Selon une récente du Gartner, le BYOD (ou bring your own device) va généraliser d’ici 2017 et ce qui n’est aujourd’hui qu’une mode ou une faculté devenir une norme.

Il s’agit de la capacité offerte par les entreprises à  leur salarié à  utiliser leurs périphériques personnels (mobiles, tablettes ou PC) au lieu d’un matériel fourni par l’entreprise.

Selon Gartner, donc, d’ici 2017 la moitié des entreprises demanderont à  leurs salariés de travailler avec leurs propres outils.

Le BYOD : un casse-tête pour les DSI

Une révolution pour les DSI qui prennent de plein fouet cette énième avatar de la consumérisation de l’informatique d’entreprise. Parce que quoi qu’on en dise cela n’est pas sans poser quelques questions. Déjà  en termes de compatibilité des applications métiers. Certaines d’entre elles font leur age et, très spécifiques, n’ont pas évolué depuis des années et seraient bien en peine de fonctionner sur un OS voire un navigateur récent. Un cas marginal peut être mais nécessairement critique. Quant au reste, au fur et à  mesure que le poste de travail se « webise », la nature de la machine ou de l’OS comptera de moins en moins au contraire du navigateur.

Question de support également. Alors que beaucoup d’entreprises imposent un poste de travail fermé, normalisé, standardisé pour des raisons de facilité de maintenance et de stabilité, un parc très hétérogène s’accompagne nécessairement de problèmes nouveaux. On entend que les salariés passés au BYOD coutent finalement moins cher en maintenance, connaissent mieux leur outil et en prennent mieux soin et, de plus, s’entraident beaucoup entre eux ce qui peut être vrai. Mais que faire en cas de dysfonctionnement majeur du fait du salarié ? On le laisse inopérationnel en attendant qu’il se débrouille ?

Viennent ensuite les questions de sécurité. L’entreprise doit elle avoir contrôle de tout ou partie de l’appareil ? Idéalement oui, on le voit pour les flottes mobiles, et la possibilité d’avoir sur un même appareil deux zones totalement « étanches » sera un facteur pour tout le monde à  l’avenir. Mais quid du PC ? Cela nécessitera également une responsabilisation accrue du salarié par rapport à  la manière dont il gère et maintient sa machine.

Se pose également la participation de l’entreprise aux frais. Affaire de mentalité, de culture, si certains salariés sont tellement contents de pouvoir travailler sur leur propre machine qu’ils se moquent que l’entreprise participe à  leurs frais, si certaines entreprises participent à  une partie des frais d’acquisition, il reste tout de même une grande partie de la population qui n’entend pas débourser quoi que ce soit pour un outil professionnel voire qui tient à  ne pas mélanger leurs vies personnes et professionnelles sur un même outil. Et que faire en cas de panne ou de casse hors des période de renouvellement normales ? Si a un moment donné le salarié ne peut s’offrir un nouvel appareil ? Dans le cadre d’un parc d’entreprise on remplace, bien sur, mais la procédure sera-t-elle aussi simple et les coûts similaires ? Y aura-t-il des risques d’abus de la part du salarié ?

Ce qui nous amène sur une dimension davantage RH.

BYOD : un levier RH qui pose des question culturelles

Il est évident qu’une politique BYOD est séduisante en termes de marque employeur et qu’un salarié qui en a bénéficié a du mal de revenir en arrière en changeant d’entreprise. Le fait de travailler sur du matériel choisi, très personnalisé et souvent plus moderne que celui que proposerait l’entreprise semble également être source de gains de productivité. Et pour les nouvelles générations (mais pas qu’elles) le fait de centraliser sa vie dans un périphérique unique au lieu d’avoir deux téléphones, deux tablettes, deux PC, chacun dédié à  une partie de leur vie est à  la fois cohérent avec leur vision du travail et une indéniable source de confort qui leur évite nombre de complications inutiles.

Ce qui ne doit pas non plus nous faire oublier le revers de la médaille : s’il s’agit d’un sujet sur lequel les attentes – voire les exigences – vont crescendo, il n’en reste pas moins qu’une partie de la population y est réfractaire et le restera. Séparation stricte de la vie professionnelle et de la vie privée, trouvant scandaleux et abusif de devoir financer tout ou partie d’un outil de travail (et pourtant, comme on me le faisait remarquer dernièrement, ils achètent bien eux même leurs costumes) ou tout simplement incapacité à  assurer un niveau de maintenance de leur machine compatible avec des exigences professionnelles en sont les raisons principales.

Alors le BYOD bientôt une norme ? Certainement un phénomène qui va aller crescendo. De toute manière l’entreprise à  tout à  gagner à  l’organiser plutôt que laisser émerger des pratiques « sous le radar » que l’on peut constater quasiment partout (même si elles sont officiellement niées) qui poseront infiniment plus de problèmes. Par contre, pour un certain nombre de raisons évoquées plus haut, ça ne sera jamais ni une règle absolue et ne pourra concerner à  moyen terme qu’une partie (parfois importante) des salariés.

Alors oui l’entreprise a tout à  gagner à  organiser dés aujourd’hui sa politique BYOD parce derrière l’apparente simplicité du principe se cachent des enjeux un peu plus complexes. Au niveau IT (management de flotte, support) comme humain et financier pour gérer la diversité des attentes et construire un cadre où tout le monde trouvera son compte sans se retrouver ni frustré ni spolié. Et ce second chantier n’est certainement pas l’affaire la plus mince.

Pas de BYOD sans compromis

Si le BYOD est une solution qui présente des intérêts pour l’entreprise comme pour le salarié, elle demande également des compromis de part et d’autres et c’est certainement là  que se situera la difficulté. Il faudra être vigilants à  ce que ces compromis ne transforment pas une situation gagnant/gagnant en situation perdant/perdant.

Que la moitié des salariés passent au BYOD dans les années à  venir me semble une prédiction réaliste. Que la moitié des employeurs aient une politique BYOD officielle également. Que la moitié des employeurs l’imposent me semble par contre excessivement ambitieux voire totalement irréaliste et même contre-productif.

 
  • Patrick Jallifier

    C’est vrai que cela remet en cause le support et la sécurité dans les DSI mais c’est peu être la dernière étape de l’infogérance, chacun info-gère son terminal d’accès aux ressources de l’entreprise, j’aime bien l’analogie avec le costume. Je pense que surtout cela devrait responsabiliser les collaborateurs. Il y en aura toujours qui refuseront mais je pense que la majorité trouvera des intérêts surtout si l’entreprise met du sien avec des règles strictes mais comprenant les besoins personnels des collaborateurs et fournit un support avec ses limites bien claires pour tous. C’est un des défis de l’entreprise 2.0,.

  • Alex Gon

    Je pense qu’une fois les problèmes techniques de déploiement et de maitrise applicative résolus, le problème juridique sera naturellement évacué !

  • J’ajouterai un point qui transparait du post mais qui a été reformulé de manière encore plus claire par un lecteur sur Twitter : qui paie ? On voit bien le mouvement de l’entreprise qui dit « chic…payez vous vos devices » et de l’utilisateur qui dit « si c’est pro je paie pas de ma poche ». Avec, en France (et surement ailleurs) l’URSSAF qui va veiller au grain.

    • Patrick Jallifier

      Il faut trouver les bonnes pratiques, l’acquisition ne peut être faite que par l’utiilsateur qui peut peu être recourir à  un prêt de la part de l’entreprise qui elle doit payer le run (location mensuelle), on est dans un contrat d’hébergement avec des clauses de sorties particulières (démission, licenciement). Il faut commencer à  présenter cela à  l’URSSAF et en fonction des réactions peut être faire intervenir les politiques si il faut aller jusqu’au coté législatif.

  • Benoît Lafontaine

    Retour d’expérience :

    Mon entreprise (OCTO Technology) à  voulu mettre en place une politique BYOD plus poussée que celle actuelle : aujourd’hui, on peut choisir la configuration de nos laptop et nos smartphone parmi une liste, nous voulions permettre l’achat à  titre personnel des ces périphériques pour les raisons que vous citez (choix total, meilleure responsabilisation vis à  vis du matériel, etc.).

    La barrière dans notre cas fut financier, car ceci n’est pas prévu par les URSAFF et au final, OCTO aurait débourser deux fois plus qu’actuellement car cela tombait dans la case « avantages en nature ».

    Nous avons aussi créé un manifeste pour essayer d’aller plus loin et de partager les expériences autour du BYOD : http://www.byod-manifesto.org/

    • Claudia Benassi

      Merci pour cette ressource intéressante!
      Nous avons développé un service qui permet une stratégie de BYOD avec la téléphonie mobile, dans le cloud, et permettant facilement gestion vie privée/vie professionnelle: solocloud.ch, peut-être cela vous intéressera-ti-il?
      Merci également pour l’article!

      • aleks

        ne manquerait plus que ça, mon entreprise me fournit le laptop, le BlackBerry et autres babioles et c’est très bien comme ça, je ne suis pas preneur de matériel plus performant, pour quoi faire, me torturer un peu plus? Je travaille déjà  assez… Comment présenter quelque chose qui est de l’esclavagisme comme quelque chose dont les travailleurs sont demandeurs… du grand n’importe quoi de nos amis yankees encore une fois…