passent pas comme prévu.

Combien de blogueurs ou Facebookeurs prolixes se retrouvent muets une fois la porte de l’entreprise passée ? Beaucoup. Combien de personnes “socialement actives” dans l’entreprise se mettent en retrait une fois qu’elles en sont sorties. Un grand nombre également.

Alors bien sur il y a une question de personnalités. Certains perdent de leur assurance devant la “Grande Organisation”, les collègues, les supérieurs. On y joue sa carrière, c’est autre chose que faire le zouave sur Facebook. (Remarquez qu’on peut également jouer sa carrière sur Facebook). Et, à l’inverse, certains qui sont à l’aise et légitime dans l’entreprise perdent leur superbe à l’extérieur. Autorité ? Expertise ? Hiérarchie ?

Dans l’entreprise c’est le rôle de chacun qui en fait, ou non, un producteur. D’ailleurs on a pas attendu le web social : powerpoint, reporting en tout genre, email : nous produisons tous des contenus en fonction des tâches / objectifs qu’on nous assigne. Peut être qu’on parle d’autres contenus ? D’idées, suggestions d’amélioration ? Justement, on se rend compte qu’il n’est pas évident de les faire exprimer en entreprise, qu’il s’agit d’un processus qui est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait et que la base de la motivation sur le sujet commence par la fiche de poste et se termine par la récompense. Peut être parle-t-on de partager des documents existants alors ? Comme le disait McKinsey ici, le meilleur moyen est encore de commencer par mettre le partage dans le workflow puisque c’est ce qui fonctionne le mieux.

Ca n’est pas le web social qui a ou va transformer le collaborateur en producteur. C’est sa fiche de poste et la manière dont on organisera (ou lui laissera organiser) son travail quotidien. Si la nature de l’individu prime sur le web, c’est la nature du travail et des objectifs qui prime en entreprise.

Pour être plus précis : la fiche de poste détermine la création de contenus, l’organisation du travail son partage, et le management permet d’en partager peut être plus.


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  • A tous : quand je dis "fiche de poste" je prend les choses au sens large. A savoir tu ne collabores pas et ne partages l'info que tu génére dans le cadre de ton travail parce que tu as des outils mais parce que c'est ton rôle ,inscrit dans le cadre d'une équipe, d'un système, d'un process. D'ailleurs l'information que tu généres dépend aussi du dit rôle.

    Aux outils de bonifier l'ensemble, mais ils ne sont pas le déclencheur de tout cela.
  • Oui, je suis d'accord, la collaboration ne se décrète pas, le contenu généré par l'utilisateur non plus (j'ai créé un cours sur le sujet il y a des années maintenant). Ensuite, on ne se met pas à l'UGC parce que c'est cool, ou parce que c'est à la mode, ou parce que "il faut produire du contenu"'. On se met à l'UGC pour remplir un objectif marketing (se positionner/devenir un leader d'opinion/motiver ses troupes/etc.). C'est une aventure humaine qui doit être partagée sinon cela ne va pas aller loin. C'est en fait une véritable conduite du changement qui répond aux règles de la conduite du changement, pas du web 2.0 (3.0, 4.0 etc. tout cela ne sont que des outils).

    La fiche de poste ? ... cela vient à la fin.? Si l'UGC n'a pas pris, ce n'est pas en forçant l'utilisateur à collaborer qu'on y arrivera. Ceci étant, pour les consultants, je ferais une exception. D'abord parce que par nature cette classe d'utilisateurs ne partage pas. Ensuite parce que pour un consultant, publier est un devoir et non une autorisation.

    D'ailleurs, je crois connaître un certain Bertrand qui a bien compris cela ;-)
  • jbp
    Il est certain que la définition claire dans une fiche de poste d'une "obligation" à produire et relayer du contenu peut aider. Ceci étant, il ne faut pas non plus oublier l'exemplarité qui peut (doit ?) venir de la direction.

    Lorsque des grands patrons ont commencé à n'utiliser que le mail pour communiquer, les sous-grands patrons ont commencé à gérer eux-mêmes leur boîte email sans passer par l'assistante qui leur imprimait et réalisait ensuite un travail de dactylo...
  • Ouch a mon avis il ne faut pas confondre la fiche de poste et sa partie à quels processus tu contribues, quel valeur ajoutée par quelles tâches effectuées et responsabilités assumées et l'ensemble des compétences nécessaires en incluant savoir être et savoir faire.
    On construit une usine a gaz et des fiches de poste pour des moutons à 5 pattes
  • franck la pinta
    bonjour Bertrand,

    je pousse un cran plus loin ton raisonnement : ce qui favorisera la création de contenus, c'est la fiche de poste, mais la future, celle qui n'existe pas encore.

    L'actuelle, dans la majorité des cas, détaille le "quoi" du collaborateur : la tache, la mission, le livrable (je laisse de coté les aspects budget/délai). Et dans ce cas, la création de contenus, quand elle est -rarement- dans la fiche de poste, reste toujours du "quoi".

    Mais à de rares exceptions près d'entreprises, la fiche de poste n'a pas encore intégré correctement le comment : la faculté à distribuer, diffuser, partager l'information, la capacité à regrouper des compétences éparses, à s'engager dans une approche de croissance durable, à tisser des relations avec l'exterieur... Peut être parce qu'on voudrait -sans succès pour le moment- lui attribuer des indicateurs chiffrés pour l'évaluer.

    Et puis, la fiche de poste, outil d'évaluation on ne peut plus individuelle, est elle encore en phase avec les méthodes de travail collaboratives, les équipes projets ?

    D'ailleurs, peut-on encore parler de poste, (une quasi unité de lieu, de temps et d'action) ? Je lisais très récemment un essai de Régine Pernoud, la médiéviste, dans lequel elle citait l'exemple de Corneille, qui pour le Cid, s'est livré à de terribles acrobaties pour respecter cette règle des 3 unités, et que le résultat en est de terribles invraissemblances dans le récit. L'entreprise évoluera -t-elle plus vite que le théâtre classique ?
  • Et bien voila ! De Brent à techtoctv c'est un point que j'ai repris mainte fois car au coeur de la transformation se trouve la politique RH.

    Brillant article qui alimentera certainement nos débats sur justement les pistes qui vont permettent aux entreprises de gérer ces tensions...
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