Une des annonces produit les plus remarquées de l’année a été celle d’IBM Verse. Comme à Orlando où j’avais assisté à l’annonce du produit lors du dernier IBM Connect, j’ai donc pu constater que finalement le produit collaboratif qui généré le plus d’intérêt et de curiosité en 2014 a donc été…un client mail. Finalement peu surprenant : coté réseaux sociaux on est désormais dans l’amélioration incrémentale sans grande révolution alors que les prochaines grandes ruptures vont concerner le mail. On reparlera de l’avenir du collaboratif et des grandes tendances outil en général dans un prochain billet mais ici je voudrais revenir plus précisément sur IBM Verse.

J’ai eu l’honneur d’une présentation personnalisée d’IBM Verse par Jonathan Benichou (le Monsieur « social mail » d’IBM France) qui a, de plus, accepté de se prêter à un petit jeu de questions/réponses.

Bertrand Duperrin : Bonjour Jonathan. Avant de rentrer dans les détails du produit, est-ce que tu pourrais m’expliquer quelle est la logique qui a amené à IBM Verse ? Quel est son positionnement dans l’offre actuelle chez IBM ?

Jonathan Benichou<<Jonathan Benichou : Historiquement il y a eu Notes. Ensuite Sametime est venu apporter des fonctionnalités de messagerie instantanée et s’est couplé avec Notes. Enfin, en 2007, Connections est venu apporter les fonctionnalités de réseau social. Les usages évoluant dans le temps nous avons ensuite travaillé à mettre en place des passerelles entre ces solutions, des ponts qui apportaient à l’utilisateur des compléments de collaboration peu importe l’outil dans lequel il se trouve. C’est la logique Social Business dont un des objectifs était d’éviter au collaborateur d’utiliser l’email pour tout et n’importe quoi, en premier lieu de partage de pièces jointes volumineuses. Enfin en 2013 avec la sortie de Notes « Social Edition » on a uniformisé l’interface de toutes ces solutions pour que l’utilisateur ne soit pas perdu peu importe le produit qu’il utilise.

IBM Verse c’est l’évolution ultime : l’intégration de ces trois solutions au sein d’une interface qui a été entièrement redesignée pour apporter à l’utilisateur une expérience totalement révolutionnaire de la collaboration unifiée. Au sein d’une même interface le collaborateur a la communication synchrone, la communication asynchrone, le réseau social

BD : Mais concrètement pour l’entreprise qui achète IBM Verse. Elle a un « bout » de Connections, de Sametime, des versions bridées qui viennent avec IBM Verse ou des versions « full » ?

JB : Effectivement c’est important. Ce qui a été revu c’est l’interface graphique, totalement HTML 5, totalement web avec un mode offline. Mais la colonne vertébrale reste Notes + Connections + Sametime. On va sortir IBM Verse dans le cloud et les clients actuels qui ont les 3 solutions bénéficieront des 3, sinon ils bénéficieront de Verse pour les applications qu’ils ont, gratuitement, et sous forme d’option pour les autres. Et pour ceux qui achèteront Verse « full package », ils auront bien sur des versions « full » des 3 applications.

BD : Et ça va se passer comment en termes de migration ?

JB : On va sortir IBM Verse dans le cloud en février/mars et ce sera l’évolution naturelle pour tous nos clients cloud actuels. On va donner un maximum de flexibilité à nos clients pour gérer le passage à Verse. L’administrateur pourra décider de passer certains utilisateurs seulement sur Verse, de tous les passer ou de laisser le choix à certains de rester sur l’ancien client Notes ou de passer à Verse. Les clients vont donc avoir le choix de leur environnement, pourront les laisser coexister voire laisser l’utilisateur final décider.

BD : Une approche pratique pour gérer les pilotes au début…

JB : Oui tout à fait. On peut partir avec une population pilote, apprendre de leurs retours et ainsi concevoir le plan de conduite du changement le plus approprié au moment de déployer Verse pour tous. C’est important d’offrir cette flexibilité pour donner le plus d’options possibles en termes de conduite du changement et de « progressivité ».

La version « on premise » va sortir au second semestre et là, par contre, il est évident qu’il y aura davantage de prérequis techniques. En effet il n’y a pas que Notes, Sametime et Connections, il y a de l’analytic, un nouveau moteur de recherche multifacette puisque depuis une seule zone de recherche on va pouvoir adresser l’ensemble des contenus des 3 applications : les mails, les tchats, les forums, les wikis, les documents peu importe l’application dans laquelle ils sont, les événements, les calendriers, les tâches etc…

BD : De gros efforts sur la recherche donc…

JB : Oui. A partir du moment ou tu étends la recherche à tout ton environnement collaboratif et à ce que ton écosystème a partagé avec toi tu comprends tout le suite la richesse de l’offre par rapport à ce qu’on trouve sur le marché. Il n’est plus besoin d’aller interroger séparément 3 ou 3 applications « en silo » pour trouver ce que tu recherches.

Mon avis : Aujourd’hui l’essentiel de la collaboration revient à utiliser les collègues comme des moteurs de recherche. Beaucoup d’entreprises pensent avoir un déficit de collaboration ou de partage là où elles n’ont qu’un déficit de search. Une évolution qui est donc la bienvenue et qui permettra de consacrer son temps à ce que j’appelle de la collaboration productive.

BD : Revenons au produit maintenant. La première chose qui frappe c’est l’interface. C’est clair et ça donne envie…

JB : C’est le résultat des efforts réalisés depuis l’ouverture de notre Design Center à Austin, une stratégie mise en œuvre par Phil Gilbert qui disait que « le design doit être au service de l’utilisateur« . On est donc repartis d’une feuille blanche et on a conçu une interface pour apporter à l’utilisateur non seulement des fonctionnalités mais également du plaisir. Le client Notes était largement critiqué depuis des années et on avait besoin de montrer aux utilisateurs qu’on les avait écoutés. Et, bien sur, avec une ergonomie adaptée aux périphériques mobiles.

D’ailleurs je te recommande de regarder la vidéo du lancement de Verse et la partie ou Phil Gilbert explique comment on a appliqué le Design Thinking à la conception de Verse puis où Shane Snow évoque le Lateral Thinking. Un vrai plaisir.

[Voici la vidéo en question et pour ceux qui voudraient aller à l’essentiel cette partie commence à 1h01…mais le reste mérite aussi d’être vu]

Et pour ce qui est du mobile je peux te dire que l’application reprend l’intégralité des codes des environnements grand public, des codes d’Apple, des codes des expérience auxquelles les collaborateurs sont habitués dans leur vie privée. Une expérience également cohérente sur PC ou mobile. Tout cela, pour nous, est également un élément clé dans le cadre de la conduite du changement.

On nous reprochait de ne pas être présent chez le consommateur, nous répondons en reprenant dans des outils professionnels tous les codes qu’il connait dans environnement personnel.

Mon avis : on voit bien aujourd’hui que les utilisateurs en entreprise n’acceptent ou rejettent un outil non pas pour des raisons fonctionnelles mais parce qu’il est cohérent avec des expériences et des codes qu’ils connaissent. Un bon point. Par ailleurs je vois ici une réponse à un problème que je mentionnais il y a plusieurs mois : des éditeurs purement B2B comme IBM n’ont plus d’expérience partagée avec le client final avant qu’il ne rentre dans l’entreprise. La  version freemium de Verse permet désormais d’adresser d’autres marchés, de toucher des indépendants et des personnes qui n’ont pas confiance en ce que des Google, Yahoo et autres font de leurs données. Un bon coup marketing et une révolution copernicienne chez Big Blue.

BD : On parlait aussi de l’importance du moteur de recherche… que va apporter Watson à Verse ?

JB : Watson ne sera pas disponible tout de suite dans Verse mais dans un second temps, normalement courant 2015. Watson va apporter un complément à l’analytic qui est déjà inclus en standard dans Verse. Voilà comment cela va se présenter.

Si tu te souviens avoir vu passer dans ton environnement collaboratif quelque chose qui parlait de rabais ou de prix bas et que tu fais une recherche traditionnelle sans te souvenir exactement des mots tu vas utiliser 36 mots et perdre un temps fou pour retrouver ton information. Avec Watson si tu te contentes de mettre « rabais » il va comprendre ce que tu cherches même si le texte original était « prix bas ».

Au fur et à mesure que tu vas rentrer des questions dans le moteur de recherche il va apprendre à te comprendre et te donner les réponses les plus pertinentes. Plus il te connaitra plus il saura interpréter les questions que tu vas poser et, bien sur, t’informer du niveau de pertinence qu’il associe à chaque réponse.

BD : Avec la possibilité de poser des questions en langage naturel on va aussi obtenir des réponses au lieu d’avoir des informations. Si je lui demande « quel est le prix d’une licence Connections »…

JB : Il va comprendre ta question, aller chercher dans ton environnement collaboratif étendu et s’il trouve une discussion sur le sujet ou la grille tarifaire il te dira « avec 99% de certitude la réponse est…. » ou « à 75%… » parce qu’il sait que tu n’as eu qu’un extrait de la grille.

Mon avis : on en arrive exactement à la situation que je décrivais ici. Au lieu de poser des questions à ses collègues et leur faire perdre du temps, on les posera à un agent intelligent qui pourra répondre de suite si l’information existe quelque part. La fin de la « bouteille à la mer ».

Et quand on dit que Watson sera dans Verse on peut même aller beaucoup plus loin. Chaque utilisateur aura son propre assistant Watson personnel qui va s’adapter à lui, à ses recherches, apprendre la manière dont il formule ses questions et ce qu’il en attend etc. Il va développer ses capacités cognitives dans le domaine qui t’intéresse.

D’ailleurs Watson peut aussi te servir d’assistant. Si tu reçois un email te disant « Est-ce que tu es disponible demain de 11h à 12h pour une réunion ». Si tu as activé l’option « réponse Watson », Watson va lire le mail, interroger ton agenda et répondre à la personne positivement ou lui proposer d’autres dates si tu n’es pas libre. Il va répondre « Je suis Watson qui répond pour le compte de Bertrand Duperrin qui m’autorise à vous dire qu’il n’était pas disponible à 11h mais qu’à 15h ce serait possible ».

Mon avis : je pense que la plupart des utilisateurs aimeraient que Watson soit également capable de répondre en fonction de la personne qui fait la demande, ce ceux pour qui on est libre ou pas.

Ca c’est Watson aujourd’hui. On a aujourd’hui aucune idée de tout ce qu’on pourra lui faire faire dans le futur et des usages innovants que nos clients et nos partenaires vont développer.

BD : Un autre apport des analytics ?

JB. Bien sur. Ils permettent de prioriser l’information dans Verse. Quand l’utilisateur se connecte on lui montre ses priorités de la journée : les tâches qu’on lui doit, les tâches qu’il doit réaliser, ses prochaines réunions, une barre calendrier qui lui permet de savoir quelle est sa charge de travail dans la journée.

BD : Et une priorisation des mails ?

JB : Oui, des mails sont mis en avant si le système a détecté qu’une personne était importante, par exemple parce que tu interagis souvent avec ou que tu as un meeting proche avec elle. Ca n’est pas déterminé uniquement à partir des échanges mails mais des tchats ou des interactions dans le réseau social, les communautés etc. Tu peux aussi déclarer qu’une personne est importante. Ton n+3 t’écris peu mais quand il écrit en général c’est important.

BD : Un autre sujet sensible : la sécurité. Qu’est ce que vous proposez ?

JB : Tout est hébergé sur un datacenter IBM avec le même niveau de sécurité technique et humain qu’on a sur Smartcloud. Nous n’avons eu aucun problème de ce coté donc on continue avec la même formule.

BD : Je peux choisir où je suis hébergé

JB : Oui tu as le choix entre nos datacenters européens, américains etc.

Finalement Verse est la meilleure incarnation à ce jour de notre stratégie CAMSS : Cloud, Analytics, Mobile, Social, Security. Tout y est mis en œuvre en même temps.

S’en suit une démonstration….pour plus de confort je vous propose de regarder cette vidéo. Vous pouvez également revenir sur la vidéo partagée plus haut où le produit est montré sous tous ses angles.

Et tant que nous y sommes, la version mobile.

Mon avis (il y a des points que m’a montré Jonathan qui ne figurent pas dans la vidéo). J’aime particulièrement :

– L’interface : claire et synthétique

– La mise en évidence de ce qui compte maintenant

– La possibilité de ne plus être alerté des réponses à certaines conversations

– La possibilité de joindre un lien à une pièce jointe peu importe l’endroit où elle se trouve et générer les autorisations d’accès nécessaires automatiquement

– La possibilité de rendre un email actionnable : transformer un mail en tâche par exemple et l’assigner à quelqu’un

– Watson assistant

– Accéder à tous mes canaux de collaboration depuis une seule intérface

– Possibilité de re-router un message reçu d’un canal vers un autre (ex : partager un mail reçu en en faisant un billet de billet de blog)

– Le moteur de recherche multifacette qui recherche dans tous mes outils collaboratifs ainsi  dans mes documents que mon environnement étendu (ce que d’autres ont partagé).

– L’embedded experience (qui n’est pas nouvelle mais toujours aussi appréciable) qui permet d’exécuter une application dans le corps du message d’un email donc de ne pas avoir à changer d’écran pour effectuer une action. Une autre manière de rendre un contenu actionable peu importe l’application dont est issue l’alerte et cette dans laquelle on la traite.

– La possibilité de classer un mail dans plusieurs dossiers à la fois.

Ma conclusion : un outil prometteur qui règle un certain nombre de problèmes. Même si technologie ne sera jamais suffisante pour tuer les mauvaises pratiques, on commence à rendre les bonnes pratiques plus simples à mettre en œuvre. Je n’irai pas plus loin aujourd’hui mais on se donne rendez vous dans quelques semaines pour un billet plus consistant sur l’évolution générale des clients mail et leur place dans le futur de la collaboration.

 

 
  • Christophe Pépin

    Merci pour cette très bonne introduction de Verse et votre analyse très pertinente comme toujours. On trouve dans Verse de nombreuses fonctions déjà présentes dans Google Apps, mais avec l’avantage d’une IHM unifiée et un agent de recherche Watson qui s’annonce très intelligent : normal quand on est IBM. Prometteur en tout cas, une bonne synthèse des besoins des utilisateurs et des équipes pour faciliter le travail collaboratif.

    • Avec quelques différences. Au délà du mail il y a l’intégration avec un certain nombre d’outils de collaboration qu’on ne retrouve pas aussi aboutie chez Google. Drive est de plus en plus bordélique et Google+ n’a pas le niveau d’un réseau social d’entreprise. Le tout est trop mal intégré pour être utilisable (j’en sais quelque chose c’est mon quotidien). Quant au niveau de confiance qu’on peut avoir en Google sur des données d’entreprise…je préfère ne pas en parler.
      A mon avis coté crédibilité au niveau sécurité et privacy ainsi qu’au niveau intégration d’outils utilisable je ne vois que Microsoft en concurrent crédible à terme.

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