Bloc-Notes de Bertrand Duperrin

Reflexions sur l'entreprise, le management, la collaboration et les réseaux sociaux. Vers l'entreprise 2.0…

"Les entreprises les plus performantes sont celles qui pensent solidairement le changement technologique, le contenu du travail et le changement des rapports sociaux internes à l’entreprise” Antoine Riboud.
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Médias sociaux : y être, faire comme avant et faire du neuf

February 9th, 2010 · View Comments · Entreprise 2.0

De part et d’autres de l’Atlantique je vois sans cesse arriver des chiffres qui montrent que de plus en plus de personnes sont désormais “sur” un nombre croissant de réseaux sociaux, que tel pourcentage d’une classe d’age y est présent, quel tel pays y est beaucoup plus représenté ou comble son retard sur les autres etc…

D’où la conclusion qui s’impose à nous : tout le monde ou presque, est à l’aise avec cette logique et ces outils et, de fil en aiguille, tout le monde va être à l’aise pour les utiliser dans l’entreprise, voire les réclamer.

Une première réflexion sur le nombre d’utilisateurs. Quand on différencie le nombre d’utilisateurs inscrits du nombre d’utilisateurs actifs les chiffres font une chute abyssable, on l’a bien vu dernièrement avec twitter. Si je devais faire le compte du nombre de services où j’ai un compte que j’ai ouvert pour essayer ou où mon profil ne sert qu’à me trouver si on m’y cherche, et le nombre de services que j’utilise vraiment et qui tend à se réduire comme une peau de chagrin je pense que j’en aurai moi même le vertige. Si je me mets à la place de l’utilisateur “lambda” qui a fini par craquer à force d’être invité des dizaines ou centaines de fois par ses amis, contacts etc..à rejoindre la dernière plateforme à la mode et qui oublie au bout d’un mois qu’il y possède un compte…

Ce qui importe pour évaluer la santé des médias sociaux n’est pas tant le nombre d’utilisateurs que ce qu’ils y font (lorsqu’ils y font quelque chose). Oublions donc ceux qui y sont sans rien y faire et regardons ceux qui y sont actifs.

Prenons Facebook, par exemple. Regardez l’utilisation la plus courante qui en est faite. Dire ce qu’on fait, ce qu’on pense. Partager un trait d’humour le plus souvent. Partager quelque chose qu’on a vu ailleurs sur le net, image, vidéo, texte. Cela ne vous rappelle rien ? C’est ni plus ni moins ce qu’on faisait avec des emails en 2000. Aujourd’hui au lieu d’envoyer une vidéo à tout son carnet d’adresse par email, on la partage dans Facebook. On joue aussi sur Facebook…en 2000 les jeux étaient des petits services indépendants, on y jouait et on donnait l’adresse de nos amis pour les inviter à jouer. Aujourd’hui tout cela se passe au sein d’un environnement unique. Quand aux usages vraiment nouveaux, ils arrivent peu à peu, certains sont plus qu’intéressants, mais ils ne concernent qu’une infime minorité.

Prenons l’exemple de réseaux plus professionnels maintenant, LinkedIn ou Viadeo. Beaucoup y “sont”, s’en servent pour “pousser” leurs candidatures lorsqu’ils recherchent un emploi (d’une manière dont la conventionnalité la rend parfois maladroite) ou leur produit lorsqu’ils cherchent à vendre. Certains participent dans des groupes, mais là cela représente déjà moins de monde. Certains utilisent les possibilités de qualification et de filtrage tant pour connaitre que se faire connaitre (utiliser le réseau et ses maillons plus que l’approche directe) mais c’est encore plus rare.

Première conclusion : il y a une différence énorme entre “être” sur un réseau social et l’utiliser. Il y a ensuite une différence tout aussi importante entre “s’en servir pour faire comme avant” et “s’en servir pour faire des choses nouvelles”.

Passons donc maintenant au monde de l’entreprise…Il est acquis pour tout le monde que le passage de ces pratiques grand public à des pratiques d’entreprise est loin d’être aisé. Certaines difficultés sont éminemment culturelles et s’expliquent pays par pays.

Une autre partie du problème vient de la difficulté à passer le “mur de l’entreprise”, autrement à traduire des pratiques personnelles en termes professionnels. Cela peut également revêtir une dimension culturelle, locale, mais il m’est avis que c’est davantage une problématique plus globale. Il s’agit d’une frontière entre un monde de divertissement et le monde du travail.

Il s’agit enfin, à mon avis, de la fréquente non prise en compte de la situation individuelle du collaborateur, de ses besoins, et de sa capacité de changement (ce qui n’est pas le moindre des combles pour des concepts supposés être centrés sur l’individu).

Si l’entreprise et le monde du web 2.0 sont différents, il est des logiques individuelles qui demeurent communes. Sur le web la plupart des individus utilisent les nouveaux outils pour faire ce qu’ils faisaient auparavant avec d’autres outils. Une faible majorité développe naturellement des pratiques nouvelles. Et ce qui fait passer la majorité à la nouveauté est une période d’apprentissage qui les aide à devenir à l’aise avec la transposition de pratiques connues dans un univers nouveau, puis la transformation de ces pratiques au fil de la maitrise d’outils nouveaux, puis l’invention de pratiques nouvelles à la fois parce qu’une certaine maturité a été acquise, que les craintes disparaissent et parce qu’on a pu observer ceux qui allaient plus loin et qu’on se décide à leur emboiter le pas.

Ce cheminement a été peu voire pas pris en compte au niveau de l’entreprise. Les pratiques nouvelles et anciennes y ont été souvent opposées au lieu d’être présentées comme complémentaires. Ce qui a également empêché de penser le cheminement qui amènerait le collaborateur à “grandir” comme il le fait sur le web. Ainsi ont été opposés les groupes structurés aux réseaux, les documents aux échanges, ce qui est imposé à ce qui est choisi, etc… Les premiers étant has been, les seconds étant l’avenir. Et l’avenir n’apparaissait pas comme  permettant de faire facilement tout ce qu’on fait aujourd’hui. Or le collaborateur, pour utiliser les outils d’avenir, demande à pouvoir commencer par y transposer son présent.

Le travail ne s’inscrit pas pleinement dans l’une ou l’autre de ces alternatives mais dans les deux. Et on ira vers la nouveauté que lorsqu’elle lui apparaitra comme la suite logique de l’actuel, une évolution vers un “mieux” vers laquelle il se dirigera pas à pas.

Comment sortir de ce cul-de-sac ? En installant le collaborateur dans une logique de cheminement plus de que rupture. Lui permettre de démarrer de ce qu’il connait et progresser pas à pas vers l’inconnu. Enrichir son présent plutôt que le forcer à sauter vers un avenir qu’il ne maitrise pas. Et faire en sorte, techniquement parlant, qu’il n’ait pas l’impression que chaque pas l’amène dans un nouvel “outil bulle” déconnecté des autres mais le fasse avancer au travers d’une suite d’outils qui suivent ses propres pas.

Bref construire à la fois un “monde d’outils” et un processus d’adoption et de compréhension où chaque étape est compris comme un enrichissement de l’étape précédente, une extension de ce qu’ils connaissent. Et où chacun pourra dans un environnement unifié  adopter les pratiques adaptées à chaque situation sans se poser en permanence la question manichéenne du “social ou pas social”. Car cette question qu’on peut se poser au niveau macro ne concerne pas l’utilisateur final et lui a été imposée par le caractère binaire de nombreuses approches. Que l’utilisateur final se contente de se demander “comment aller un pas plus loin pour surmonter une difficulté” au lieu de “vais-je trouver la réponse dans ce paradigme inconnu et quelle est la nature du risque auquel je m’expose en allant voir”.

N’oublions pas que nous avons en vue le futur. Mais que lorsque le futur est proposé au collaborateur il regarde d’abord son présent et ses contraintes actuelles. Et si le chemin ne lui semble pas clair il ne fera pas un pas de plus. Et que par conséquent on n’amènera davantage qu’une minorité de convaincus à se lancer dans le grand bain social qu’en leur montrant comment le outils nouveaux peuvent déjà faciliter leur présent à moindre risque.

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  • Les nouveautés attirent toujours, elles doivent faire l'objet de publicité pour accroître le nombre d'utilisateurs des r"seaux sociaux.
  • arkandis
    Je partage entièrement ta remarque liminaire sur l'intérêt qu'il y a pour l'entreprise à ce que ses collaborateurs pratiquent, découvrent dans leur univers de loisirs ces nouvelles pratiques de communication. Plutôt que de décourager l'usage de FaceBook au bureau celui-ci devrait être plus que toléré.

    La transposition des pratiques mail dans les plates-formes sociale change tout de même la donne. Par mail on partageait au plus ses découvertes vidéos avec quelques contacts, avec les plates-formes sociales, tous ses amis sont inclus dans la boucle de partage. Et puis à travers le partage on construit consciemment par petites touches sont identité numérique. Un autre aspect à valoriser dans l'entreprise...
  • jlc
    Bien d'accord. Mais le concept d'entreprise 2.0 ne véhicule pas tout ca. Il a fait son office pour attiser la curiosité, cette étape étant dépassée, il me semble qu'il est temps de le tuer.
    Mais bien sur l'efficacité à l'heure de l'économie numérique reste un défi pour toute les entreprises. Alors pourquoi pas " the digital efficiency" sic .
  • Tu ne crois pas si bien dire...il est effectivement en bout de course. Il a eu le don de mobiliser des énergies pour oeuvrer ensemble de manière pluridisciplinaire et non plus chacun dans son coin. Maintenant il faut éviter qu'il ne devienne une coquille vide qui serait son propre but.
    Digital efficiency...pourquoi pas. Mais le "digital" n'est qu'un moyen non ? Et comme tout n'est pas 2.0, tout n'est pas digital non plus. Efficacité tout court ? Au moins tout le monde comprend de quoi cela parle et ça reste au final l'objectif poursuivi non ?
  • jlc
    J'entends comme une évolution de ta pensée... On est loin de l'entreprise 2.0 qui symbolisait la rupture, la version 2 remplaçant la version 1!
  • Oui et non. Il y a l'objectif et le chemin...

    Remarque que j'ai toujours dit qu'il s'agissait plus d'une affaire de "et" que de "ou". Cela fait plus d'un an que je m'arrache les cheveux pour faire passer le message du "le 2.0 c'est une composante de l'entreprise et non pas l'entreprise".
    Tout n'est pas que "social" ou "traditionnel", il faut passer de l'un à l'autre suivant le contexte. Or l'un est connu, l'autre demeure inconnu (donc inquiétant ou sans intérêt) pour la grande majorité. Il faut donc trouver le moyen d'y amener chacun à sa vitesse.

    Il ne faut pas perdre de vue non plus l'objectif qui est quand même de travailler plus efficacement. Cela nécessite certaines choses qu'il ne faut pas confondre avec l'objectif final, notamment sur la dimension managériale et culturelle.

    Certaines entreprises ont attaqué par le "big bang" culturel. Pour d'autres la culture et le management évolueront peu à peu au fur et à mesure que de nouvelles pratiques les feront lentement et imperceptiblement bouger.

    Pas de solution générique donc, mais il faut avoir conscience qu'il y en a une qui conviendra à davantage de cas que l'autre.

    Au final le résultat sera le même.

    Par contre il y a un point sur lequel je suis vigilant sur ce que je peux lire et entendre. Au bout du compte l'entreprise sera quoi qu'il en soit transformée, comme ça lui est déjà arrivé auparavant. Par contre il ne faut pas se tromper de combat et se servir de la transformation des "activités de production" comme pretexte pour construire un monde nouveau. L'évolution des paramètres humains, managériaux etc... a pour but de rendre l'entreprise pas efficace, pas de réaliser les rêves de certains peu importe l'impact sur la performance.
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