Le réseau social est la clé de tout projet estampillé « 2.0 » dans l’entreprise. Pourquoi ? Parce que lorsque l’objectif n’est plus de trouver des gens ou des informations mais de lier les gens via les informations et les informations via les gens, c’est le liant indispensable entre les savoirs formels ou tacites, ceux qui les détiennent et ceux qui en ont besoin.

Il prend en général différentes formes :

– déclaré : chacun déclare son réseau comme on peut le faire sur Facebook ou LinkedIn. Peu pertinent à  mon avis car dans la mesure où il est mal venu de refuser une telle demande d’un supérieur connectophile (voire connectophage), on va finir par reproduire l’organigramme. De plus, les critères a priori professionnels mais dont on ne pourra exclure un brin de « personnel inconscient » peuvent laisser planer des doutes sur la réalité et la qualité du lien. Ensuite parce qu’on ne pense pas soi-même à  tous les liens faibles, et qu’à  la limite formaliser ces derniers est un peu contre-culturel : entre celui qui se demande s’il doit demander et celui qui se demande s’il doit accepter, la partie n’est pas gagné.

– constaté : le réseau, mais je parlerai plutôt ici de sphère de proximité professionnelle, n’est pas déclaré par les collaborateurs mais constaté au regard de leur activité sur les espaces sociaux. Qui lit qui ? Qui intéragit avec qui ? Qui s’intéresse aux mêmes sujets que qui ? Tout cela est aisément déterminable en fonction des actions de chacun dans le flux de son travail, des mots clés utilisés, voire de la manière dont il renseigne son profil. Cette modalité, à  mon sens, permet de faire émerger plus aisément les « vrais » réseaux à  la fois en fonction des interactions et des centres d’intérêt de chacun. Et, ne dépendant pas de l’arbitraire des uns et des autres, il a le mérite de l’objectivité ce qui permet d’évacuer des questions de « favoritisme » et de course à  la popularité que peuvent craindre certaines entreprises.

Oui mais voilà , si le réseau se nourrit de l’activité « sociale », il est lié aux logiciels supportant la dite activité. Il en est d’ailleurs souvent partie intégrante. La composante « sociale » de l’activité des collaborateurs ne pouvant trouver place que sur des logiciels spécialisés, chacun a peu a peu construit sa couche de réseau social et les réseaux en tant que tel se sont dotés de fonctionnalités de partage, de publication.

Voilà  le paysage du réseau social d’entreprise tel qu’il se présente aujourd’hui. Mais pour combien de temps encore ?

Dans une entreprise il n’y a pas des réseaux mais un réseau. Ou plutôt chacun n’a qu’un seul réseau. Mais ce qui était une vérité alors que les outils « sociaux » étaient des briques indépendantes du reste du système d’information risque fort ce devenir un  casse-tête.

Aujourd’hui, et a fortiori davantage demain, chaque application intègre sa composante sociale. Sharepoint chez Microsoft, Connections chez IBM bien sur. Salesforce s’y met avec Chatter. Les produits « natifs 2.0 » bien sur : blueKiwi, Jive et j’en oublie des dizaines. Demain chaque éditeur d’ERP emboitera le pas de Salesforce (avec plus ou moins de bonheur peut être).

Demain chaque application d’entreprise aura sa partie « sociale », ce qui implique également son réseau et, corrolaire indispensable, son « profil ». Est il concevable qu’il existe autant de « réseaux » qu’il existe d’applications ? Que chaque utilisateur ait à  maintenir autant de profils qu’il utilise d’applications ? La réponse est évidemment non. A la fois parce que ce serait dramatiquement chronophage et que le réseau, qui a vocation à  globaliser l’accès aux individus et aux savoirs dispersés, se retrouverait lui même éclaté de manière parcellaire sur des outils auxquels tout le monde n’aura pas un égal accès. Bref, retour à  la case départ.

Quelles solutions ?

– ne pas traiter le problème. Le risque est évident : soit les collaborateurs vont perdre un temps fou soit ils se concentreront sur un seul outil et c’est le retour aux silos. Contre productif.

– choisir une application « maitresse » et négliger les profils et réseaux venant des autres. Possible mais avec un risque de sous utilisation du potentiel des outils périphériques.

– choisir une application « maitresse » et développer des connecteurs avec les autres afin d’unifier le réseau en maintenant une utilisation optimale de chaque outil. Choix optimal.

– parier sur l’émergence d’une offre réseau « standalone » qui viendra comme une surcouche à  tout ce qui sera utilisé dans l’entreprise. Pourquoi pas si les connecteurs sont bien développés et les API bien conçues. Mais cela reste un pari.

 
  • Arnaud Rayrole

    Mince alors, je pensais que tu allais répondre à  la question 😉
    Je suis d’accord avec ton début de réponse concernant le choix d’une application maitresse. Mais cela pourra fonctionner que si les éditeurs sont capables ensemble de définir un format d’échange sur les données liées au profil (issues de l’activité, pas que le déclaratif) tout en respectant certaines règles « ethiques » vis-à -vis de l’utilisateur qui souhaitera surement maitriser l’information qu’il partage entre ses outils à  composante sociale.