La gratuité est un sujet qui passionne le monde du web et même au delà . D’un coté il y a ceux qui considèrent que tout ce n’est plus physiquement tangible et s’échange de manière fluide à  travers le réseau doit être gratuit et de l’autre ceux qui répondent que tout a une valeur, ne serait-ce que l’énergie mise à  produire les dits contenus, et que leur dématérialisation, si elle peut entrainer une baisse des couts de stockage et de distribution de nature à  faire baisser le prix final, ne signifie en aucun cas que les choses doivent être gratuites.

Un débat de société, un débat économique, mais qui n’est pas sans rapport avec des choses beaucoup plus terre à  terre que nous rencontrons au quotidien dans nos bureaux.

Entendons nous bien, rien n’est gratuit. Il y a des choses qui ne sont pas payantes, et confondre les deux notions peut amener à  se fourvoyer dans les grandes largeurs. Lorsque je ne paie pas ou un contenu il faut bien avoir en tête que ce sont les anonceurs qui paient pour moi. Prenons un exemple commun de chose a priori gratuite : le contenu d’un blog. Sachons que son auteur en paie le prix : hébérgement mais également temps nécessaire à  l’écriture. Simplement il décide de ne pas répercuter ces couts sur son lectorat. En quelque sorte l’auteur paie pour nous. Et heureusement qu’il a un travail qui lui permette de vivre a coté : personne ne paie son loyer à  la fin du mois avec la considération portée par une quelconque audience voire un échange de services.

Partant de là , si l’activité de production de contenu est différente de l’activité qui permet à  quelqu’un de vivre elle peut être « non payante », lorsqu’elles se confondent c’est strictement impossible sauf à  estimer que le producteur de contenu est amenu à  vivre d’amour et d’eau fraîche et trouvera des organismes qui lui fourniront gratuitement gite, électricité, nourriture….sans contrepartie de sa part afin qu’il puisse en faire de même avec son auteur. Cessons de rêver deux minutes.

Et bien il se passe la même chose au bureau dès lors qu’on parle de choses comme la collaboration, la participation, voire le réseautage social.

Chacun a un travail pour lequel il est payé. A partir de ce moment tout ce qu’il produit comme contenu dans ce cadre est financé par la personne qui le paie (en général il émarge sur un budget local dont une personne est responsable, même si au final c’est l’entreprise qui paie). D’un point de vue strictement comptable (qu’on ne me dise pas que c’est une notion déplacée, quiconque a la responsabilité d’un budget sait combien cette dimension peut prendre le pas sur tout le reste), faire tomber les silos revient à  rendre gratuitement accessible et utilisable par tout ce qui a été financé par un. Pire encore, la « collaboration libre » revient à  demander à  quelqu’un payé par un autre service, émargeant au budget d’une autre personne, de faire quelque chose (que cela dure 1 minute ou une heure) dont nous allons, nous tirer bénéfice.

Le problème n’est pas tant au niveau du collaborateur pour qui tout cela est transparent mais davantage de la ligne managériale qui optimise logiquement l’utilisation de ses budgets. Car a la différence du web grand public, l’entreprise ne sait faire cadeau d’un coût local à  la collectivité pour la simple et bonne raison que chacun doit rendre compte de l’utilisation des fonds mis à  sa disposition. Bref, l’entreprise ne conçoit pas la gratuité interne ou, en tout cas, ses règles de fonctionnement ne la rendent pas possible.

Des solutions ? Sachant qu’un final c’est l’entreprise qui est gagnante au delà  des rivalités internes, peut être l’équivalent d’une licence globale ? Au final l’argent ne sort que d’une seule et même poche, celle de l’entreprie, qui, elle, a intérêt à  voir foisonner la participation en son sein. Mais cela risquerait de déresponsabiliser les acteurs locaux et d’être un remède pire que le mal. Ou alors ressortir une bonne vieille clé de répartition remise, adoptée à  l’industrie des services. Qui sait.

NB : Goldratt nous dit que l' »allocation des couts tue la productivité ». En voici un bon exemple, qui oblige à  sans cesse réinventer la roue au lieu de bénéficier de l’expérience de son voisin.

 
  • David de Talentys

    Please, pas de clefs de répartition complexe, de refacturation & autres mécanismes de comptabilité analytique sophistiquées, lourdes et au finale toujours en décalage avec la réalité… voir génératrice de comportements contre-productifs.

    Je ne vois pas comment de telle « technostructure administrative » peut être créatrice de valeur ajoutée, comment elle peut ne pas peser de tout son poids sur des choses aussi fragiles et libres que la collaboration, l’innovation entre talents, comment n’être qu’une vraie fausse bonne idée qui rassure certains (le management) au-début et s’avère une usine gaz qui ne produit que coà»t administratif.

    Il faut libérer les énergies positives et faire sauter quelques verrous ?

    Faites simple et apprenez à  lacher prise.

    Par exemple comme la si bien fait Google avec une règle (décision top down) simple (20% de temps consacré à  des projets) qui créé un espace de liberté créatrice et transversale o๠les talents se prennent en main (lacher prise) … pour le bien de l’entreprise.

    • Je suis un premier à  pointer les limites du pilotage par les couts. Il n’empêche que la question du « qui paie » est loin d’être anecdotique et lorsqu’elle se pose il est difficile de répondre « peu importe qui paie » à  la personne qui doit rendre compte de l’utilisation optimale des ressources mises à  sa disposition.

  • Dans ce cadre le pilotage par des budgets de collaboration basée sur des monnaies complémentaires (dont les valeurs sont fonction de la nature ou des contenus échangés) est peut-être une idée.

  • Fabien Vacheret

    Un point sensible de plus sur lequel vous appuyez Bertrand. Mon avis sur cette question est qu’il ne faut pas évaluer la valeur de l’information de manière comptable, mais plutôt l’intégrer dans une évaluation des individus.

    Ainsi on ne se demanderait plus qui va payer cette information, mais on résonnerait plus comme est ce que cette information va être et m’être utile (par l’atteinte des objectifs et de tout ce que ça entrainera). De plus, je pense que se sera très rapidement transparent au sein du processus métier, et que l’impact financier ne sera pas visible (d’autant plus si cette information est réutilisé par la même strate comptable).

    • Piloter par la valeur créée plutôt que par les coà»ts. Je suis 100% d’accord mais en attendant que les entreprises fassent leur révolution copernicienne il faut faire avec ce qu’on a.

      Cela me rappelle exactement l’opposition que montre Goldratt (dans « Le but ») entre le monde des couts et le monde du « troughput »). Brillant et évident…mais cela impose aux entreprises de sortir de leur zone de confort actuelle ce qui n’est pas une mince affaire.

  • Audrey de Meilleur Fournisseur

    Bonsoir,

    Il s’agit d’un vaste débat. Au départ, Internet était un mythe de la gratuité avec un slogan simple résumé et imagé : « On trouve tout ce que l’on cherche gratuitement ».

    Cet adage était certainement plus vrai pour de l’information.Ppour des biens physiques, je suis beaucoup plus mitigée.

    @Fabien : Pouvez vous expliquez la transparence au sein des processus métiers et de l’impact financier, car j’ai de gros doutes sur vos propos.

    Au plaisir de vous lire messieurs.

  • Guillaume (InnoviSCOP)

    à€ méditer également : le modèle Freemium (mixant un niveau de produit ou de service gratuit et un autre niveau payant, dit « Premium »). Cf. par exemple http://www.guilhembertholet.com/blog/2008/11/26/freemium/.

    Ces modèles économiques peuvent permettre de concilier la mise à  disposition « gratuite » de choses de valeur et la rémunération de ceux qui les créent (qui, effectivement, ne vivent que rarement d’amour et d’eau fraà®che…).

    • Effectivement….mais adapter le modèle freemium aux modèles d’évaluation/rémunération des collaborateurs…là  j’ai du mal de voir 🙂