Résumé: tout le monde a conscience de la nécessaire et inéluctable évolution du rôle de manager. Mais de l’idée aux actes la route est longue. Il se trouve que la représentation mentale du manager construite à  l’école et présente dans l’esprit de tous dans l’entreprise alliée à  une culture du contrôle visuel amène à  privilégier l’activité visible à  l’action de fond. En entretenant le mythe de l’homme d’action (immédiate) plutôt que de l’homme de systèmes et en confondant recul et inaction, on continue à  insuffler dans nos organisations le germe de la stagnation.

On fera ce qu’on voudra, certaines images ont la vie dure et restent profondément ancrées dans les esprits. Au nombre de celles-ci, le manager superman qui par son action sauve le monde (ou en tout cas l’entreprise). Bien sur, cette image se double d’un grand nombre d’autres choses en toile de fond : quelqu’un qui agit, quelqu’un qui fait, quelqu’un qui est débordé.

Bien sur je ne crois pas qu’il existe un manager convaincu par cette image, bien au contraire. Ils ont plutôt tendance à  dire qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils ont la tête sous l’eau. Aussi bizarre que cela puisse sembler, il me semble par contre que cette image existe encore beaucoup chez les jeunes, les étudiants notamment. Mais c’est relativement normal dans la mesure où ils n’ont pas encore été trop confrontés à  la réalité des organisations, ont une vision idéalisée de ce que peut être leur futur professionnel et sont encore mal à  l’aise au niveau entre la distinction entre l’omnipotence nécessaire à  l’atteinte des résultats et le leadership.

Remarquons aussi que cela va à  l’encontre de tous les constats qui peuvent être faits aujourd’hui sur l’avenir du rôle de manager. Quelqu’un qui est davantage dans le leadership et la facilitation, qui fonctionne davantage par subsidiarité, bref l’antithèse du micro-management encore très présent dans les esprits.

Et alors ?

Que penseriez vous d’un candidat qui dise « je compte mettre mes équipes en capacité d’être auto-suffisantes pour faire leur travail quotidien pour n’intervenir que si un problème nécessite que j’intervienne en tant que hiérarchique, que décisionnaire ou que personne qui peut faire passer une information à  un niveau plus haut. Comme cela j’aurai non seulement davantage de temps pour venir en support à  ceux qui en ont vraiment besoin mais en plus je pourrai prendre de la hauteur et penser à  comment maintenir ou améliorer le niveau de performance dans le temps. Ce faisant non seulement j’améliore les compétences et l’employabilité de chacun mais, en plus m’inscrit dans une logique d’amélioration permanente de l’organisation et de sa performance » ?

Séduisant  à  l’heure de l’entreprise 2.0 et du social business non ?

J’en parlais avec quelqu’un dernièrement qui me disait : « c’est en effet un avenir qu’on ne pourra éviter. Par contre personne de donnera un job à  quelqu’un qui a un tel discours car on comprendra « payez moi cher pour en faire le moins possible » ». D’ailleurs dans l’open space ce manager qui éviterait d’être débordé pour prendre de la hauteur passerait pour un fainéant car il n’aurait pas l’air de courir dans tous les sens. De toute manière qui va dire « je veux être de moins en moins indispensable dans le quotidien afin d’avoir les moyens d’inscrire mon action dans la performance durable ». On paie les gens pour être indispensables sinon pourquoi les recruter. Le serpent se mord une fois encore la queue.

En fait, avons nous conclu, nous ne savons pas faire la différence entre « faire » et « agir ». On veut des gens qui agissent, soit, mais on veut voir cette action de visu ce qui se traduit par une propension de la part de la personne observée à  rendre son action visible. Une activité visible de suite plutôt que résultats visibles demain ?

En fait nous avons une sorte d’image mentale et l’habitude du contrôle visuel qui nous font confondre

Business et busy-ness

Agir et faire

Leadership et inaction

Et nous font considérer que :

Supporter n’est pas manager

Le leadership ne produit rien

Dit autrement, le manager de demain, celui-là  même que toute entreprise veut voire émerger n’est ni acceptable dans l’openspace d’aujourd’hui et ne passera certainement pas le cap de l’entretien d’embauche quand bien même il est désiré par la direction.

C’est toute une réprésenation mentale du rôle de manager qui est à  reconstruire car elle influe inconsciemment les choix des uns et les comportements des autres quand bien même ils seraient convaincus qu’autre chose est nécessaire voire mandatés pour le mettre en place.

En attendant on insuffle au quotidien dans l’organisation tout ce qui est nécessaire à  sa stagnation.

A l’heure du « servant leadership » il va falloir comprendre une fois pour tous que Superman avec ses collants bleus et sa cape rouge est juste inadapté et ringard.