Qui décide dans l’entreprise ? Tout le monde vous le dira : c’est celui qui a le budget. Peu importe qu’il soit compétent ou non sur un sujet d’ailleurs (d’où l’importance de bien savoir s’entourer). La même chose vaut dans les discussions et négociations internes : celui qui a raison est en général celui qui a le plus gros budget ou le plus grand nombre de ressources – ce qui revient souvent au même.

Quand on gagne peu il faut un argument, quand on gagne beaucoup une opinion suffit

Tellement logique qu’on n’imagine pas qu’il puisse en aller autrement. Et pourtant il y a des vieilles habitudes qui vont vivre des moments difficiles dans les temps à  venir.

Le premier d’entre eux est souvent désigné sous l’acronyme de HiPPO pour « Highest Paid Person Opinion ». L’opinion de celui qui gagne le plus. On dit bien opinion, avec tout l’irrationnel qui va avec et l’idée que la personne la plus haut placé prend une décision non pas en fonction de faits ou de données mais sur une simple idée et sans aucune autre légitimité que celle que lui confère sa fiche de paie. Guère rationnel mais il n’empêche qu’on procède ainsi depuis des lustres. La personne peu payée doit avoir des arguments, la mieux payée se contente de ses propres opinions.

La fin des HiPPOs est proche comme le souligne Andrew McAfee. Elle va venir avec les possibilités prédictives qu’apportent Big Data et informatique Cognitive. C’est le fait d’avoir des données objectives et tangibles qui emportera la décision, pas le fait d’avoir la plus grosse fiche de paie. Dès lors qu’on remet de l’objectivité dans le processus on peut en éliminer les dérives liées aux simples avis et opinions ne reposant sur rien de tangible. Un choc culturel, une remise en cause certainement difficile pour certains mais à  moins de rester dans le déni il ne pourra en aller autrement.

Le budget, mauvais critère de pouvoir

Un autre système est en voie d’extinction : celui des HiBOOs, acronyme de mon invention pour « Highest Budget Owner Opinion ». Ou l’opinion de celui qui a le plus gros budget. Un syndrome qui a fait des ravages.

Parce que l’HiBOO ne privilégie pas la pertinence

Parce que l’HiBOO conduit à  des dérives : on pense à  être le plus gros et pas nécessairement le plus efficace, on grille des « queues de budgets » inutilement en fin d’année pour montrer qu’on a de gros besoins car si on perd en buget on perd en pouvoir, peu importe sa pertinence, sa contribution aux résultats. Et la logique de pouvoir qui accompagne l’HiBOO amène à  rechercher des arbitrages dans une optique locale et non globale avec tous les jeux de pouvoirs que cela implique en coulisse.

Mais l’HiBOOe st vouée à  disparaitre dans les organisations telles qu’elles sont en train d’émerger. D’abord parce que les besoins d’agilité, de coordination mais aussi de sens dans le travail vont pousser à  scinder les structures actuelles en structures plus petites. De toute manière les économies d’échelle n’existent plus dans l’économie post-industrielle. Ensuite parce que le principe de subsidiarité va ramener les budgets au plus proche du terrain. Un exemple ? Le plus criant peut être : en 2017 les directions marketing dépenseront plus en informatique…que la direction informatique. Laquelle va donc rapidement expérimenter une situation qui va rapidement s’étendre ailleurs dans l’entreprise. Sera-t-elle moins importante ? Certainement pas, au contraire. Mais pour prouver son importance elle devra prouver sa pertinence et se mettre au service des autres, fournir support, conseil et coordination. En tout cas ses budgets propres risquent d’en subir l’impact.

Déconcentration budgétaire

Les DSI qui ont conscience de la situation opèrent déjà  leur mutation. Expertes, légères, LEAN elles ont compris que le valeur ne dépendait pas de ce qu’elles avaient et ce qu’elles dépensaient mais de ce que les autres faisaient grâce à  elles – et non pas contre elles ou à  cause d’elles. Quant aux autres elles perdent plus d’argent et d’énergie à  justifier et faire augmenter leurs budgets croyant que c’est le seul moyen de peser sur l’entreprise à  l’avenir. Jusqu’au jour où…. Une évolution qui ne sera ni simple ni anodine mais qui semble inévitable.

Il ne faut pas croire que cette situation est propre aux DSI et qu’elles en sont la cause. C’est une situation propre à  toute l’entreprise et attendons nous à  ce que demain les mêmes transferts de budget s’opèrent partout. On peut s’attendre à  ce que les RH suivent, puis, de manière générale à  une déconcentration générale des budgets. Du centre vers la périphérie, vers le terrain, les opérations et la valeur créée. Ce qui ne veut pas dire décentralisation : l’allocation restera la prérogative du centre. Pas l’utilisation.

Le centre continuera à  peser mais différemment et avec d’autres arguments et leviers.