Cette citation de Nicholas Negroponte du MIT Media Lab doit faire partie de celles que j’utilise le plus souvent tant elle traduit à merveille le changement de paradigme que nous vivons. A l’époque Negroponte parlait d’informatique mais on pourrait décliner à l’envi :

« Internet n’est pas une question de réseaux. »

« Le digital n’est pas une question de matériel ou de logiciel. »

C’est d’ailleurs sur cette cette dernière variante que j’aimerais m’étendre aujourd’hui tant elle porte les prémices d’un profond changement. Et je ne parle pas là d’un changement que vivra le « vieux monde » au contact du digital mais de l’industrie digitale et pré-digitale elle-même.

Quand le digital est partout il cesse d’être une discipline à part entière

L’idée derrière tout cela a déjà fait son chemin : le digital est partout. Peu importe où l’on est, peu importe l’appareil utilisé. Que l’on soit passif ou actif. Que l’on doit acteur ou sujet. Ajoutons à cela les objets connectés qui passent leur temps à capter de la donnée qui, d’une manière ou d’une autre, est traitée et réinjectée dans un processus qui nous touche d’une manière ou d’une autre.

A partir du moment où l’on considère le digital comme étant plutôt une culture, une manière d’envisager ses intéractions personnelles et professionnelles, un style de vie, à partir du moment où il devient un sujet parfois philosophique, culturel, politique et social, il change de statut.

A partir du moment où il est partout le digital n’existe plus en tant que tel, en tant que discipline. Et cela a un impact majeur sur tous des acteurs.

Si tu continues à faire des sites web en 2020 tu n’est plus digital mais old school

On a d’abord eu l’informatique, puis internet, puis le web, puis le web social puis de digital. Des mots différents qui traduisent une évolution du paradigme, de la technologie et des usages mais qui a un moment donné ont tous servi à désigner l’état de l’art d’une même chose.

Jusqu’à l’époque « digitale », on a vu la chose avec une approche en silo. Soit sous un angle canal, soit sous un angle média. On faisait des sites, des contenus, des applications. Et ces silos volent en éclat. On ne parle plus de site, de contenu ou d’application mais d’usages, d’expériences. La barrière entre les mondes physiques et digitaux s’effondre. Le digital se libère, se disperse, se sublime. Il est partout, il est dans l’air. Il est partout, sauf là où on avait l’habitude de le trouver.

Quand le digital est partout, faire du digital c’est revenir aux métiers pré-digitaux. C’est faire de la relation client. De l’automatisation de process. De l’engagement de client ou de collaborateur. De la marque client et employeur. Du Well being. Du learning. De la gestion de chaine d’approvisionnement/production. De l’ingénierie de process. De l’ingénierie de formation. Du travail sur le leadership et sur le management.

Bref, pour tous les acteurs qui faisaient du digital comme une fin en soi et qui ne passent pas au digital « appliqué à », les prochaines années vont être très difficiles.

Le digital a gagné. Donc il s’efface

On a longtemps voulu croire que le digital allait tout emporter sur son passage. Combien de fois n’a-t-on pas entendu prédire « la mort de…. », bientôt embarqué par la vague digitale. Le digital l’a emporté, effectivement. Mais au lieu de détruire les activités pré-digitales, il a gagné le droit de s’occuper d’elles et de les transformer.

Le digital en tant que tel n’a donc plus de raison d’être. Il ne vaut  que par sa capacité à transformer le monde qui l’a précédé.

Peut être qu’à un moment il suffisait d’être « expert en digital », même si je ne vois pas trop ce que cela veut dire. Savoir et comprendre ce qui se passait dans ce monde nouveau et tourner le dos à ce qui l’a précédé était suffisant pour avancer Aujourd’hui il s’agit d’une compétence nécessaire mais secondaire (j’ai dit secondaire, pas accessoire).

Aujourd’hui il faut une vision stratégique, financière et ROIste de la transformation digitale.

Le digital : 10% de communication, 90% d’organisation et d’opérations

Il faut appliquer le digital en tant qu’approche, que philosophie puis en tant que technologie aux RH, au marketing, à la relation client, à la gestion des process, aux achats, à la supply chain, à la communication, à la gestion de crise, à l’innovation, au pilotage de la performance. Et, Ô paradoxe, appliquer le digital au « offline » car on ne parle pas de technologie mais de manière de faire.

Depuis ses origines et peu importe le nom qu’on lui a donné, le « digital » a principalement été vu comme un outil permettant aux entreprises de communiquer. Aujourd’hui il est à la fois un outil et une manière de travailler. La dimension communication reste mais l’essentiel du champ de jeu concerne l’organisation, les opérations et la mise en mouvement de l’entreprise.

Il y a un fossé entre le hippie digital et le professionnel de la transformation

Tu as un background financier ? Marketing ? HR ? Supply ? …. Non ? et bien tu peux être au fait de tout ce qui se passe, de qui disrupte qui, de la nouvelle application qui va disrupter les usages…si tu n’as pas de bases solides dans une fonctions clé tu ne sera pas pas un professionnel de la transformation, juste un hippie du digital. Tu as servi à ouvrir la voie mais maintenant qu’on se lance à pleine vitesse sur l’autoroute il faut autre chose.

Ce mouvement ne fait que faire écho à ce qui se passe dans les entreprises. On a eu des directions internet, puis digitales. Elles sont passés des canaux et des contenus à la transformation des opérations business. Et elles s’attendent à ce que leurs partenaires en fassent autant.

Alors oui le digital bouleverse les métiers et les modes de fonctionnement des entreprises traditionnelles. Mais il impose également, aujourd’hui, à ses propres acteurs d’évoluer et de passer à la phase suivante, celle où ils vont devoir s’occuper de « vieilles » disciplines auxquelles ils ont tourné le dos depuis 15 ans.