L’entreprise 2.0, boite de Pandore ?

Résumé : l’entreprise 2.0 était vue, à ses débuts, comme la solution à tous les problèmes que l’entreprise accumulait depuis des années sans trop oser les traiter de front. De fil en aiguille la solution s’est avérée plus complexe que prévue à mettre en œuvre. Au final, pour faire fonctionner cette entreprise 2.0 il apparait qu’il faut traiter…les problèmes que l’entreprise 2.0 était au départ supposée résoudre. Elle n’a en fait que remettre l’entreprise face à ses enjeux et ses responsabilités. En fait entreprise 2.0 et social business n’étaient pas la solution. Juste des principes qui aident à résoudre des problèmes auxquels on ne peut définitivement plus tourner le dos.

Certains trouveront la chose ironique, d’autres se diront qu’il s’agit d’un juste et logique retour des choses. Il n’empêche qu’il y a finalement quelque chose de savoureux dans l’évolution des notions d’entreprise 2.0, social business et autres avatars de l’entreprise moderne, digitalisée et réseauteuse. Un quelque chose qui confortera ceux qui pensent que le succès n’arrive jamais par chance et qu’il vient toujours un moment où il faut regarder les vrais problèmes en face…et les régler.

Les raisons pour lesquelles les entreprises doivent évoluer, changer leur modèle sont légion et connues. Certaines plus pertinentes et profondes que d’autres mais ça n’est pas la question ici. Tout le monde a toujours eu conscience qu’il ne s’agissait pas de faire de la pure cosmétique organisationnelle mais qu’il fallait plonger les mains au plus profond de la systémique  de l’entreprise et détricoter le capharnaüm qu’on a savamment construit année après année, décennie après décennie, en empilant couches et surcouches, en compliquant au lieu de simplifier. Un besoin évident…tout autant qu’il est compréhensible que vu l’ampleur de la tâche on recherche désespérément et indéfiniment la baguette magique qui permettrait de tout régler sans s’attaquer à une tâche d’une telle ampleur. D’autant plus que plus on repousse l’échéance en attendant de trouver la baguette magique, plus l’ampleur de la tâche s’accroit.

Là dessus l’entreprise 2.0, ou appelez ça comme vous voulez, est arrivée comme du pain béni. En effet les collaborateurs allaient adopter des comportements et pratiques vertueuses, efficaces, « gagnant-gagnant » permettant d’être plus efficaces aujourd’hui, préparer l’avenir, de reconstruire le lien social et tout cela spontanément, le plus naturellement du monde. A condition de leur donner les outils le permettant. On ne change rien, on ne met pas les mains dans le complexe moteur, on évite les soucis politiques et humains…on ajoute une surcouce qui n’impacte en rien les bases, les fondamentaux, le système et tout va s’arranger.

Le pari était tentant. Et il a été tenté.

On s’est rapidement rendu compte que l’adoption était tout sauf évidente. On a donc mis le paquet sur le sujet. Et puis on a vu que faire adopter les outils ne fonctionnait pas…ou alors en s’évertuant à créer une activité artificielle qui justifiait peut être l’investissement technologique mais ne profitait en rien à l’entreprise. Alors on a travaillé sur l’adoption des pratiques et usages. Pour se rendre compte qu’il s’agissait d’une affaire de sens, d’alignement et de systéme. Et qu’au final il fallait donc travailler sur….toute la masse choses qu’on avait savamment caché sous le tapis et que l’entreprise 2.0 devait éviter de traiter.

En croyant régler des problématiques organisationnelles et humaines à moindre frais grâce à des projets de ce type l’entreprise n’a fait qu’ouvrir la boite de Pandore, celle qui lui renvoie, tel un boomerang, ses limites, ses faillites, tous les chantiers qu’elle a cru pouvoir enterrer et lui montre l’ampleur du travail à accomplir.

En fait entreprise 2.0 et social business n’étaient pas la solution. Juste des principes qui aident à résoudre des problèmes auxquels on ne peut définitivement plus tourner le dos.

 

  • Pingback: Etude de cas sur le travail coopératif en ligne | Travail en Réseau - Lilian Ricaud

  • http://www.facebook.com/laurent.derauglaudre Laurent De Rauglaudre

    Il est en effet amusant (ou plutôt étonnant) de constater que l’illusion de l’apport technologique ou de la mise en place de système(s) permettraient de contourner la dimension du sens. La piste de « l’alignement » est à approfondir : comment se fait-il que la réussite individuelle – et partant celle de la collectivité – devienne évidente quand le sujet vibre sur le thème qu’il porte, alors que le même individu sombre sur un autre projet ?

    Dans les « arbres de connaissances » (http://astore.amazon.fr/laurentderaug-21), les auteurs développaient cette spécificité qui fait de chacun un arbre unique, capable de livrer des certificats de compétences relatifs à son propre niveau d’approfondissement (d’épanouissement ?).

    2.0 ou 3 ou 4, la vibration performante ne provient-elle pas davantage du bon accord intérieur, indépendamment des technologies et autres modèles ?
    Travailler sur soi, aider les autres à accorder leur violon intime, une priorité pour tous…

    Laurent

    http://www.laurentderauglaudre.com