Il faut être agile pour suivre le rythme des nouveaux « business-case » de la tranformation digitale. Dans ce contexte le cloud s’impose comme un virage obligatoire si on veut garder l’agilité nécessaire. Il n’est plus possible aujourd’hui de se lancer dans des développements pharaoniques et avoir des cycles d’évolution qui se comptent en mois (voire plus) alors que pour coller à l’évolution des besoins et des usages il faut penser – et agir – tout au plus en semaines.

Et alors qu’on assiste à une grande, logique et inévitable ruée vers le cloud, on voit des entreprises ( et pas des moindres) prendre une direction totalement opposée et inattendue.

[quote_left]GM a recruté 8000 développeurs pour digitaliser ses ventes[/quote_left]Quand il s’est agit de « digitaliser » ses ventes, General Motors a décidé de ne pas recourir à une des plateformes leaders du marché. Au contraire, le constructeur a décidé de monter tout son système de ventes et de relation client en interne. et, pour cela, a recruté pas moins de 8000 développeurs. Source de coûts et de lenteurs alors que la mode est justement d’externaliser tout cela pour gagner en agilité et réduire ses coûts ? Pas du tout.

Selon GM utiliser une plateforme du marché, aussi customisable soit elle, oblige à rendre dans les cas d’usage prévu et lorsqu’on veut vraiment être différenciant il faut au contraire inventer des cas usages et des modèles qui ne sont pas ceux de la concurrence. Autre avantage mis en avant, puisque qu’ils ont la main sur toute la technologie ils peuvent se l’approprier, vraiment découvrir tout ce qu’elle permet et donc être plus innovants dans leurs business-cases. Ce faisant ils sont arrivés à construire une plateforme qui tient compte d’absolument toutes leurs contraintes propres et les adresser de la manière la plus efficace possible plutôt que rentrer dans le moule d’une solution qui faite « pour le plus grand nombre de cas » peut être insatisfaisante à la marge lorsqu’on a des idées et des contraintes qui ne sont pas celles de tout le monde.

Cela n’est pas sans me rappeler ce qu’avait fait General Electric au début des années 2000 pour construire « Support Central » qui n’était autre qu’un des réseaux sociaux d’entreprise les plus aboutis et réussis jamais réalisés mais à une époque où personne ne parlait du sujet. Malgré l’immensité du chantier, les équipes en charge du développement réussissaient apporter des améliorations tous les 15 jours, ce qui montre qu’on peut être également agile quand on internalise les choses.

[quote_right]Le logiciel « sur mesure », une tendance lourde ?[/quote_right]Au même moment une étude par Appian montre deux choses intéressantes. La première – et ça n’est une surprise pour personne – c’est le mouvement massif vers le cloud. La seconde, plus surprenante, est l’émergence d’un vrai marché du « custom software ». Les deux ne sont pas antinomiques, on peut faire du custom dans le cloud ce qui permet d’optimiser les questions d’infrastructures tout en étant très différenciants sur le logiciel. Les auteurs du rapport y voient l’émergence d’un vrai marché. Ce qui, en passant, m’amène à rappeler que si le cloud est l’avenir il ne faut pas le réduire au Saas comme trop le font (souvent coté métiers). Plus le besoin de différenciation est important plus le Paas voir le Iaas sont des options qui ont ma préférence.

Ceci dit cela n’a rien de nouveau. Il y a déjà 10 ans, dans Does It Matter?: Information Technology and the Corrosion of Competitive Advantage, Nicholas Carr nous montrait l’apport limité des ERPs en termes d’avantage compétitif. A partir du moment ou tout le monde les a utilisé, a utilisé les mêmes et le plus souvent de la même manière, ces derniers ont peut être permis d’optimiser les coûts et les process mais vu que tout le monde en a bénéficié de la même manière, cela n’a absolument rien changé en termes d’avantage compétitif.

Alors bien sur tout le monde n’a pas les moyens d’un GM ou d’un GE mais cela amène quand même à se poser la question. Alors qu’il faut être sans cesse plus différenciant dans sa relation et son expérience client, va-t-il y avoir une prime à ceux qui construisent leurs plateformes sur mesure et peuvent s’offrir de la haute couture, sur mesure ?  D’ailleurs l’article du Wall Street Journal dit bien qu’il est encore trop tôt pour juger du succès financier du projet de GM même si, du coté du constructeur, on semble à la fois très satisfaits et contents de ce qui a été réalisé.

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