Résumé : Google vient de mettre un terme à  l’aventure Wave. Au delà  de la déception de ceux qui y ont adhéré à  l’outil un grand nombre de leçons sont à  tirer de l’aventure, notamment sur l’échec systématique des outils de collaboration non liés à  des contextes et process business. Mais l’avenir de Wave n’est il pas justement de devenir une « couche logicielle » plutôt qu’un produit ?

Google a d’annoncé la mort de Google Wave la semaine dernière. Selon les mots de l’éditeur :

But despite these wins, and numerous loyal fans, Wave has not seen the user adoption we would have liked. We don’t plan to continue developing Wave as a standalone product, but we will maintain the site at least through the end of the year and extend the technology for use in other Google projects.

Comme à  toute chose malheur est bon, essayons d’en comprendre les raisons et d’en tirer d’éventuelles leçons…

1°) Trop bien trop tôt ?

Peut être Google était il trop en avance sur son temps. C’est d’ailleurs ce que suggère Michael Arrington et c’est certainement une partie de l’explication. Ca n’est ni la première ni la dernière fois que ça arrivera et il suffit de regarder ce qu’Apple à  fait vers la fin des années 80 et le début des années 90 pour se rappeler que nul n’est à  l’abris de ce genre d’erreur, que ça peut faire très mal mais qu’on peut également s’en remettre.

2°) Un produit pas fini

C’est en tout cas ce l’impression donnée par Wave dans les premiers temps. Alors bien sur le produit s’est continuellement amélioré mais c’était trop tard pour récupérer les premiers utilisateurs déçus qui avaient d’autre chose à  faire que de tester « un outil de plus » en attendant qu’il devienne utilisable. Le pire étant que les utilisateurs en question…étaient supposés être les « power users » qui allaient tirer le phénomène. Perdu.

Par contre Wave aura été instructif pour tout le monde en montrant les limites d’un « stream » puissant et riche : son manque d’utilisabilité. Nul doute que d’autres ont retenu la leçon…et on en parlera dans un futur billet.

3°) Une erreur de positionnement

Excessivement puissant et riche, Wave n’était pas comme Google Apps, Gmail et d’autres services un produit dont le grand public pouvait s’emparer rapidement. A la limite c’était davantage un produit d’entreprise même si cela ne veut pas dire que les choses auraient été simples de ce coté. Mais plus qu’un outil de communication il s’agissait d’un outil de collaboration. Sur le web on communique par envie et on collabore par hasard, dans l’entreprise on collabore par nécessité et il se peut qu’il ait été plus simple de trouver une population cible, même réduite au départ, en entreprise.

4°) Un outil mal adapté à  l’entreprise

Wave était peut être un outil d’entreprise par nature mais pas dans sa réalisation (une lacune qu’il partage, reconnaissons le, avec une grande partie des outils dits d' »entreprise 2.0″). La notion de contexte y était, en effet, totalement absente.

C’est que que souligne d’ailleurs avec justesse Sameer Patel :

But there’s a more important issue at play here. My sense is that the primary culprit here is lack of context.  No matter how sexy, the use case for silo’ed, dumb “un-smart” collaboration still generally goes like this:

* Think up/get notified of a process problem or event
* Remember that a bunch of tools and metaphors (email, phone, he conf room, software) exists that can help decision facilitation/brainstorming
* Group/find the right people to collaborate
* Pick a collaboration metaphor that works for everyone
* Solve the problem
* Go back to the system of record or powers that be, to deliver the outcomes.

Ah les process ! Aimez les, haà¯ssez les, challengez les mais, si vous voulez réussir dans l’entreprise, ne les ignorez pas.

Reconnaissons à  la décharge de Google qu’ils n’ont pas été aidés. Au départ l’outil était fait pour s’intégrer avec des outils structurants, comme le montrait une démo qui avait pas mal circulé (avec SAP je crois…). Mais si les développeurs ne se lancent pas dans l’aventure (et pourquoi le feraient ils pour un outil qui n’a pas franchi la porte de l’entreprise) il ne fallait pas non plus  attendre de miracles de la part des autres éditeurs qui développent de leur coté des couches « sociales » pour leurs propres outils.

5°) Une approche « éditeur » et techno-centrée

Il y a une phrase dans le communiqué de Google qui m’exaspère au plus au point (mais elle aurait pu venir de nombreux autres éditeurs…)

Wave has not seen the user adoption we would have liked.

Je ne peux m’empêcher d’entendre : « On a fait un gentil produit et nous sommes déçus que les utlisateurs ne nous aient pas pas rendu cette gentillesse en l’utilisant ». Ou encore « notre boulot c’est de faire du soft, après le travail des utilisateurs c’est…de l’utiliser ». Il faudrait presque culpabiliser d’avoir amené Google à  prendre cette décision.

Non, l’utilisation d’un produit n’est pas une obligation pour l’utilisateur et encore moins son « travail ». Si un produit est bien conçu et a du sens il sera utilisé. S’il est bien conçu et que ça n’est pas le rôle de l’éditeur de lui donner du sens, alors il faut trouver les relais qui lui en donneront et avoir un message fort.

Et avec ce type d’outil une grande partie du sens (mais pas tout) vient du contexte…ce qui nous ramène au point précédent.

6°) Et puis après tout Google Wave n’est pas mort

Dans l’annonce de Google le plus important n’est pas la fin de Wave…c’est ce qui suit :

We don’t plan to continue developing Wave as a standalone product, but we will maintain the site at least through the end of the year and extend the technology for use in other Google projects.

Ce qu’on peut traduire en gros par « on garde le mécanisme pour le mettre par petites touches là  où il aura du sens ». Un premier pas vers la « mise en contexte » nécessaire. Potentiellement oui…mais j’y crois peu. C’est le « for use in other Google projects » qui m’inquiète. Soit les projets en question ressemblent au « Social Layer » de Social Text et le potentiel est réél (pour peu que Google arrive à  se positionner comme un éditeur crédible en entreprise pour autre chose que du search et de la bureautique 2.0…ce qui est loin d’être évident), soit ses produits, faute de contexte, n’iront jamais au delà  de leur périmètre (réduit) actuel.

Mais au fait Google veut il vraiment être un acteur crédible et majeur sur le marché du logiciel d’entreprise au delà  du trio mail/search/bureautique ?

Quoiqu’il en soit il va falloir faire vite. Comme je le rappelais ce lundi, « LaTechnologie c’est comme le poisson…plus ça reste en rayon moins c’est appetissant ».