Internet est un formidable outil de distribution d’information et de collaboration et le web la manière la plus pratique, la plus efficace d’y accéder. En effet on a tendance à souvent utiliser les deux mots indifféremment mais ils recouvrent deux réalités différentes. L’un est le « réseau », l’infrastructure, l’autre un protocole permettant d’y accéder via des interfaces à la portée de tous. Madame Michu et la plupart d’entre nous aurions été bien en peine d’utiliser l’internet originel avant que Tim Berners-Lee et Robert Cailliau ne sortent le fameux web de leur chapeau.

Le web est ce qui a mis l’utilisation d’internet à la portée de tous. Il nous permet de facilement diffuser de l’information, de la trouver et d’interagir avec les autres. Que l’on parle de notre utilisation des réseaux dans le cadre personnel ou professionnel, il y a une constante universelle commune à tous et à tous les usages : on doit se rendre sur une page, dans un navigateur, pour faire quelque chose. Pour partager, pour trouver, pour utiliser, pour échanger. Que l’on lance un nouveau service destiné au grand public ou que l’on déploie une nouvelle application en entreprise le premier challenge, avant même une quelconque adoption d’usages nouveaux, était d’amener le collaborateur à aller sur la page en question. Et un des freins au développement d’usages nouveaux en entreprise, supportés par des applications d’un nouveau genre, était le fait de devoir sortir de ses applications habituelles pour aller faire quelque chose dans un navigateur.

Je parle à l’imparfait parce que tout cela sera bientôt fini. Le web comme interface entre les gens et entre les gens et l’information est une époque bientôt révolue.

La notion de contenu n’est plus pertinente

S’il y a un mot que je ne supporte pas dans la culture web c’est le mot « contenu ». « Untel a publié un contenu », « il faut produite des contenus ». Assez. Je n’ai rien à faire des contenus, j’ai besoin d’information et l’information c’est le contenu en contexte. Le mot contenu a été perverti par deux types de personnes. Les marketers et éditeurs de site pour qui leur intérêt est de remplir des espaces pour avoir du trafic et le monétiser. Les « technos » parce qu’ils pensent produit et que le produit est un conteneur. La notion de contenu ramène in fine à celle de conteneur et elle n’est plus pertinente aujourd’hui. Le contenu peut être à un endroit mais l’information ailleurs, là où apparait le contenu mis en contexte, voire enrichi. Le contenu peut être dans wikipedia et l’information dans s’afficher dans un tableau de bord où j’ai posé à un IBM Watson une question en langage naturel.

Je suis intervenu fin novembre à l’Executive Leardership Council d’AIIM et c’est exactement la conclusion à laquelle nous sommes parvenus. Le conteneur n’est plus pertinent, il n’y a plus que des données, pas de contenus. Et si le web est idéal pour y rentrer des contenus, il est moins à l’aise pour les données. Or demain nous utiliserons de plus en plus de données qui n’ont pas besoin qu’un humain les saisisse pour être utilisables. Les données sont et seront de plus en plus directement envoyées aux systèmes qui les traitent sans qu’un humain ait besoin d’une interface pour y parvenir. Pourquoi devoir aller sur un site pour dire qu’on a couru 10km alors que votre chaussure contient un capteur qui le fait ? Pourquoi saisir le relevé de son compteur d’électricité alors qu’une fois connecté ce compteur peut le faire seul ? Et, en général pourquoi devoir aller sur une page documenter ce qu’on a fait, raconter ce qu’on a fait alors que le fait même d’avoir fait quelque chose est déjà disponible sous forme de données qu’il n’y a plus qu’à utiliser. Exemple type dans un réseau social d’entreprise : « j’ai eu un rendez vous avec untel et on s’est dit ça… ». Le rendez vous est dans le calendrier, le compte rendu dans evernote, google, office ou ailleurs. Pourquoi devoir aller dans un outil de plus pour dire ce qui existe déjà ailleurs ?

Passer du contenu à la donnée signifie une chose : ce que nous cherchons à consulter n’est pas la matière brute. Que cette matière soit de la donnée brute ou de l’information non structurée en langage naturel, elle ne répond pas à notre besoin mais n’est qu’un l’outil pour le satisfaire. Ce que nous voulons est de l’information, de l' »insight » qui demande un travail de croisement, de corrélation et de remise en forme du résultat. C’est le principe de l’informatique cognitive.

Le schéma dans lequel on cherchait des données et des contenus pour en tirer – par nous même – une réponse est en fin de vie. L’information va devenir servicielle (la réponse immédiatement utilisable à un besoin) et nous être poussée sous forme de réponse, où et quand on en a besoin. Aller sur une interface pour rechercher du contenu sera bientôt une habitude que nous allons perdre. Soir l’information nous sera poussée soit on formulera une question en langage naturel dans un système cognitif mais on aura plus à aller chercher la matière brute à la source. Imaginez un mix entre IBM Watson, Siri et Google Now. Les réponses seront obtenus peut être sur l’écran de notre ordinateur mais également nos périphériques mobiles, lunettes et montres connectées, de manière écrite ou orale.

On va passer d’une époque où on utilisait le web à une autre ou internet nous servira.

L’essentiel de ce qu’on appelle la collaboration consiste à remplacer un moteur de recherche déficient

Donc le web ne sera plus l’interface par laquelle on partage ou récupère de l’information. Mais quid de la collaboration ? La réponse est en partie contenue dans ce qui précède. L’essentiel de ce qu’on appelle la collaboration sociale – et notamment en entreprise – consiste à lancer des bouteilles à la mer pour que quelqu’un nous amène à une information qu’il détient ou sait où trouver. Beaucoup d’enteprises pensent avoir un problème de collaboration et de partage alors qu’elles n’ont qu’un problème de « search ».

Dans ce qu’on peut appeler l’informatique « data-centric » ou dans l’informatique cognitive on tirera parti de toute donnée à partir du moment où elle existe. Aujourd’hui les données existent quelque part mais elles sont peu, pas ou mal indexées et, surtout, pas de manière globale ce qui empêche de les corréler, leur donner du sens et, au final, fournir à l’utilisateur non pas des liens vers des sources mais une réponse. On cessera également d’utiliser ses collègues comme moteurs de recherche et ce sera très bien pour la productivité et la concentration de tous au bureau.

C’est le seul moyen pour quiconque de s’y retrouver dans les océans de données que nous produisons et encore davantage dans l’entreprise.

Ceci devrait finir de vous convaincre qu’il faut une manière désormais plus intelligente de gérer l’information et la manière dont nous y accédons.

29 Signs of Digital Disruption – Created with Haiku Deck, presentation software that inspires

Je vous conseille d’ailleurs de jeter un oeil à cette présentation d’Alan Lepovsky sur le le futur de la collaboration.

J’aime beaucoup l’idée de « purposeful collaboration », la collaboration qui sert à quelque chose. Aujourd’hui l’essentiel de ce qu’on met sous le nom de collaboration n’apporte rien et sert juste à pallier les déficience de nos outils. Avec ce qui s’annonce on pourra se consacrer à la collaboration utile et ne plus en perdre à jouer les moteurs de recherche du pauvre.

Le futur de la collaboration se fera donc autant, voire davantage, sur les analytics que sur les contenus.

Le web c’était l’artisanat, nous entrons dans l’ère industrielle

Le web a été la phase artisanale d’un dispositif d’intelligence collective à grande échelle. Nous générons et traitons trop de données pour avoir à les saisir ou devoir les chercher avant de leur donner du sens. Nous entrons dans l’ère industrielle. Je vous conseille sur ce point cet excellent articule de la Sloan Review du MIT. On a depuis les origines consacré la « digitalisation » de l’entreprise au développement d’intéractions sur le web. La prochaine étape est à base d’analytics, de capteurs, d’objets connectés et d’automatisation. Elle a d’ailleurs déjà commencé et il faut en tirer les conséquences au plus vite.

D’ailleurs demain vous ne lirez plus ce blog ou d’autres. Vous poserez une question et vous aurez une réponse, synthèse de choses écrites par moi, Sameer, Anthony, Ray et d’autres.

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