L’arrivée en masse des robots dans nos vies personnelles et professionnelles ne va-t-elle pas entrainer une déshumanisation de nos vies ? Ne doit on pas s’attendre à un légitime mouvement de défiance face à ce qui va entrainer une transformation radicale de nos vies ?

Ce sont des questions qu’on peut légitimement se poser dans un monde où de plus en plus de personnes ont peur des transformations amenées par la technologies, ne veulent pas voir le monde se déshumaniser, craignent pour leur vie privée et pour leur travail.

Le travail en équipe : facteur de pénibilité au travail

La digitalisation du monde rime avec « social ». Pas dans le sens français (quoique) mais dans le sens anglo-saxon : les choses que l’on fait avec et pour les autres. On le voit partout autour du nous, du Social Business qui n’est ni plus ni moins que la synergie entreprise/employé/client, à la consommation collaborative en passant par l’économie du partage. Un monde digital c’est paradoxalement un monde qui rapproche et nous permet de faire davantage ensemble. Voire qui se sert de la puissance d’outils globaux pour redynamiser le lien local.

C’est dans ce contexte que beaucoup ont été surpris de voir certains critères mis en œuvre dans le cadre du compte pénibilité. Oui, le travail en équipes tant loué par les entreprises et visiblement demandé par les collaborateurs est un facteur de pénibilité au travail. Faut il s’en émouvoir, trouver cela ridicule voire risible ?

Rassurons nous, ceux qui ont propagé la nouvelle ont du mal lire le texte : il s’agit du travail de nuit en équipes alternées, loin de ce qu’on entend en général par travail en équipes.

Ceci dit, si on essaie d’être un peu de mauvaise foi on peut pousser le raisonnement jusqu’au bout et arriver à des questions qui sont loin d’être déplacées.

D’abord ça n’est pas parce que c’est un futur souhaitable de la part de l’entreprise dans son intérêt personnel que le collaborateur, de son coté, y voit une valeur ajoutée davantage que des ennuis supplémentaires. Ensuite, du point de vue du collaborateur, comme en matière de connectivité, il faut distinguer le choisi du subi. Collaborer lorsque cela résout un problème oui, ponctuellement, mais interagir en permanence est facteur de stress pour certains en raison du nombre d’interaction à gérer…sans parler du « working out loud » que beaucoup voient comme l’occasion de ne plus être observé et jugé par son manager mais par l’ensemble de ses collègues. Et puis comme je le disais, la collaboration est un état très instable des rapports humains : c’est un équilibre à maintenir collectivement et qui est remis en cause à chaque moment par une tonne de micro-événements personnels. D’ailleurs je connais beaucoup d’apôtres du « tout collaboratif » qui filent s’isoler en home office et déconnectent dès qu’ils ont un travail demandant calme et concentration à effectuer.

Pour finir n’oublions pas que dans le cadre du compte pénibilité on prend en compte toutes les formes de travail en équipe. Il n’y a pas que les bureaux remplis de cols blancs dans la vie mais des brigades dans des cuisines, des équipes sur des chantiers où le contexte du « travailler ensemble » n’a rien à voir avec l’ambiance feutrée d’un bureau.

Et tant qu’on y est : travailler ensemble et travailler en équipe ne veut pas nécessairement dire la même chose.

Quoi qu’il en soit et au delà des idées reçues, travailler ensemble n’est pas toujours le paradis bien souvent décrit.

Passée cette digression il n’en reste pas moins que certains éléments, bien moins putatifs eux, donnent matière à réflexion.

Mieux qu’un manager : un robot

Une étude récente montre que les humains préfèrent recevoir leurs ordres de robots plutôt que de managers. Surprenant ? Pas tant que cela. Dans la logique de ce que je disais plus haut le robot dépassionne les rapports de travail. Il a sa propre rationalité, ne réagit pas à la tête du client, n’est pas suspect de favoritisme ou de vouloir tirer la couverture à lui, n’a pas d’humeurs et on commence à reconnaitre qu’il comment moins d’erreurs de jugement. Alors bien sur cette étude a été mené sur des travailleurs en usine et je ne doute pas qu’un jour l’un des répondants se plaigne de ne pas avoir une épaule sur laquelle pleurer, mais on voit bien ce besoin de « neutraliser » la relation humaine pour la rendre objective et orientée « tâche ».

Dernière surprise en date, une étude menée par Odoxa, le Syntec Numérique et 01 Business montre que les français, population inquiète face au changement s’il en est, voient d’un très bon œil l’arrivée des robots dans leur quotidien et sont enthousiastes à l’idée de vivre avec eux.

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© Odoxa-Syntec Numérique-01Business

Alors là il convient tout de même d’analyser plus précisément les cas d’usage qui sont les plus plébiscités. Assistance dans les travaux domestiques, assistance dans les actes du quotidien pour les personnes peu autonomes et remplacement des humains pour les tâches pénibles, techniques ou dangereuses.

Le service rendu l’emporte sur la nature humaine (ou non) de la relation

Si dans certains cas le robot vient combler un vide on aurait pu s’attendre à davantage de méfiance lorsqu’il s’agit d’aider une personne âgée à la place d’un être humain spécialement formé. Mais non.  Au final, et malgré les inquiétudes liées à l’emploi, il n’y a que la voiture sans conducteur qui ne trouve pas grâce aux yeux des français. A priori on aurait pu s’attendre à des résultats relativement différents.

Mais au delà de la dimension « service fourni », ce qui me surprend le plus est ce qui ressemble bien à la disparation du facteur humain dans le critère de choix. A service égal l’humain apporte quelque chose en plus du robot, de la chaleur, une capacité d’écoute, de la socialisation…et bien il semble bien que cette dimension ait totalement disparu des critères de décision et des attentes. Est-ce, là également, parce qu’on veut se protéger du caractère toujours complexe d’une relation humaine pour privilégier une froide efficacité ?

Je suis curieux de voir comment les résultats de ce qui ne sont aujourd’hui que de études seront ou non confirmés par les faits une fois qu’on sera face à cette réalité dans notre quotidien. Mais une chose est sure, quelque chose est en train de se passer. Pour quels résultats ? On verra bien.

Crédit Image : Hate Colleagues by Diego Cervo via Shutterstock

 
  • Chrystele Verfaille

    « Il n’y a rien de plus réellement artistique que d’aimer les gens », Vincent Van Gogh. L’art est difficile, effectivement… Mais tellement passionnant 🙂

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  • « que la voiture sans conducteur », et non « dans » conducteur… Une typo-erreur récurrente semble-t-il ;-P
    Il est important de changer l’éducation obligatoire: De remplissage stupide, à de l’émulation d’intelligences. D’y intégrer des bases de sciences sociales plus poussées et de psychologies avancées. Il est aberrant de continuer à vouloir empêcher les enfants de devenir plus intelligents que leurs parents. C’est de toute façon déjà le cas, et nous avons besoin de les faire devenir des assistants performants, pour tous ces robots à venir… Pardon, des humains intelligents, assistés par des robots et algorithmes performants ! Si vous voulez continuer de croire que les IA ne nous deviendrons pas supérieures rapidement…