Résumé : la question de la gestion du temps et de la priorisation des tche des collaborateurs va devenir essentielle dans une entreprise en réseau où l’on s’attend à  voir l’autonomie des uns et des autres accrues et une forme d’intrapreneuriat émerger. Objet de toutes les sollications, le collaborateur va devoir arbitrer…mais en fonction de quoi ? Faute de réflexion sérieuse en la matière, une seule voie émerge : le marketing du besoin interne reposant sur la gamification. Une approche insatisfaisante mais qui reste la seule possible tant qu’on se refuse à  un vrai travail sur la question de l’allocation des ressources dans les formes d’organisation à  venir.

Temps et attention sont les deux ressources principales dont l’entreprise va devoir optimiser l’utilisation dans les années à  venir.

On le sait, avant même le temps c’est l’attention qui est la ressource rare et critique des salariés. C’est pour cela que face à  la masse d’information disponible et à  la quantité de signaux leur étant envoyée, qui sont des réalités contre lesquelles on aura du mal d’aller, on commence enfin à  réagir davantage en termes de filtres et de « Business Intelligence personnelle ou sociale » plus qu’en termes de gestion de la quantité. C’est pour cela que les directions de la communication réfléchissent (surement mais souvent trop lentement) à  un changement de paradigme qui les amènera de l’exploitation du temps de cerveau disponible (approche quantitative) au « ciblage social » (approche qualitative).

Mais l’attention, qui est la première chose en jeu vu qu’elle est mobilisée dès la réception d’un signal n’est pas le seul enjeu. Une fois le message ou le signal reçu il faut parfois agir, ce qui prend du temps. Si c’est pour lire un message, prendre connaissance d’une information c’est juste un peu de temps (mais lorsque c’est souvent cela commence à  faire beaucoup)…mais s’il s’agit d’entreprendre une vraie action, là  ça commence à  vite chiffrer. Et d’autant plus que l’action en question n’est pas nécessairement sur la feuille de route du salarié et que son manager s’attend peut être à  ce qu’il consacre son temps à  autre chose.

En effet, dans l’entreprise intelligente, agile, en réseau que beaucoup appellent de leurs voeux, le salarié n’est plus un élément productif isolé et spécialisé mais un actif, un talent mobilisable au gré des besoins. Le tout étant bénéfique à  l’entreprise (meilleure allocation talent/besoin) et au salarié (épanouissement, reconnaissance, utilité etc..). On peut donc légitimement s’attendre à  une sur-sollicitation des talents en question qui vont devoir hiérarchiser et prioriser pour décider ce qu’ils vont faire. Et comme de bien entendu chaque personne qui sollicite quelqu’un d’autre espère bien que « sa » tche sera l’heureuse élue. Le principe s’applique aussi bien pour des sollicitations hors flux de travail (bouteille à  la mer jetée sur un réseau ou une communauté) que dans le flux (tches devant être réalisées de toute manière mais chaque responsable espérant que la sienne passera en premier).

Une des dernières tendances à  la mode dans le « social quelque chose », la gamification dont on a déjà  parlé ici à  quelques reprises, peut servir (entre autres choses), à  régler ce problème. Comme cela est en effet évoqué dans cet article qui étude ses apports en termes de motivation

The accessibility of information on the Internet and the ability to gather and share information has increased significantly over the past five years, » she said. « Also, you’re competing with other activities that a user might be able to do. How can you make your activity more appealing than other activities?:

Soit, dit en français

L’accessibilité de l’information sur internet et la capacité à  rassembler et partager de l’information se sont accrues de manière significative lors des cinq dernières années […] Aussi, vous êtes en compétition avec d’autres activités qu’un utilisateur est en mesure de réaliser. Comment pouvez vous rendre votre activité plus attrayante que les autres ?

Alors, dans un contexte web client…pourquoi pas. Mais en entreprise laisser reposer des choix qui ne conditionnent ni plus ni moins que l’allocation des ressources (excusez du peu) sur ce qui ne relève ni plus ni moins que du concours de beauté relève clairement du non sens.

Je ne dis pas que rendre une activité amusante, ludique et attrayante n’a pas du bon. D’ailleurs cela peut s’appliquer à  tout, même lorsqu’aucun choix d’allocation n’est en jeu. Par contre, malgré tous les efforts consentis il restera toujours des activités moins « séduisantes » que d’autres, de par leur nature ? Cela signifie t-il qu’on va les laisser en plan ? Pire encore, il y a une notion de criticité d’une activité à  un moment donné qui fait que séduisante ou pas, ludique ou pas, quelqu’un devra s’y collé de gré (c’est mieux) ou de force.

Laisser les personnes en charge d’activités passer (perdre ?) leur temps à  les enjoliver pour les inscrire à  un concours de beauté, laisser croire qu’entre marketing personnel et marketing des activités un équilibre joyeux et harmonieux fera en sorte que chacun ne fera que ce qu’il aime et qu’à  coté rien ne sera négligé et laissé en plan est trompeur, déceptif…et d’une certaine manière dangereux. l

Je sais que, par rapport à  un status-quo contre productif il est de bon ton de proposer un futur béatement idyllique et de cacher les problèmes sous le tapis et se disant qu’il sera bien tant de les résoudre lorsqu’ils se poseront, l’expérience prouve que, pour les dirigeants à  qui ce discours s’adresse, s’abstenir de mentionner qu’on en a conscience quand bien même la solution ne serait pas encore évidente n’a rien de rassurant. Bien au contraire.

Au travers de cet exemple on voit surtout un sujet capital complètement sous estimé : celui de l’allocation des ressources dans l’organisation de demain telle qu’elle semble souhaitée. Ni rigide et contreproductive comme aujourd’hui où elle est une barrière majeure à  la collaboration, les activités transverses, l’innovation et j’en passe mais surement pas libre et spontanée comme sur le web grand public. Si les choses évolueront au fil du temps et de l’expérience il ne faut pas en effet croire qu’on arrivera à  avancer sans un brin de réflexion préalable. Il s’agit d’un enjeu organisationnel, managérial, comptable qui ne se réglera pas en priant pour l’existence d’une sorte de main invisible sociale. Mais visiblement un sujet qui n’intéresse absolument personne.