Les chartes d’utilisation des médias sociaux sont un sujet d’importance pour les entreprises. Et pas uniquement du point de vue de l’utilisation des outils internes mais également pour ce qui est de l’utilisation à  titre personnel ou en tant que salarié d’outils externes, grand public. Le « à  titre personnel » peut surprendre mais la réalité est là  : on finira toujours par relier une personne à  sa fonction et, dans des ordres de grandeur qui différent selon les cas, l’entreprise peut avoir à  ptir de comportements privés. Remarquez que cela est également vrai pour la vie « offline », donc il n’y a rien de nouveau ici.

On dit souvent que ce type de document à  pour vocation de brider et contrôler le salarié. Je ne suis pas d’accord avec cela. Effectivement il y a un risque pour qu’une entreprise confonde charte et clôture barbelée, érige de manière unilatérale une liste de « ne…pas » ou de « vous pouvez…mais à  vos risques et périls » dont l’effet est dévastateur. Tant mieux si c’est l’effet recherché (mais les dégts collatéraux viendront plus tard…), dommage si c’est par pure immaturité.

Une charte ne sert pas à  enfermer mais à  créer une zone de confiance

A mon avis (et par expérience) de telles chartes, éventuellement complétées de formations ou séances de sensibilisation « pratiques » servent à  construire ce que j’appelle des zones de sécurité et de confort. De quoi s’agit il ? Du fait que le collaborateur sache que tant qu’il reste dans les clous il ne lui arrivera jamais rien et que, de son coté, l’entreprise rassurée par le fait que les salariés connaissent les enjeux et les « bonnes pratiques » les laisse vivre leur vie, leur fasse confiance voire s’appuie sur eux. De l’intérêt, d’ailleurs, de faire de la construction de cette charte un événement collectif, un échange entre l’entreprise et ses collaborateurs.

Ceci dit la charte a du mal de se départir de son aspect « normatif » et unilatéral. Elle est vue comme un outil que l’entreprise mets en place et que les salariés respectent. C’est, encore une fois, loin de la réalité.

Les entreprises désirent des collaborateurs / ambassadeurs responsables, engagés et moteurs. Idéalement certains seront beaucoup plus impliqués que d’autres et iront très loin dans la « socialisation » de leur fonction, ce qui implique échanges, discussions, prises de position, prises de paroles etc. C’est typiquement ce que raconte Ed Brill dans Opting In : comment ses usages, postures et comportements ont évolué dans le cadre de sa fonction de directeur produit. Mais il y a une anecdote que raconte Ed qui montre que pour le système fonctionne il faut davantage qu’une tolérance encadrée de l’entreprise : il faut une application « active » de la charte.

L’entreprise a un devoir par rapport au salarié qui respecte sa charte des médias sociaux

Qu’est ce que cela signifie ?

Ed nous raconte qu’à  quelques reprises un billet de blog ou une prise de position publique ont fait grincer des dents, en interne ou en externe, jusqu’à  engendrer des plaintes qui sont remontées très haut chez IBM. Qu’à  fait sa direction ? Elle a validé le fait que Ed avait bien respecté la charte et, dès lors, dit au plaignant que non seulement l’entreprise ne ferait aucune remontrance à  Ed mais, plus encore, qu’elle le soutenait totalement face aux reproches qui lui étaient fait.

Voilà  ce que j’appelle une application active de la charte. Lorsqu’un salarié est mis en cause en l’ayant respectée, il doit être certain du soutien actif de son employeur, et ce quelle que soit la personne qui se plaigne.

Sans cela il ne s’investira pas ou à  reculons, a minima. Et l’entreprise perdant ses salariés en tant que relais le paiera dans une large mesure. Vous me direz que cela nécessite une certaine dose de confiance. Effectivement. D’où l’intérêt de faire de la rédaction de la charte un événement collectif et fédérateur. Et à  partir du moment où ses dispositions conviennent à  tous il n’est plus question, pour des raisons d’opportunités, de « lcher » un salarié qui a respecté des règles construites collectivement sous prétexte que ses mots ont déplu à  untel ou untel.