Le problème d’une collaboration efficace : elle rend les gens inutiles

uselessC’est le paradoxe de la collaboration : il y a peu d’idées qui sont à  la fois autant louées pour leurs bénéfices et aussi compliquées à  mettre en œuvre même par ceux qui en font l’apologie. Et parfois même surtout par eux.

Un tweet à  circulé sur twitter il y a quelques temps. Il disait que le web détruisait des emplois. Chiffres à  l’appui : Kodak avait 14 000 salariés, Instagram en a 13. CQFD.

Un raccourci surement un peu trop facile. Si Instagram représente une évolution des usages qu’à  pu rater Kodak la comparaison s’arrête là . Mais l’idée n’est pas dénuée de tout fondement : une entreprise qui exploite au mieux la capacité collaborative et participative du web social a besoin de beaucoup moins d’employés qu’une qui ne le fait pas, et ce pour arriver à  des résultats supérieurs.

La collaboration transforme les structures

C’est d’abord au niveau du marketing et globalement de la mobilisation des clients et du grand public que cela se voit. Une bonne utilisation des médias sociaux peut largement mettre au chômage un grand nombre de petites mains de votre département marketing ainsi qu’à  la communication. Idem pour le support client : ce qui rend possible le modèle des opérateurs téléphoniques low cost est le transfert de tout ou partie du support vers des communautés d’utilisateurs.

On peut même aller jusqu’au développement d’activités économiques sans les acteurs traditionnels. Le crowdfunding qui contourne tous les circuits bancaires et financiers traditionnels en est un exemple criant. Une seconde économie invisible, digitale, connectée, spontanée se met et en place et elle fait un mal énorme à  l’économie tangible, visible que nous connaissons.

La fin des activités d’intermédiation et de coordination

D’une certaine mesure ce sont tous les rôles d’intermédiation et de coordination qui sont aujourd’hui en voie d’extinction dès qu’une collaboration efficace se met en place.. On rétorquera, à  juste titre, que si ces rôles disparaissent d’autres émergent et c’est vrai. Mais le taux de remplacement est largement inférieur à  1:1.

Et s’il existe un lieu où les rôles de coordination et d’intermédiation sont pléthoriques c’est bien l’entreprise. D’ailleurs lorsqu’on demande quels sont les bénéfices attendus d’une meilleure collaboration on obtient souvent les mêmes réponses : une coordination plus fluide, moins d’intérmédiaires entre celui qui a un besoin et celui qui a la réponse etc. On en revient au traditionnel débat sur l’évolution du rôle du manager, de courroie de transmission à  facilitateur : non la fonction ne disparaitra pas mais elle évoluera. Mais une chose est certaine : elle diminuera d’un point de vue quantitatif et la grande majorité de ceux qui ne servaient que de rouage devra se retrouver une autre raison d’être. Très facile à  dire vu de l’extérieur mais, dans les faits, demander à  quelqu’un de participer activement à  un projet dont il comprend qu’une des conséquences sera de le rendre inutile sans qu’il voit quelles seront ses alternatives ensuite n’est pas la chose la plus simple.

Travailler ou participer ?

J’ai déjà  entendu des gens dire “j’aurai réussi le jour où j’aurai rendu ma fonction inutile”. Mais il faut avoir certaines certitudes et une vision solide de l’avenir pour en arriver là . Remarquez bien que ceux-ci font bien la différence entre eux et leur fonction du moment. Cela pose la question de l’employabilité, de la polyvalence, de la résilience. Mais n’occulte pas, une fois encore, qu’il est fort peu probable que les activités nouvelles générées par le changement remplacent celles qu’il détruit avec un taux de 1 pour 1.

Voilà  pour les faits bruts. Maintenant cela n’empêche pas qu’une meilleure collaboration à  grande échelle crée énormément de valeur et que la vraie question qui se pose est d’apprendre à  lier revenu et activité plutôt que revenu et travail. Hors et dans l’entreprise. Car l’idée de rendre son job inutile puis de se consacrer à  une économie de la participation qui ne rémunère pas ne séduira pas grand monde.